[L’été venants] À Marseille, l’hébergement touristique à petit budget se fait désirer

Série
le 6 Août 2021
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Qu'ils viennent de loin ou du coin, en masse, en couple ou en famille, chaque été Marseille attire davantage. Une source d'agacement pour les uns et de revenus pour les autres. Cet été, Marsactu raconte ces "venants" estivaux qui se frayent leur chemin dans la ville, avec ou sans tour organisé. Nouvel épisode : quand l'hébergement touristique marseillais peine à offrir des lits à petits prix.

Ils s’appellent Calvin, Myriam, Victor ou encore Fee. Ils viennent de France, de Suisse ou d’Allemagne et arpentent les rues de Marseille sous le poids de leur sac à dos, les mains dans des poches bien souvent vides. On leur a dit que la ville serait accueillante, mais ils peinent à trouver un hébergement touristique à bas prix. Ils ont cherché sur internet, mais le constat est sans appel : à Marseille, l’offre très bon marché qu’ils avaient trouvée à Barcelone ou à Madrid, est très limitée.

Pour commencer, on ne recense auucun camping intra-muros. Ici, pour trouver les premiers hébergements sous tente, dont les prix descendent souvent à 5 ou 10 euros par personne et par nuit, il faut aller vers Septèmes-les-Vallons, Roquefort-la-Bédoule ou Aubagne. “Clairement, la grande majorité de nos campeurs viennent pour visiter Marseille”, indique-t-on à l’accueil du camping d’Aubagne.

Le marché de l’hôtellerie à bas prix encore en chantier

Les voyageurs sans le sou peuvent aussi se tourner vers les hôtels économiques, à 1 ou 2 étoiles. Mais là encore, le peu d’offre a de quoi décourager : sur le site de l’office de tourisme de Marseille, seuls 18 établissements proposent des chambres pour des nuitées inférieures à 50 euros, alors que 70% des hôtels indiqués présentent des tarifs entre 50 et 100 euros.

Ces dix dernières années, le développement du parc hôtelier marseillais, boosté notamment par l'accueil de grands événements comme l'Euro ou l'année capitale européenne de la culture, s'est surtout fait au profit des offres haut de gamme. Quand le nombre de chambres 5 étoiles a triplé entre 2010 et 2020, celui des 2 étoiles est resté stable tandis que les 1 étoile ont été divisées par 10, selon l'office de tourisme de Marseille. La part de ces hôtels économiques est donc en baisse, atteignant 23% du parc hôtelier marseillais en 2020, contre 35,6% dix ans plus tôt.

À l'office métropolitain de tourisme de Marseille, le directeur Maxime Tissot réfute cette baisse de l'offre hôtelière bas de gamme, et affirme que "beaucoup de petits hôtels ont perdu leur classement pour des questions de mises aux normes handicap ou de changement dans les classements". Si la demande d'hôtels économiques est bien réelle, avec le taux d'occupation le plus important en 2020 par rapport aux autres gammes, le directeur assure que le marché en est bien conscient. "Les investisseurs savent que la tendance du marché est là. Notre ville surfe sur une dynamique très forte portée par la jeunesse, la créativité et l'échange. Et pour une partie des chaînes hôtelières, cette clientèle à petit budget est le cœur de cible. Donc l'offre se développe actuellement pour tous les prix."

40 euros la nuit en dortoir

En attendant, les voyageurs au gros sac à dos mais au petit budget pensent souvent trouver une alternative à bas coût dans les auberges de jeunesse. Mais la ville de Marseille n'en compte que cinq, pour un total de 440 places. Il faut dire que la culture d'un hébergement collectif à destination des backpackers, sur le modèle de l"hostel", est peu répandue en France, contrairement à d'autres pays comme l'Espagne. De plus, à Marseille, les auberges de jeunesse affichent des prix qui tournent autour de 35 ou 40 euros la nuit en dortoir durant la saison estivale, quand Lyon propose des offres autour de 20 euros.

Installée près du Vieux-Port, l'auberge Vertigo cible un profil de voyageurs à petit budget, souvent étudiants et âgés de 18 à 25 ans. Mais en affichant 39 euros pour une nuit en dortoir le 20 août, les tarifs représentent déjà le budget logement maximal de beaucoup de voyageurs. Fee, 22 ans, est ainsi venue au Vertigo "parce que c'était le moins cher, enfin pile dans mon budget maximum pour le logement". Avant d'arriver à Marseille, la jeune Allemande ne déboursait pas plus de 10 euros par nuit dans les auberges barcelonaises.

