À Marseille, l’État expérimente la stabilisation plutôt que l’expulsion des Roms

Info Marsactu
le 16 Mai 2018
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Pour la première fois à Marseille, l'État souhaite stabiliser deux sites occupés par une quarantaine de familles Roms, dans un objectif d'insertion. Mais la métropole a indiqué in extremis avoir d'autres projets pour l'un des lieux pressentis, suscitant la colère des associations impliquées dans la démarche.

L'ancien hôtel relais de Saint-Antoine, dont les occupants sont suspendus au projet de la préfecture. Photo V.A.

L'ancien hôtel relais de Saint-Antoine, dont les occupants sont suspendus au projet de la préfecture. Photo V.A.

« Accompagnement multi partenarial renforcé ». Sous le logo de la République, les termes sont d’une technicité trompeuse. Avec ce « protocole d’accord », signé le 24 avril par la préfète déléguée à l’égalité des chances Marie-Emmanuelle Assidon, il s’agit d’une première à Marseille : l’État s’engage, aux côtés d’une myriade d’acteurs publics (CAF, Sécurité sociale, Pôle emploi…), à stabiliser deux sites illégalement occupés par des Roms à la Capelette (10e) et à Saint-Antoine (15e), le temps de mettre en place des parcours d’insertion.

Cette « occupation temporaire » autorisée sur des durées de 18 à 24 mois pour une quarantaine de familles romprait ainsi avec le cycle des expulsions observé depuis des années sur la plupart des bidonvilles ou squats (lire notre article). « Il faut sortir de cette politique qui n’a pas de sens, est source de nuisances, d’insécurité et de précarité absolue pour les personnes concernées, résume Marie-Emmanuelle Assidon. Des expériences de résorption par un accompagnement renforcé de ces populations ont été conduites avec succès dans plusieurs territoires en France. » À la suite des associations, l’État fait le constat qu’environ 800 Roms vivent à Marseille, un chiffre à peu près stable depuis des années.

« Une nouvelle impulsion » du gouvernement mais un projet ancien

« L’État reprend ce que l’on a expérimenté à plusieurs reprises avec les espaces solidaires d’hébergement Plombières puis Maison-Blanche », se félicite Kader Attia, directeur de l’Ampil, l’association qui a été chargée par l’État de mener le diagnostic social préalable et désormais l’accompagnement régulier des familles. Le projet évoque également la démarche menée avec le soutien de la municipalité de Gardanne au Puits Z (lire notre article) ou dans d’autres grandes métropoles (Nantes, Bordeaux, Strasbourg, Toulouse…). « Cela permet de construire des parcours en sortant de l’urgence : envisager une scolarisation sur le plus long terme.. Savoir que c’est les vacances mais qu’il n’y aura pas d’évacuation avant la rentrée », illustre Marion Bonnet, responsable de service à l’Ampil.

Encore rarement menée à l’initiative de l’État, cette politique est désormais la ligne fixée par une instruction envoyée le 25 janvier par le gouvernement aux préfets afin de donner « une nouvelle impulsion à la résorption des campements illicites et des bidonvilles ». Mais le projet marseillais remonte lui à octobre 2016, à l’époque sous la houlette du préfet délégué à l’égalité des chances d’alors, Yves Rousset.

Une maturation lente qui rend d’autant moins compréhensible le revirement de dernière minute qui menace l’un des deux sites choisis, celui de Saint-Antoine. Si le vaste terrain du boulevard des Aciéries (10e) appartient à l’État, celui de l’avenue de Saint-Antoine (15e) est propriété de la métropole Aix-Marseille Provence, qui devait donc s’engager à la stabiliser dans le cadre de ce protocole. « On devait signer, tout était prêt, et puis patatras la métropole réalise qu’elle a un projet sur ce site et qu’elle doit récupérer le bâtiment ! », s’étonne encore Caroline Godard, membre de Rencontres tsiganes.

