L'OM joue le catenaccio avec les médias

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le 17 Juil 2013
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"Libérez Santos". A l'automne 2008, à l'OM ou autour, tout le monde demandait la libération de cet ultra marseillais accusé d'hooliganisme à Madrid. Aujourd'hui c'est la liberté de la presse face à l'OM qui pourrait être imprimée sur des t-shirts. En effet, hier après midi, le club a envoyé aux journalistes régulièrement présents aux conférences de presse du club le texte régissant "les conditions d'accès à l'information officielle de l'Olympique de Marseille au centre d'entraînement Robert-Louis Dreyfus".

Le moins que l'on puisse dire à la vue de ce document d'une douzaine de pages, c'est que les différents articles qu'il contient y vont les deux pieds décollés. Accréditations obligatoires pour les conférences de presse. Interdiction de tweeter ou d'envoyer des SMS pendant celles-ci. Possibilité de ne diffuser "gracieusement" que 120 secondes maximum des propos tenus, quinze minutes pour l'entraînement. D'une manière générale, les images ne peuvent être publiées au plus tôt qu'une heure après avoir quitté la Commanderie. Pour couronner le tout, l'utilisation de vidéos ou sons doivent faire l'objet d'une demande préalable au club. La réaction des journalistes face à ce nouveau règlement est unanimement négative, l'un d'eux résume : "C'est inacceptable tel quel et incompatible avec la liberté de la presse". 

Une menace sans précédent pour la presse

Tout le monde crie à la censure mais la plupart préfèrent garder ses critiques sous le couvert de l'anonymat. Un autre journaliste aguerri résume le sentiment général : "On n'est pas aux ordres de l'OM. Mais si on fait valoir notre sens critique on risque de ne plus être accrédité. Même à l'Elysée ce n'est pas aussi strict". De quoi rappeler les années Tapie, lequel avait empêché les journalistes pas assez supporter à ses yeux d'entrer au Vélodrome, pourtant propriété de la Ville. Autre inquiétude : "Il n'y a pas de respect du droit d'image. C'est juste impossible". Certains sur la toile ironisent sur le ridicule de la situation :

 

 

L'Union des Journalistes de Sport en France (UJSF) prend les choses au sérieux et annonce sur son site la mise en place d'une "cellule de crise afin de faire face plus efficacement possible à ce qu'il considère comme une menace sans précédent dans l'histoire de la presse sportive française".

Cette posture du club cache une intention à peine voilée : "Éradiquer les sites concurrents notamment lephoceen.fr" confie sous le couvert de l'anonymat un journaliste. Car le site non-officiel tourne à "250 000 visiteurs de moyenne par jour" et le média du club annonçait fin 2012 un chiffre identique. Selon plusieurs journalistes interrogés, Om.net serait même battu en terme d'audience. Si pour l'instant lephoceen.fr refuse de s'exprimer officiellement sur le sujet, Romain Canuti, journaliste pour le site, n'est pas vraiment surpris : "En 2009 quand j'ai commencé à discuter avec Sébastien Volpe [rédacteur en chef du Phoceen, ndlr] je lui ai dit que le site allait se développer et que le club ne laisserait pas faire. Ce à quoi il m'a répondu que des clubs comme Manchester United ou le Milan AC ont des sites parallèles également". Si la comparaison est juste, ces géants européens ne drainent pas autant de satellites pure player que le club olympien.

Une chasse aux sites web

Si la plupart des journalistes de ces sites ne voient pas le média officiel du club comme un concurrent mais plutôt comme un partenaire, cette approche n'est pas réciproque. Sylvain Poncet, responsable OMReplay, qui a diffusé des extraits du règlement sur son site, craint que la situation ne dérive jusqu'à ce qui se fait en Angleterre : "Les journalistes n'ont droit à rien, ils profitent des matchs européens qui imposent 15 minutes d'entraînement accessibles à la presse pour faire le plein d'images".

