Malade d’un cancer, la concierge de l’école polluée gagne en référé contre la Ville

Actualité
le 15 Mar 2018
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La concierge de l'école des Aygalades, pointée par l'Etat pour la pollution de ses sols, vient d'obtenir gain de cause dans une procédure en référé face à la Ville de Marseille qui lui refuse la reconnaissance de son cancer comme maladie professionnelle.

La bataille était loin d’être gagnée d’avance. Pourtant la justice vient de donner raison à Michèle Rosa-Sentinella. Âgée de 57 ans, celle qui fut la concierge de l’école des Aygalades (15e) pendant près de 30 ans vient de gagner une procédure en référé face à la Ville de Marseille [lire notre article]. Elle vient d’obtenir la suspension de la décision de la mairie qui a refusé de reconnaître son cancer de la peau comme maladie professionnelle.

Depuis 1989, Michèle Rosa-Sentinella a vécu et travaillé sur des sols qui sont aujourd’hui reconnus par une étude de l’État comme fortement pollués – l’école des Aygalades a été construite sur un site au lourd passé industriel, du plomb a notamment été mesuré en grande quantité. “Je suis soulagée, en même temps, je n’ai rien inventé, et vu ma maladie et tout ce qui s’en suit, je savais qu’ils allaient comprendre”, a-t-elle dit d’une petite voix à Marsactu.

Facteur aggravant

En prenant cette décision, le vice-président du tribunal administratif ne vient pas trancher la question du lien entre cancer et pollution mais sanctionner une erreur de procédure. Comme elle l’a admis lors de l’audience, la mairie de Marseille a considéré qu’il n’était pas nécessaire de réunir sa commission de réforme censée réaliser une expertise médicale obligatoire dans ce genre de situation. Le magistrat enjoint également la Ville à réexaminer la situation de madame Rosa-Sentinella dans les 15 jours, avec une astreinte de 500 euros par jour de retard.

Le juge des référés note ainsi dans son ordonnance que le refus de la “reconnaissance de maladie professionnelle a eu pour effet de placer la requérante en position de ne percevoir que la moitié de son traitement” et poursuit en ces termes : “la situation financière de l’intéressée est substantiellement fragilisée par cette réduction de revenus ; cette situation porte une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle”, et “est un facteur aggravant [de la pathologie dont elle souffre]”. Lors de cette audience en référé, la mairie a plaidé “l’absence de  lien de causalité entre la décision municipale et la perte des revenus de madame Rosa-Sentinella, puisque son arrêt maladie concerne une dépression et non un cancer”. La justice a indiqué dans ce jugement qu’il convient de qualifier cette dépression de “réactionnelle”.

Première étape d’une longue bataille

Si la décision de la mairie est désormais suspendue, le combat judiciaire continue pour que celle-ci soit annulée. “Je trouve cette décision du tribunal normale. C’est une première étape dans la longue bataille que nous allons maintenant mener pour faire définitivement reconnaître sa maladie comme professionnelle, afin qu’elle puisse bénéficier de ses droits mais aussi être indemnisée, explique son avocat Pascal Luongo. Il s’agit d’une étape très importante.”

Michèle Rosa-Sentinella devrait donc être prochainement convoquée pour passer une expertise médicale. De son côté, son avocat compte bien demander à la justice une seconde expertise, technique celle-là, pour examiner les sols de l’école des Aygalades. Il espère qu’elle démontrera que l’inaction de la mairie a pu provoquer la maladie de sa cliente. “Dès 2001, le terrain a été répertorié comme site pollué dans le cadre de la loi Grenelle de l’environnement et en 2011 des analyses des sols ont été menées par le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). […] Mais jusqu’en 2017, rien n’a été fait !”, plaide-t-il. “On a goudronné le contour des arbres et mis des grillages, comme si les grillages arrêtaient la pollution en métaux lourds que contient la terre”.

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Commentaires

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  1. Hde mars Hde mars

    Et personne parle des enfants qui ont joues dans cette ecole en ayant plus de contct avec le sô que cette dame

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  2. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Un terrain reconnu pollué en 2001. Une vague réaction en 2017. Encore bravo pour la gestion des écoles par la nullicipalité. C’est pas comme si des enfants (et quelques adultes) y passaient plusieurs heures par jour, hein !

    S’il n’y avait qu’une seule raison de ne pas voter pour le gang qui fait semblant de gérer Marseille, ce serait celle-là : le mépris ouvertement affiché dont elle fait preuve depuis deux décennies pour les enfants de cette ville, qui devraient être la première des priorités politiques, à droite comme à gauche.

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  3. Brallaisse Brallaisse

    La négation systématique des problèmes de santé, d’hygiène et de salubrité publique dans cette ville, accompagnés d’un cynisme clairement affiché de ces gens là est insupportable.
    L’éducation , comme le reste est à deux vitesses dans cette ville. Les quartiers du centre et du nord à l’abandon , par contre là où cela vote bien ……..
    Nous verrons d’ailleurs quelle énormité l’adjointe en charge du dossier va encore nous sortir.

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  4. Court-Jus Court-Jus

    Plaider “l’absence de lien de causalité entre la décision municipale et la perte des revenus […] puisque son arrêt maladie concerne une dépression et non un cancer, c’est pas d’un cynisme absolu ?

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  5. corsaire vert corsaire vert

    Et combien de constructions sans enquêtes préalables sur le sous sol ont été construites ?
    Cette ville a un passé industriel lourd que les générations actuelles ont le devoir de gérer .
    Il en sera de même pour les générations futures auxquelles on va laisser les déchets toxiques et radioactifs enfouis.
    A souhaiter qu’ils en soient conscients et ne restent pas dans le déni de nos dirigeants actuels dont l’appât du gain passe avant toute éthique .

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