"On pense spontanément à Airbnb, c'est facile"

Une bonne partie de la demande d'hébergement bon marché est alors captée par les locations saisonnières de courte durée, près de 9000 offres sur l'année à Marseille selon l'office de tourisme. Sur Airbnb, les locations à moins de 50 euros la nuit représentent la plus grande partie (34,7%) des logements proposés en août.

Myriam, 23 ans, a choisi de partager un Airbnb comportant une seule chambre, avec trois amis venus de Bretagne pour visiter Marseille. "Le transport nous a coûté cher et on est étudiants, alors on pense spontanément à Airbnb, c'est facile", se satisfait l'étudiante. Elle estime ne pas avoir eu beaucoup d'autres choix : "Le site de couchsurfing est devenu payant (il s'agissait initialement d'un service d'hébergement temporaire et gratuit entre particuliers, ndlr), il n'y a pas de camping et on n'a pas les moyens de l'hôtel".

Laurent Lhardit, adjoint au tourisme à la mairie de Marseille, le confirme : ce sont avant tout les locations saisonnières qui élargissent l'offre touristique bon marché dans la ville. Si l'élu réfléchit depuis novembre à un projet de camping à Marseille et reconnaît que "l'offre hôtelière n'a pas suivi", il estime que ce type de plateformes règle en grande partie le besoin d'hébergement à bas coût. "Nous n'avons pas identifié de déficit particulier concernant l'offre bon marché. La question se pose dans des cités balnéaires, mais pas vraiment à Marseille. Ici, si on accepte de s'éloigner des spots les plus fréquentés, on trouve une diversité d'offres." 

71% des touristes en hébergement gratuit

Certains voyageurs optent alors pour des hébergements éloignés du centre-ville. Le réseau de chambres d'hôtes Hôtel du Nord propose ainsi des hébergements dans les quartiers nord de Marseille, avec l'ambition de réintroduire une négociation des prix entre l'hôte et le voyageur, en fonction de l'histoire et des besoins de ce dernier. "L'idée est de sortir le plus possible d'un calcul automatique des tarifs, qui n'est pas adapté à l'hospitalité pour tous", justifie Prosper Wanner, gérant de la coopérative.

Pour faire face à la flambée des prix sur Airbnb au moment des événements sportifs, l'entreprise marseillaise Free couchs for fans met, elle, en relation des voyageurs amateurs de sport avec d'autres fans, disponibles pour les accueillir gratuitement. "À chaque match, on a entre 200 et 300 demandes sur Marseille. En-dehors des capitales, c'est la ville où on en reçoit le plus, estime Byllel Ben Khalifa, gérant. Pour beaucoup, un Airbnb à Marseille c'est limite un luxe, surtout quand on a déjà dépensé pour son billet d'entrée". L'hébergement non marchand, en séjour chez de la famille ou des amis, reste alors l'alternative principale des touristes : il représente 71% de l'offre selon Provence tourisme.

Pas tous logés à la même enseigne

Mais voyager reste encore un luxe pour beaucoup. Et le revenu des voyageurs, un impensé des politiques touristiques, qui s'en remettent le plus souvent aux offres d'activités gratuites plutôt qu'à la promotion directe d'un tourisme à vocation sociale. Si Laurent Lhardit affirme vouloir "accueillir aussi un tourisme populaire, étant donné que Marseille ne sera jamais une ville de la côte d'Azur", il n'entend pas pour autant cibler spécifiquement l'accueil de touristes aux moindres revenus. "On accueille tous les touristes. Le tourisme différent que l'on recherche n'est pas socialisé en fonction des revenus. Il se fond dans la ville et la vie des Marseillais."

Calvin et David s'offrent le luxe d'une auberge de jeunesse avant de repartir pour Bordeaux.

