L’État fait appel à l’hébergement social pour reloger les évacués marseillais

Info Marsactu
Lisa Castelly
29 Nov 2018 4

Pour faire face à l'augmentation du nombres d'évacués pour cause de péril, l'État a sollicité les associations gestionnaires de structures d'hébergement social accompagné, dédié aux sans-abris. Ces dernières, déjà proches de la saturation, s'inquiètent de cette mission nouvelle qui leur est confiée.

Des occupants d'immeubles évacués après les effondrements de la rue d'Aubagne. (Image BG)

Des occupants d'immeubles évacués après les effondrements de la rue d'Aubagne. (Image BG)

Le message est arrivé vendredi sur les boîtes mail de nombreuses structures marseillaises d’hébergement, et a laissé la place à un sentiment de malaise et à des interrogations pour le moment sans réponses. Le message est signé de Didier Mamis, directeur départemental en charge de la cohésion sociale. Il y informe lesdites structures qu’elles vont être désormais sollicitées dans la “période difficile” que traverse Marseille, alors que “400 ménages environ” ont été évacués de leurs logements. Un chiffre “appelé à encore augmenter”, ajoute le représentant de l’État.

Ainsi, poursuit-il, ces publics évacués pour péril seront désormais prioritaires pour accéder aux logements vacants de ces structures d’hébergement et de logement accompagné, “dans le respect du cadre réglementaire régissant les conditions d’accès”. Les logements concernés appartiennent à des dispositifs CHRS, pour centres d’hébergement et de réinsertion sociale, destinés à des personnes sans logis ou en grande détresse sociale.

Il peut s’agir d’appartements dans des foyers ou dans le “diffus”, c’est à dire des appartements classiques, gérés par des associations qui assurent aussi le suivi social complet des locataires. Si les “bailleurs sociaux sont fortement mobilisés”, il s’agit “d’augmenter les capacités de relogement (y compris temporaire) et d’hébergement possibles pour les publics en situation de grande précarité.”

Depuis la réception de la missive, ses destinataires sont dans l’expectative. “On ne sait rien de précis, à part que c’est bizarre, commente-t-on dans une des associations sollicitées. Il faut savoir dans quelle mesure cela aura lieu, avec quels financements. Mais ce n’est pas le but de l’association d’héberger des évacués”.

“On ne peut pas éponger cette charge”

Sous couvert d’anonymat, une travailleuse sociale montre davantage d’inquiétude : “Avec les coupes budgétaires actuelles, on n’est pas en capacité de se charger de ça. Notre boulot c’est de permettre l’accès au logement à des gens qui n’en ont pas, pas de loger des gens qui ont une maison qui a été évacuée. On ne peut pas éponger cette charge-là !”. 

Du côté de la préfecture, tutelle de la direction de la cohésion sociale, on explique que les CHRS ne seront pas les seuls dispositifs sollicités par l’État. “Il faut une mobilisation générale et devant des cas hétérogènes, on cherche à mobiliser une offre tout aussi hétérogène, avance Marie-Emmanuelle Assidon, préfète déléguée pour l’égalité des chances. Cette note vise à alerter l’ensemble des structures. Tous les évacués n’ont pas vocation à intégrer un dispositif d’hébergement d’urgence”. 

L’État, explique sa représentante, fait actuellement l’inventaire de toutes les places dont il dispose pour pouvoir s’adapter autant que possible aux situations particulières de chacun. “Il ne s’agit pas de faire passer les évacués avec un coupe-file, mais de trouver un panel de toute l’offre existante. On ne peut pas laisser les gens à l’hôtel pendant des mois”. Cela laisse supposer que l’hébergement des personnes évacués pourrait s’éterniser sans que l’on sache si cette incertitude concerne les seuls habitants de la rue d’Aubagne ou ceux d’autres immeubles en péril.

Le SIAO, service intégré d’accueil et d’orientation, qui centralise les demandes de logements d’urgence sur le département, est d’ailleurs en train de prendre la main sur les dossiers de tous les évacués en relais des services de la Ville, en étant présent au sein de l’espace Bauveau dédié aux évacués.

Trois semaines après le drame de la rue d’Aubagne et alors que les évacuations d’immeubles se poursuivent, l’État veut “monter en charge” face au caractère exceptionnel de la situation, assure Marie-Emmanuelle Assidon. Mais face à des structures déjà habituées à travailler dans des conditions de tension permanente, l’effort supplémentaire demandé devra être accompagné de beaucoup de diplomatie.

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