Les insoumis marseillais se divisent sur l’union à gauche

Actualité
Lisa Castelly
30 Mai 2019 35

Après un score très décevant aux européennes, la France insoumise s'interroge plus que jamais sur la posture à adopter en vue des municipales à Marseille. Un débat qui avait déjà démarré en interne depuis quelques semaines, non sans créer quelques tensions.

Stand la France insoumise durant la campagne des législatives 2017. Image LC)

Stand la France insoumise durant la campagne des législatives 2017. Image LC)

Il y a quelques semaines encore, bon nombre d’insoumis marseillais se voyaient en locomotive de l’union de la gauche aux municipales. Et lorsque Jean-Luc Mélenchon déclarait, « tous ceux qui veulent se mettre au service de cette fédération du peuple marseillais sont les bienvenus », ces derniers entendaient « pour se rassembler autour de la France insoumise ». La douche froide des résultats aux élections européennes, qui ont vu la FI se contenter d’un petit 8,3 % à Marseille – contre 24,82 % pour Jean-Luc Mélenchon à la dernière présidentielle – a finalement rafraîchi les ardeurs des militants.

Bien sûr, comme dans beaucoup d’organisations politiques, les projections à partir du scrutin européen pour imaginer la donne aux municipales sont rejetées. Mais en coulisses, on sort tout de même les calculettes, avec un frisson.  Suppléante de Jean-Luc Mélenchon, Sophie Camard reconnaît un « coup de bambou ». Et admet qu’il sera plus difficile pour la FI d’être moteur de la gauche marseillaise dans ces circonstances. « On était prêts à jouer un rôle pivot, on est toujours prêts à le faire bien sûr, mais les scores aux européennes nous affaiblissent ». « Ça a l’intérêt de nous rappeler à notre humilité de militants », glisse de son côté Mohamed Bensaada, militant des quartiers Nord encarté FI.

Signer ou ne pas signer l’appel à l’unité

« Le score aux européennes renforce le positionnement des citoyens à créer une dynamique plus large que les uns et les autres, mais cela dépend de leur capacité à y arriver », nuance Sophie Camard. L’ex-EELV ne manque pas de souligner, au passage, que ses anciens camarades divisés en « quatre sensibilités différentes » ne seraient pas plus solides pour mener l’alliance de la gauche, malgré leur bon score récent. Souhaitant encourager la dynamique citoyenne pour un rassemblement à gauche, Sophie Camard a signé l’appel « S’unir ou subir » porté par Marseille en commun, Mad mars et plusieurs autres collectifs dès sa parution le 16 mai.

Un pas qu’une poignée d’autres insoumis marseillais, dont l’ancien candidat aux législatives Hendrik Davi, ont franchi, provoquant un tourbillon en interne, avec en épouvantail une alliance qui irait jusqu’à la République en marche. « Cet appel je ne peux pas le signer, confie Mohamed Bensaada, plus réticent. Le postulat de départ, d’accord, mais, Mad mars, qui est l’un des animateurs, n’est pas contre l’union avec LREM et ça ce n’est pas possible ».

Une vision des choses que Bernard Pignerol, conseiller proche de Jean-Luc Mélenchon formule comme un impératif catégorique. « Du point de vue de la tradition France insoumise, on ne signe pas un appel en même temps qu’un député En marche », déclare-t-il en référence à Saïd Ahamada qui a dit qu’il soutenait la démarche. Sans toutefois signer l’appel. « Ceux qui iront à la rencontre de Mad mars le leur diront : c’est très bien, mais une alliance qui va de la FI à LREM ce n’est pas possible », poursuit-il.

« Aucun parti politique ne pourra à lui seul renverser la majorité actuelle »

Cet antagonisme s’est aussi fait sentir parmi les militants marseillais autour de la rédaction d’un texte prévu pour être diffusé dans la presse appelant à son tour à l’unité. Dans les semaines qui ont précédé les européennes, le groupe chargé de le rédiger a en effet vu se lever de fortes résistances. « On travaillait depuis plusieurs semaines à un texte, en groupe, qui avançait bien, détaille Sophie Camard. Mais depuis 2, 3 semaines, nos réunions ont commencé à être un peu torpillées par des personnes qu’on y avait jamais vues avant, sur une ligne un peu plus identitaire. Il y a eu une mauvaise ambiance, on aurait dit des débats de petit parti ».

