L’IFAC Provence, géant marseillais de l’éducation populaire, toujours dans l’incertitude

Actualité
le 14 Mar 2018
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L'IFAC Provence, l'une des plus importantes associations d'éducation populaire à Marseille, en redressement judiciaire, devrait voir sa période d'observation prolongée. L'avenir de l'association est suspendu au renouvellement des délégations de service public des maisons pour tous municipales.

Tribunal d'instance de Marseille. Photo : Violette Artaud

Tribunal d'instance de Marseille. Photo : Violette Artaud

Si l’astre ne s’éteint pas encore, il est bien assombri. Fédération d’éducation populaire née dans les Hauts-de-Seine et classée plutôt à droite, l’institut de formation, d’animation et de conseil (IFAC) était arrivé à Marseille dans la foulée de Jean-Claude Gaudin à la mairie, en 1997. Avec un conseil d’administration indépendant de l’association nationale, l’IFAC Provence avait repris la gestion de plusieurs maisons pour tous municipales en délégation de service public. C’était également l’IFAC Provence qui assurait une grande part des animations dans les écoles dans le cadre des Temps d’activités périscolaires mis en place un peu en catastrophe par la Ville.

Depuis la rentrée de septembre, et non sans lien avec ce dernier dossier, l’IFAC Provence traverse une sérieuse période de remous. Le 12 septembre, l’association qui emploie plusieurs centaines de salariés est placée en redressement judiciaire. Un redressement qu’elle souhaite voir prolonger en même temps que la période d’observation décidée par le tribunal.

Six mois de prolongation

Et c’est ce qu’a demandé l’administrateur judiciaire, qui a proposé précisément une prolongation de 6 mois de cette période, ce mardi lors d’une audience devant le tribunal de grande instance de Marseille.

Mise en délibéré, la décision de justice sera définitivement actée le 25 mars prochain. Si cette requête, sur laquelle « tout le monde s’accorde » selon l’administrateur judiciaire, est belle et bien acceptée, la direction de l’IFAC Provence aura alors 40 jours pour transmettre au tribunal des éléments précis sur son plan de continuation. Le tout pour un démarrage effectif de ce plan le 1er juin prochain.

Mais cette nouvelle prolongation ne gommerait pas la grande inquiétude des salariés et de leurs représentants syndicaux. Dans un tract distribué par l’UNSA, l’un des trois syndicats majoritaires à l’IFAC Provence, ils appelaient à un rassemblement devant le tribunal en soutien aux salariés. « Aujourd’hui il y a une grande incertitude à l’IFAC Provence. Il n’y a plus de dialogue social et une pression est exercée sur les salariés », rend compte Elisabeth Caruette, déléguée syndicale UNSA.

« Tout dépendra de la décision de la Ville »

Depuis plusieurs mois, bon nombre de délégués syndicaux de l’IFAC Provence mettent en cause la direction pour sa mauvaise gestion managériale et financière, comme Marsactu le détaillait en novembre dernier. Certains vont même jusqu’à évoquer un « coulage volontaire » de l’association locale au profit de la maison mère nationale.

Ce climat tendu s’inscrit qui plus est dans une période de renouvellement de délégation de service public des maisons pour tous (MPT) marseillaises. Si à ce jour, l’IFAC Provence gère une dizaine de MPT, l’association se retrouve désormais dans l’incapacité de postuler. En effet, les règles des marchés publics interdisent à une association en redressement judiciaire de postuler à un nouveau marché de délégation de service public pour de nouvelles maisons pour tous ou pour renouveler celle où l’association est déjà aux affaires.

Dans ce contexte, c’est donc l’IFAC national qui a postulé aux marchés via son antenne locale l’IFAC PACA. “Nous allons tout faire pour remettre sur pieds l’IFAC Provence et l’IFAC PACA nous rétrocédera ces équipements”, avançait déjà en novembre dernier Ronan Paturaux le directeur de l’association locale. Or, pour cela, il faut impérativement que la situation de l’IFAC Provence se redresse, et rapidement.

« Le procureur a demandé des garanties en ce qui concerne la rétrocession des lots », s’inquiète pour sa part après l’audience Nora Abba, représentante du personnel CFE-CGC et secrétaire générale du CHSCT. Pour sa part, la direction de l’IFAC Provence n’a pas souhaité commenter ce sujet. « Tout dépendra du nombre de MPT que le Ville va accorder à l’IFAC PACA », fait savoir une source proche du dossier en ajoutant que « 8 serait le strict minimum » pour envisager un sauvetage de l’IFAC Provence. L’IFAC a postulé sur 10 établissements. De son côté, la mairie rendra ses décisions sur l’attribution des marchés concernant les maisons pour tous au printemps.