Des Marseillais, Fee va justement pouvoir en rencontrer : la jeune voyageuse a fini par trouver un hébergement en colocation chez des amis d'amis, pour 80 euros le mois. Calvin et David, eux, ont bien essayé de dormir chez l'habitant, "mais avec le Covid les gens étaient méfiants". Les deux jeunes Suisses ont décidé de dormir dehors pendant une semaine, dans la rue, au parc ou à la plage, avant de s'offrir une nuit de confort au Vertigo. Là-bas, beaucoup de touristes ne resteront qu'un soir, avant de trouver un hébergement chez des amis pour les plus chanceux. Ou de repartir, les poches un peu plus vides.

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Commentaires

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  1. jasmin jasmin

    Avec notre taux d’incivilité transformant notre ville en poubelle béante, et notre taux d’occupation des trottoirs par les mendiants, les équipes en charge de l’offre d’hébergement aux touristes doivent hésiter avant d’offrir du logement à des tout petits budgets. J’aurais bien aimé connaitre le taux d’insalubrité des logements offerts, peut être par l’intervention des équipes sanitaires pour les punaises de lit? En tout cas, ça ne rend pas le AirB&B très attractifs de savoir à combien ces touristes à petits budgets se mettent dans une même chambre pour faire des économies.

    En attendant de mieux réfléchir à l’offre de logement, la municipalité ou la métropole devraient réfléchir à des moyens plus créatifs en lien avec les instances de gestion de ces logements. Si on pouvait proposer des séjours courts avec nettoyage de la ville à l’appui? On leur fournissait le karsher ou la pince à attraper les détritus ou le balai, et ils nettoient une rue de la ville en contrepartie d’un logement pour parti payé par la métropole?

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  2. kukulkan kukulkan

    une dizaine de campings à Nice ? vraiment ?

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  3. TINO TINO

    A Marseille, tout est à penser et à faire. L’urbanisme, les transports, etc, etc, et maintenant le tourisme qui apporte sa problématique. Comme dirait un agent immobilier, “Marseille a du potentiel”. Mais Marseille est pauvre et quand on est pauvre le potentiel reste un rêve qui ne peut pas se réaliser.

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  4. JMM JMM

    Allez voir si vous pouvez dormir dehors en Suisse.😉
    Curieux cette propension à vouloir sans beaucoup de moyens être impérativement hébergé en centre ville…
    Dans ce même cas, jeune, j ai beaucoup frequenté de campings en périphérie de grandes villes ( Amsterdam, Stocklom,Lisbonne, Athènes…).
    Il y avait il y a encore trente ans un camping à Bonneveine pzs très loin de la plage mais les grandes villes n’ont.pas vocation à posseder cela en leur sein; le foncier est trop cher…
    Ce qui est cher également pour les jeunes, ce sont les taxes de séjour qui.n’existaient pas avant.
    Au fait combien.pour une journée à Marseille par personne et combien cela rapporte t-il à la ville ?
    Merci !

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Mais tout ceci fait le charme de notre ville, comme dit Tino, tout est à penser.Depuis 600 ans avant JC les dirigeants marseillais ont eu le temps d’y penser, mais quand vous avez des générations d’epiciers nous voyons le résultat.
    Depuis que j’entends que Marseille a des atouts cela en devient ridicule,aujourd’hui cette dernière ville est comme la contrée ,elle est sans atouts avec sa saleté, une qualité de services nulle, ses impôts et j’en passe

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  6. BernardMounier BernardMounier

    Selon Laurent Lhardit, Marseille n’est pas une station balnéaire. Cependant l’ensemble des indemnités des élus a été majorée de25% par délibération du Conseil municipal pour cette raison, comme la loi le permet. Les 25% supplémentaires ont été octroyés parce que Marseille est chef-lieu de département.

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    • Laurent Lhardit Laurent Lhardit

      Je ne le pense pas même si c’est ce qui ressort de la citation. Disons que Marseille n’est pas une cité balnéaire comme les autres, c’est d’abord une très grande ville.

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  7. gastor13 gastor13

    La mairie veut de moins en moins de toursites, ce n’est pas pour accueillir des touristes à faible revenus donc qui n’engraisseront pas les copains Grands hôtels ou Grand restos.. Circulez il n’y a rien à voir !
    Pauvre Marseille

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  8. Marieke Marieke

    L’auberge de Bois-Luzy située dans un chateau construit sous le Second Empire a outre une centaine de lits et un camping dans le parc..

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