Une fois passée la veste des européennes, les tenants de cette ligne « identitaire » veulent gommer la profondeur du clivage. « Dans la fin de la campagne, il y a eu des tensions entre ceux qui travaillaient pour les européennes et ceux qui étaient déjà sur les municipales, plaide Bernard Pignerol. Mais on est vraiment dans l’anecdotique. »

« Je ne vois pas qui est plus fort que nous sur Marseille »

Jusqu’aux scores de dimanche, la question était donc toujours de savoir si la FI était soluble dans l’union ou si c’était à l’union de rejoindre la FI. Interrogés, les militants écologistes Félix Blanc et Sébastien Barles se réjouissent à demi-mots que le temps où « la FI pensait pouvoir être hégémonique » soit révolu. Co-initiateurs, via le collectif Marseille en commun, de l’appel « à Marseille, s’unir ou subir » ils souhaitent voir les partis rester en retrait pour laisser la place à un processus d’union porté par des citoyens.

« Personne n’a dit : « on veut y aller tout seul » mais la question c’est avec qui, quand et comment. Il faut absolument s’appuyer sur une dynamique citoyenne. L’hégémonisme ce n’est pas le sujet, c’est une question de priorités », défend Mohamed Bensaada. Attentifs aux activités des collectifs citoyens, Bernard Pignerol assume tout de même une position beaucoup plus tranchée sur qui doit organiser l’union : « Je ne vois pas qui, dans notre délimitation politique, est plus fort que nous sur Marseille. »

Même après la défaite des européennes, la fracture semble persister, par delà les propos rassurants. « On a des divergences sur la méthode, pas sur le fond », assure ainsi Mohamed Bensaada. « De toute façon, il faut trouver 328 noms, il y aura de la place pour tout le monde », lâche, plus cynique, Bernard Pignerol.

Pour le moment, la date de diffusion du texte a été repoussée sine die. Dans un échange de mails que nous avons pu consulter, plusieurs militants, y compris des proches de Jean-Luc Mélenchon, réclament de le soumettre à l’approbation de tous les insoumis de Marseille. Une forme de consultation jusque-là inédite. Ce que souligne douce-amère, Sophie Camard, qui s’étonne d’une telle consultation, « que nous avons toujours souhaitée et qui nous a toujours été refusée ».

Mois de juin chargé

Désormais le débat a pris une ampleur nationale, par la voix de la députée Clémentine Autain appelant à créer « des passerelles » et à « ouvrir les portes et les fenêtres » au sein du mouvement. Une assemblée représentative de la FI, prévue le 24 juin, pourrait arrêter une stratégie globale pour les municipales.

Au sein des collectifs marseillais porteurs de l’appel à l’unité, l’optimisme est de rigueur, même si le chemin reste ardu. « On a tranché le fait qu’il n’y aurait pas d’étiquette LREM sur la liste d’unité », annonce Sébastien Barles, conseiller municipal EELV, avec sa casquette Marseille en commun. Il espère ainsi définitivement calmer les inquiétudes au sein de la FI mais aussi du PCF. Reste à savoir si le processus transparent prôné jusqu’ici ira assez vite au goût des formations politiques.

D’ici là, le mois de juin s’annonce chargé en rendez-vous pour la gauche et les collectifs citoyens, avec ce samedi les États généraux de la démocratie locale, organisés par Marseille en commun, puis le 7 juin une première réunion publique de Mad Mars, et le week-end du 22 juin, les États généraux de Marseille, portés par les collectifs signataires du manifeste pour un Marseille populaire et vivant (lire notre article). L’enjeu : qu’il n’y ait pas, en fin de course, plusieurs unions de la gauche.

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