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Commentaires

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  1. Minh Derien Minh Derien

    L’IFAC avait été créé à l’initiative d’élus politiques de droite, pour concurrencer les mouvements d’éducation populaires existants, jugés trop indépendants et trop à gauche. L’IFAC ne s’est jamais remis de cette origine. Le poids du national sur l’échelon local et régional n’a rien arrangé. Cette triste histoire nous rappelle qu’un mouvement associatif réel a besoin d’une grande autonomie et ne peut être un simple relais des collectivités territoriales…

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  2. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    Plus exactement, l’IFAC née, me semble-t-il, dans les Hauts-de-Seine et dans l’entourage de Charles Pasqua, a été appelé à venir à Marseille se substituer à la gestion des associations d’éducation populaire proche de la gauche et en particulier de la Fédération Léo Lagrange, satellite du PS.
    Le problème c’est que la déclinaison locale de l’IFAC, affranchie progressivement de sa tutelle nationale a progressivement dérivée dans la même logique que le reste de ce qui entoure la municipalité Gaudin : clientélisme, puis laxisme, puis comportements qui n’ont plus rien à voir avec le service public, l’intérêt général ni l’éducation, puis chasse aux sorcières qui s’alarmaient à l’interne de ces dérives, puis naufrage actuel.

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    • leravidemilo leravidemilo

      Certes , mais il convient d’apporter quelques compléments et modérations à votre présentation :
      — Si l’IFAC provence a connu des dérives résultant de son « adaptation » au contexte marseillais, il convient de préciser que les « dérives » marseillaises existaient avant l’arrivée de Gaudin. Celui ci n’était d’ailleurs pas un perdreau de l’année 1995, il avait un passé dans les municipalités de Gaston (notamment en tant qu’adjoint de..) dont il disait toujours avoir beaucoup appris…
      — L’IFAC est née dans le très très près « entourage » de Pasqua et Santini. Et c’est bien dans son projet initial, en prévision des appels d’offre made in « u ».E que de substituer aux assos d’éducation populaire, avec des adhérents, des AG dans lesquels ceux ci votent et élise un CA… un « organisme » gestionnaire, national, régional.. c’est selon les besoins du moment, mais éloigné des adhérents, loin quoi, pour une gestion directe des équipements. Gestion dans laquelle le cabinet du maire intervenait tout son soul, soit en passant par l’organisme national, soit directement auprès du directeur de l’équipement (c’était plus rapide, et celui ci savait en quoi s’en tenir). Il est important de noter qu’il s’agissait bien d’un projet national. Ceci même si Gaudin a été le 1èr Maire, et longtemps le seul, hors hauts de seine puis région parisienne, a sauter sur l’occase (comme toujours, les marseillais sont gâtés.)
      — Enfin, au moins par respect des 1eres victimes de la chose, il ne s’agissait pas seulement de faire reculer la mainmise de la fédé Léo Lagrange, mais de tuer des associations bien réelles et pas « satellites (et pas qu’à marseille), notamment la MJC de la Corderie qui «  »perdit » » le «  »marché » » dès la première mise (sur le marché). Le recul de la fédé Léo Lagrange a lui, été progressif, négocié, comme toute chose entre les deux branches du defférisme (c’est pas à vous qu’on va expliquer ça.).
      En outre, cerise sur le gatô, tout cela s’est déroulé à une période où la chambre des comptes n’était pas encore régionalisée (Pasqua et Santini y avaient visiblement pensé) et dans un « charmant désordre » quant à l’attribution des subventions, et à leur « fléchage »!
      Je renvoi pour plus de détail à mon commentaire de l’article Marsactu du 7/07/2016 « Malaise social et grève inédite à l’IFAC Provence ».
      Bon, tout ça pour indiquer, pas à vous particulièrement, que National, provençal ou bucco rhodanien, les marseillais en ont pas finir de « manger » de la qualité IFAC, ni bien sur de la payer. Et si je me trompe, un c’est tant mieux, et deux je paye ma tournée (à vous seulement, pas à l’IFAC!).

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    • Félix WEYGAND Félix WEYGAND

      @leravi : hélas je crains que vous ne vous trompiez point pourtant j’aurais bien préférer vous payer, moi, cette tournée ;- D

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  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    UNSA, CFE-CGC, et pas de dialogue social… Nul doute que si FO tenait la maison, l’adhérent donneur, qui a installé l’IFAC à Marseille, et son ingénieur d’élite auraient trouvé une solution – ou plutôt, que le second aurait transmis au premier les ordres nécessaires.

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  4. Brallaisse Brallaisse

    QUARTIERS NORD ce mythique groupe de rock marseillais a une chanson qui décrit bien notre maire, et qui lui convient bien ,elle s’intitule « Main de Pàti » .
    Le thème, un gars va faire ses courses aux « Nouvelles Galeries » et détruit tout ce qu’il touche. Et à la fin, il se fait virer. On peut rêver concernant Jean-Clauuuuuude.
    Là où Gaudin envoie les mains c’est chaque fois la catastrophe , sauf pour les copains bien sûr.

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  5. petitvelo petitvelo

    Et le traitement des enfants dans toutes ces périodes chamboulées, où les animateurs tournent au maximum, devient une fois de plus un détail …

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