Sylvain Poncet s'inquiète également d'une autre précision du règlement : "Les noms de domaine comportant les termes "Olympique de Marseille", "OM" ou "Droit au but" ou des termes similaires ou approchants sont interdits". Cela concerne directement son site et menace donc sa pérennité. Pour plusieurs journalistes incriminés, de nombreux points sont destinés à contrer tel ou tel média non officiel.

Mais ce nouveau règlement ne vient pas de nulle part. Cette saison, plusieurs incidents ont opposé le club et les journalistes. En novembre, Vincent Labrune, président de l'OM, n'a guère apprécié la polémique qui l'a touché après la diffusion d'une photo de lui en train de rire alors que son équipe était en pleine déroute. Autre hypothèse, en plein mercato d'été, le club ne souhaiterait pas que la presse puisse émettre des avis négatifs sur des futures recrues. 

"Une source de revenus essentielle"

Pourtant, dans le règlement lui-même, l'OM se justifie de toutes ces mesures, à partir de son statut de propriétaire depuis le rachat du centre d'entraînement Louis-Dreyfus : "Nul de dispose du droit d'empiéter ni de s'immiscer dans un lieu privé, sans l'agrément de son propriétaire", écrivent-ils, évoquant également "une source de revenus essentielle pour le Club". Pas sûr que monnayer les images des conférences de presse soit suffisant pour recruter Thiago Silva… 

Pour calmer la fronde journalistique, avant le point presse de vendredi, le club s'est donc fendu d'un communiqué assurant qu'il s'agit d'un document de travail provisoire et que "les questions et les remarques des différents représentants de la presse seront enregistrées et prises en compte avant d'établir une version définitive". Rien pourtant dans les 12 pages ne laisse à penser qu'il ne s'agit que d'une première version susceptible d'être modifiée.

Actualisation le jeudi 18 juillet à 9h30 : l'UJSF a publié un second communiqué mercredi à 18h détaillant les raisons de son opposition au document.

Le réglement intérieur. On vous laisse juger par vous-mêmes :

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Commentaires

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  1. piere piere

    l’om prend le pari que les journalistes n’ont aucune conscience professionnelle et se plieront à ses conditions.
    si ce n’est pas le cas, un blackout de quelques semaines sur le sujet devrait vite faire revenir les dirigeants olympiens à la raison (en plus, ça nous fera des vacances).
    suis curieux de voir la suite.

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  2. Simon L Simon L

    Nous y sommes … le foot-ball, le businesse qu’il génère, l’état d’esprit qu’il crée, la société qu’il suppose – docile et consommatrice – est symbolique du monde sous contrôle qu’on nous fabrique. Il ne s’agit pour l’instant que de foot, mais cette absence de transparence, de refus du regard critique, cette volonté de tout contrôler et rentabiliser est dans les gènes de ce 21em siècle.
    L’OM comme l’air qu’on respire, l’eau des rivières n’est la propriété exclusive de personne … mon grand-père allait au stade voir ses joueurs vedettes ( Skobblar et les autres) de l’époque qui ne se prenaient pas pour des stars prétentieuses et inaccessibles … l’OM c’est son public d’abord, c’est Marseille !!! Ils veulent en faire un produit financier, tout a commencé avec Tapie, honte d’avoir amené ce type dans ma ville.
    Tout cela me rend triste, mais c’est inscrit dans l’ordre des choses, c’est le foot-totalitaire, sous contrôle qui préfigure un monde du même genre. Plus de critiques, plus de liberté cette volonté de tout contrôler fait peur. Mais bon j’espère me tromper