Coup d’arrêt de la métropole

L’association a donc refusé de signer le protocole de même que Médecins du monde, qui a participé à la démarche de repérages avec Architectes sans frontières. « Ça ne sert à rien d’écrire que l’on stabilise pour 18 à 24 mois si ce n’est pas le cas », justifie-t-elle. Contactée, Arlette Fructus, la vice-présidente de la métropole déléguée à la politique de la ville confirme que son institution a appuyé sur le frein. L’ancien relais de poste doit en effet être démoli et elle a déjà obtenu un jugement d’évacuation pour pouvoir y procéder. « Nous portons une opération d’aménagement du pôle d’échange, qui permettra d’améliorer l’accès et la visibilité de la gare depuis l’avenue de Saint-Antoine. Ces travaux doivent démarrer début février 2019 et nécessitent auparavant de réaliser des diagnostics. Ce n’est pas envisageable de le maintenir occupé ! »

Si l’élue ne parvient pas à identifier l’origine du quiproquo, elle signale que l’État ne peut ignorer ce projet financé par l’Agence nationale de rénovation urbaine. « Est-ce qu’on bloque un projet ANRU ?! », interroge-t-elle faussement. « Nous allons regarder ensemble ce calendrier et je suis très optimiste sur le fait que nous trouverons une bonne solution pour mettre en oeuvre ce travail élaboré en commun sans handicaper le projet ANRU », avance Marie-Emmanuelle Assidon.

À Saint-Antoine, « on continue »

En attendant, la métropole et la ville de Marseille ont donc refusé de signer. Quant au conseil départemental, il était représenté seulement par une fonctionnaire, qui n’a pas voulu prendre la responsabilité de signer pour sa collectivité… À partir du moment où il mentionne le site de Saint-Antoine, « le protocole d’accord est caduc », résume Xavier Méry, adjoint au maire délégué à la lutte contre l’exclusion. Il récuse toutefois le « procès en mauvaise volonté » et se dit favorable au principe. Surtout maintenant « qu’on a fait miroiter » l’idée aux familles. « L’idée de cette expérimentation est très bonne, il faut juste se caler sur un autre site », abonde Arlette Fructus.

Pour l’heure, cette friture sur la signature n’arrête pas le travail de l’Ampil lancé dès décembre 2017. Sur le terrain des Aciéries, rien ne s’y oppose. Quant à Saint-Antoine, « ce n’est pas pour autant demain qu’il y aura une évacuation, donc on continue et j’ai entendu les élus dirent qu’ils tâcheraient de trouver un autre terrain », avance Marion Bonnet, qui ne nie pas une « inquiétude » chez les familles bénéficiaires.

En dépit, ou à cause, de ces difficultés, l’association Rencontres tsiganes demande une extension rapide de la démarche à d’autres sites. « On ne peut pas dire « OK pour ces deux sites » et « on fait comme avant » pour les autres », appuie Caroline Godard. Pour sa part, la préfète déléguée pour l’égalité des chances souhaite d’abord établir « une démonstration » avec ces deux sites pilotes.

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Commentaires

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  1. eolienne eolienne

    Quand finiront les habitats provisoires et précaires pour les Roms. Enfin un projet positif de la part de l’Etat… mais voilà un caillou dans sa chaussure posé par la métropole présidé par JC Gaudin. Continuera-t-il longtemps sa chasse aux Roms ? De son éducation chrétienne il a complètement oublié le principe évangélique « ce quei vous faites pour le plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous le faites » ou le principe républicain, en tant citoyen et élu, celui de « Fraternité ». Espérons que les habitants que les pouvoirs publics obligent à redevenir nomades, trouverons enfin un lieu d’habitation stable rapidement.

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  2. Germanicus33 Germanicus33

    On sent que la municipalité de Marseille est très frileuse dès qu’il s’agit d’aider des gens en difficulté et qu’elle trouve un tas d’excuses, un peu embrouillées quand même !
    Tout celà n’est pas très glorieux pour J.-C. Gaudin…
    Jean-Claude, pas Jésus-Christ !!

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