L’étonnant soutien de deux sénateurs guérinistes à NKM

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Jean-Marie Leforestier
13 Sep 2016 6

Michel Amiel et Mireille Jouve, membres du groupe radical de gauche au Sénat, ont choisi de parrainer Nathalie Kosciusko-Morizet dans le cadre de la primaire du parti Les Républicains. Un appui qui intrigue.

NKM par Ulysse Bellier/Flickr.

NKM par Ulysse Bellier/Flickr.

Depuis leur élection, les sénateurs élus sur la liste La force du 13 de Jean-Noël Guérini en septembre 2014 se font plutôt discrets. Et s’il y a bien un endroit où l’on n’imaginait pas les voir resurgir, c’est bien pour les parrainages à la primaire organisée par le parti Les Républicains (LR) pour désigner son candidat à la présidentielle. La maire de Meyrargues Mireille Jouve et son homologue des Pennes-Mirabeau Michel Amiel ont pourtant choisi de faire partie des 23 parlementaires (il en fallait 20) qui ont appuyé Nathalie Kosciusko-Morizet dans son désir de concourir à la primaire.

En nombre insuffisant pour former un groupe parlementaire à la chambre haute, les deux parlementaires font partie – comme Jean-Noël Guérini – du groupe RDSE (Rassemble démocratique et social européen) construit autour des élus du parti radical de gauche. C’est d’ailleurs à ce parti qu’ils sont rattachés financièrement, chaque formation voyant une part de ses financements publics indexée sur le nombre de parlementaires qui s’en réclament.

Amiel : “LR doit avoir une femme dans cette primaire”

Pour que leur parrainage soit valide, Michel Amiel et Mireille Jouve ont dû signer “la charte de l’alternance” qui stipule : “Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre et je m’engage pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France”.

L’incohérence entre ces deux engagements frappe et les questions naissent sur la sincérité de leur démarche. Si Mireille Jouve a refusé de répondre à nos questions, Michel Amiel assume : “Ma décision, prise en concertation avec Mireille Jouve ne m’est dictée par personne : je n’ai même pas échangé à ce propos avec Jean-Noël Guérini, balaie-t-il d’emblée. Comme Hervé Mariton [autre candidat à la primaire de Les Républicains], Nathalie Kosciusko-Morizet m’a demandé de la parrainer. Je l’ai fait parce que je crois qu’un grand parti comme Les Républicains doit avoir une femme qui concourt dans ses primaires. Je ne l’aurais pas fait pour Nadine Morano par exemple mais je ne me sens pas trop éloigné de NKM sur les questions économiques et sociétales. Vous savez, je m’engage aujourd’hui avec Emmanuel Macron. Entre le centrisme de Macron et le centrisme de Nathalie Kosciusko-Morizet, l’écart n’est pas très grand !” Ira-t-il voter à cette primaire ? “Je ne sais pas encore.”

Dans l’entourage de Nathalie Kosciusko-Morizet, on assume aussi le choix de s’être tourné vers “un groupe RDSE qui mélange des élus de gauche et d’autres de droite” quand bien même un seul sénateur de droite y siège.

L’hypothèse d’un grand marchandage

Dès les parrainages connus vendredi, La Provence voyait dans ce soutien un possible marchandage à plusieurs bandes : “Le lien ne saute pas aux yeux, sauf si on considère que Nicolas Sarkozy qui souhaitait la présence de NKM à la primaire, n’ait fait appel à Jean-Noël Guérini via un ami commun ayant fréquenté les hautes sphères de l’Etat dans la Région et au ministère de l’Intérieur…”, peut-on lire dans un écho. Derrière cette phrase à tiroirs se dessine le portrait d’un homme à qui l’on prête toujours de grands pouvoirs, Bernard Squarcini.

Si l’on suit La Provence, Sarkozy aurait par son intermédiaire et celui de Guérini voulu permettre à NKM de concourir. Ancien préfet de région délégué à la sécurité, fait chef du renseignement français sous Nicolas Sarkozy, la justice s’est un temps étonné des liens du “Squale” avec l’ancien président du département. Le juge Charles Duchaine, premier juge d’instruction de l’affaire Guérini, s’est ainsi intéressé de près à l’embauche dans un satellite du conseil général de Jean-Baptiste Squarcini, fils de Bernard.

Aujourd’hui, celui qui s’est reconverti dans la sécurité privée affirme n’avoir rien à voir avec cette histoire. “On me dit sarkozyste à Paris, guériniste à Marseille, on me prête beaucoup de choses… Mais je n’ai rien à voir dans cette histoire. La primaire des Républicains, je m’en contrefous. Et vous savez, si Sarkozy et Guérini veulent se parler, ils n’ont pas besoin de moi !”

À droite, personne ne se précipite pour s’exprimer sur le sujet : les sarkozystes se défaussent sur les juppéistes, plus intéressés selon eux par cette candidature de centre-droit susceptible d’élargir l’électorat de la primaire. “Ça m’effare. C’est Juppé qui cherchait [des parrains à NKM]. D’ailleurs, c’est Christian Kert [soutien de Juppé] le premier à avoir signé pour elle”, lâche l’un d’entre eux. Sollicité, Christian Kert ne nous a pas rappelés. Quant au staff de NKM, il s’emploie à déminer le soutien de sénateurs élus sur la liste d’un homme politique qui se revendique de gauche, multi mis en examen, notamment pour association de malfaiteurs : “Si ça avait été Guérini lui-même, évidemment que ça aurait été “non”. Mais ces deux personnes ne sont suspectées de rien. Elles ont certes été élues sur la liste de Jean-Noël Guérini mais il ne faut pas prendre la partie pour le tout !”

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