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  3. PourVoir PourVoir

    Il n’y a pas d’économie marchande sans propriété privée. Dans ce vaste mouvement d’appropriation, il est assez normal de voir une entreprise qui ne vit que par la publicité de ses actes (enfin, ceux des joueurs quand il en a qui jouent ou qu’on laisse jouer) – et donc le relais médiatique gracieux dont elle jouissait jusqu’alors – devenir schizophrénique au point d’voir la propriété des commentaires, des images et des sons qu’elle émet. La prochaine étape est la prétention d’avoir un droit de censure sur les propos des journalistes. D’ailleurs n’est-ce pas en cours ? Il doit bien exister une chaîne TV OM ? Je ne sais pas. Je suppose. Si ce n’est pas le cas, il faut la créer. C’est pas très cher. Et puis on la crypte et comme ça on ramasse un peu d’argent au péage. En éco on dit que c’est du bénef marginal. J’explique pour ceux qui ont un BTS commercial ou +, car les autres ont déjà compris : Jeanne me disait : « Ma fille, tant qu’il y a un sous à grappiller, grappille. »
    La question qui se pose à trop vouloir grappiller est non pas celle du coût marginal mais celle des limites techniques. Je laisse aux moralistes la question éthique de la limite où commence le scandale.
    Quand une entreprise de spectacle veut contrôler sa médiatisation sans aller jusqu’à la financer en totalité, elle doit passer par la réglementation. Selon notre éducation cela nous évoque l’Inquisition ou le Stalinisme ou Big Brother. Pour moi, c’est juste le mouvement de la bureaucratisation : la rationalité poussée à son extrême justice. En quelque sorte, le corps pensant de l’OM fait bien son boulot. Satisfecit.
    Il se trouve néanmoins que l’entreprise de spectacle a besoin d’intermédiaires et d’amplificateurs qu’elle ne peut suppléer sans se ruiner plus encore qu’elle ne l’est déjà. Elle a besoin d’un public captif et admiratif, friand d’info toujours nouvelles et croustillantes. Sans un certain désordre son activité inter-matchs serait bien morne et, qui sait, le public pourrait se tourner vers d’autres offres, enrichir d’autres entreprises. C’est la concurrence, la dure loi du sport. Imaginons un instant Olympe ployant sous l’opprobre du déficit, un genou dans la fange de sa vente

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  4. PourVoir PourVoir

    Il n’y a pas d’économie marchande sans propriété privée. Dans ce vaste mouvement d’appropriation, il est assez normal de voir une entreprise qui ne vit que par la publicité de ses actes (enfin, ceux des joueurs quand il en a qui jouent ou qu’on laisse jouer) – et donc le relais médiatique gracieux dont elle jouissait jusqu’alors – devenir schizophrénique au point d’voir la propriété des commentaires, des images et des sons qu’elle émet. La prochaine étape est la prétention d’avoir un droit de censure sur les propos des journalistes. D’ailleurs n’est-ce pas en cours ? Il doit bien exister une chaîne TV OM ? Je ne sais pas. Je suppose. Si ce n’est pas le cas, il faut la créer. C’est pas très cher. Et puis on la crypte et comme ça on ramasse un peu d’argent au péage. En éco on dit que c’est du bénef marginal. J’explique pour ceux qui ont un BTS commercial ou +, car les autres ont déjà compris : Jeanne me disait : « Ma fille, tant qu’il y a un sous à grappiller, grappille. »
    La question qui se pose à trop vouloir grappiller est non pas celle du coût marginal mais celle des limites techniques. Je laisse aux moralistes la question éthique de la limite où commence le scandale.
    Quand une entreprise de spectacle veut contrôler sa médiatisation sans aller jusqu’à la financer en totalité, elle doit passer par la réglementation. Selon notre éducation cela nous évoque l’Inquisition ou le Stalinisme ou Big Brother. Pour moi, c’est juste le mouvement de la bureaucratisation : la rationalité poussée à son extrême justice. En quelque sorte, le corps pensant de l’OM fait bien son boulot. Satisfecit.
    Il se trouve néanmoins que l’entreprise de spectacle a besoin d’intermédiaires et d’amplificateurs qu’elle ne peut suppléer sans se ruiner plus encore qu’elle ne l’est déjà. Elle a besoin d’un public captif et admiratif, friand d’info toujours nouvelles et croustillantes. Sans un certain désordre son activité inter-matchs serait bien morne et, qui sait, le public pourrait se tourner vers d’autres offres, enrichir d’autres entreprises. C’est la concurrence, la dure loi du sport. Imaginons un instant Olympe ployant sous l’opprobre du déficit, un genou dans la fange de sa vente

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