Les flux financiers entre l’IRD et l’IHU de Didier Raoult entachés d’un conflit d’intérêts

Info Marsactu
le 10 Sep 2020
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Le PDG de l'IRD a signé une convention avec l'Institut hospitalo-universitaire alors que son épouse en préside le conseil d'administration. Cette décision entraînant des versements dépassant le million d'euros a été prise sans consulter son conseil d'administration. L'agence française anticorruption estime le montant surévalué et confirme ainsi nos révélations.

Il y a deux ans, Marsactu écrivait que l’Agence française anti-corruption (AFA) dirigée par l’ancien juge d’instruction marseillais, Charles Duchaine, contrôlait l’institut de recherche pour le développement (IRD) alors dirigé par Jean-Paul Moatti. Nous écrivions à l’époque que l’équipe de contrôle s’intéressait à une convention passée entre l’IRD et l’institut hospitalo-universitaire Méditerranée infection (IHU), conçu et dirigé par Didier Raoult.

Lire notre article sur le contrôle de l’AFA en 2018.

La raison de l’intérêt de l’agence nationale spécialisée dans la prévention de la corruption résidait notamment aux liens matrimoniaux des deux signataires, Yolande Obadia, présidente de l’IHU, et Jean-Paul Moatti, PDG de l’IRD. Or, à notre connaissance, ce dernier n’avait pas mis en place de mécanisme de déport, évitant ainsi de mêler intérêts publics et privés, Marsactu a pu consulter une version du rapport de contrôle de l’AFA, resté confidentiel, en dehors du PDG lui-même et des tutelles de l’institut, les ministères de la recherche et des affaires étrangères. Il confirme le conflit d’intérêts.

Le PDG n’aurait pas dû signer avec son épouse

Le PDG de l’IRD n’a pas pris les précautions nécessaires pour éviter que sa signature ne figure à côté de celle de son épouse sur une convention liant deux organismes financés par de l’argent public. L’agence le tance : “Le PDG aurait dû se déporter et faire approuver cette convention par le conseil d’administration”.

Officiellement, les 300 000 euros par an versés depuis 2017 et jusqu’à cette année constituent une sorte de loyer pour les bureaux occupés par les membres de l’IRD au sein de l’IHU. Pour l’équipe de contrôle, ce montant a été surévalué. Il est “disproportionné au regard du nombre d’agents de l’IRD présents dans les locaux de l’IHU”. En 2018, l’AFA en compte cinq répartis dans les différents laboratoires de recherche hébergés à la Timone.

Pas d’information du conseil d’administration

Jean-Paul Moatti avait pris cette décision en catimini, ignorant plusieurs acteurs de l’IRD qui auraient pu s’interroger à son propos. Face à l’AFA, il a reconnu que cette convention d’une valeur globale de plus d’un million d’euros signée avec son épouse n’avait pas fait l’objet d’une consultation du service des affaires juridiques de l’IRD.

Il n’a pas non plus informé son conseil d’administration de l’existence de ce conflit d’intérêt, ni même de la nature de la convention qui liait l’institut à une fondation de droit privé. Pourtant, toute convention entrainant une dépense de plus de 50 000 euros oblige le PDG de l’IRD àconsulter son conseil d’administration où siègent les représentants des tutelles ministérielles.

La participation de l’IRD au fonctionnement de l’IHU du professeur Raoult n’a fait l’objet que d’une simple communication devant le conseil d’administration. Le PDG y faisait la liste des participations financières de l’institut au sein de structures dotées de personnalités morales. Avec 300 000 euros annuels, l’IHU apparaît loin devant. Mais, selon l’AFA, le PDG a fait quelques omissions dans son addition. Il faut y ajouter la participation de l’IRD à son projet de centre de ressources microbiologique (IHUBIOTK), là encore pour un montant de 300 000 euros payés en deux fois, en 2017 et 2018.

Affaiblissement de l’exercice de la tutelle

En lettres grasses, l’équipe de contrôle de l’AFA pose un jugement cinglant:

 “Le non-respect par l’IRD des dispositions permettant au conseil d’administration et au contrôleur budgétaire d’exercer un contrôle sur les décisions et actes pris par le PDG de l’institut constitue un risque et affaiblit l’exercice de la tutelle sur l’IRD.”

Sur ce point comme sur les autres éléments (détaillés dans cet article), la direction de l’IRD comme l’ancien PDG se refusent à tout commentaire en insistant sur le caractère “confidentiel” du rapport de contrôle. “J’ai fait en sorte que les recommandations de ce rapport puissent être prises en compte par l’IRD”, nous écrit Jean-Paul Moatti. C’est quasiment mot pour mot ce qu’à répondu à Marsactu la nouvelle PDG de l’IRD. Quant à l’IHU, ils n’ont pas répondu à nos questions.

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Commentaires

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  1. jasmin jasmin

    Professeur Raoult ne protège pas suffisamment son IHU qui est certainement un fleuron de la biologie et utile pour la France et l’humanité. Il faut une gestion irréprochable de ce trésor. Raoult est sans doute un excellent chercheur et medecin, mais comme gestionnaire, il faut vraiment qu’il se fasse aider par une équipe non corrompue pour préserver son bébé. En essayant de ratisser large l’argent public, il devait bien savoir qu’un contrôle pourrait être exercé. Avant que lui même soit mis sous tutelle et notre IHU démantelé, il faut qu’il redresse la barre.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Raoult très prompt à dénoncer les laboratoires l’est un peu moins avec les institutions locales . Il ferait mieux de surveiller ses arrières.Les copinages régionaux s’appellent conflits d’intérêts en bon François. Il y a sûrement une clique parisienne, mais à Marseille cela y ressemble étrangement pour les mêmes intérêts.

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    • RML RML

      Pardon mais il savait très bien qu il y avait conflit d intérêt et d ou venait cet argent ! On verra ou mènera l enquête

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    • Freddo69 Freddo69

      C’est lui qui encaisse…🤣🤣🤣

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Je lui laisse le bénéfice du doute, pour le moment et sans trop d’illusions

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  3. petitvelo petitvelo

    Au train où vont les choses, ça pourrait être classé sans suite d’ici quelques années ou jugé en 2050 où tout le monde aura du mal à se souvenir de ce qui s’est passé en 2017

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  4. Electeur du 8e Electeur du 8e

    D’une façon générale, que sait-on du financement de l’IHU Méditerranée, fondation de droit privé qui peut recevoir des dons également privés ?

    Le Pr Raoult est parfois dépeint comme un chevalier blanc sans peur et sans reproche, à la différence de ses confrères et consoeurs qui seraient corrompus jusqu’à la moelle par des labos. Mais on imagine assez facilement qu’une machine comme l’IHU a besoin d’autre chose que de l’eau claire pour fonctionner. Quels sont les flux financiers qui le permettent ? D’où proviennent-ils et par quels circuits parviennent-ils à l’IHU ? Quelle part y prennent les partenaires privés de la fondation IHU, à commencer par Sanofi ?

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    • Brallaisse Brallaisse

      Ce qui est dingue dans ce type de dossier c’est qu’il faut s’appeller Montalbano ou Maigret pour y retrouver ses petits et encore à condition d’être équipé d’antinroullards

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  5. Freddo69 Freddo69

    Bel article Benoît, comme toujours.

    Il est plus que temps de lever le voile sur les sommes colossales encaissées par l’IHU

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