Les ex Fralib lancent une campagne de “sociofinancement” pour prolonger leur aventure

Interview
Benoît Gilles
18 Juil 2017 9

Depuis la reprise de leur usine, les anciens de Fralib peinent à installer leurs marques 1336 et SCOP TI. La coopérative annonce le lancement d'une campagne de financement direct par le public pour disposer de la trésorerie nécessaire à l'activité, tout en visant le point d'équilibre en 2018.

Portrait d'Olivier Leberquier. Photo : Patrick Gherdoussi/divergence-image.com

Leur histoire est belle comme un conte ouvrier. Depuis Gémenos, ils ont fait plier une multinationale de l'alimentaire, Unilever et obtenu de conserver leur outil de production. Relancés sous la forme d'une société coopérative en 2014, les "Fralib" ont remis en route les machines et lancé leurs marques maison, 1336, comme le nombre de jours où ils ont occupé l'usine et SCOP TI, la gamme bio qui reprend le nom de leur société.Mais entre la belle histoire de lutte et la réalité du marché, il y a un écart qu'ils s'efforcent de combler. L'usine est loin de tourner à plein régime. Et si la production destinée à la grande distribution, via "les marques distributeurs", constitue le gros de leur chiffre d'affaires, leurs marques maison peinent à rencontrer les consommateurs. D'où l'idée d'avoir recours à un mode de financement participatif pour apporter de la trésorerie à leur société et atteindre le point d'équilibre attendu en 2018. Une campagne qui ne donne pas droit à des contreparties pratiquées dans le système classique des financements participatifs, d'où le choix du terme canadien de "sociofinancement". Entretien avec Olivier Leberquier, ancien délégué syndicaliste CGT de l'usine, aujourd'hui directeur général délégué de la société coopérative.Pourquoi lancer une campagne de financement participatif maintenant ?Olivier Leberquier : Nous avons annoncé cette campagne le jeudi 13 juillet, depuis Avignon où nous avions organisé une conférence de presse avec Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT. Mais nous avons eu très peu de reprises dans la presse. Ce lundi, mon communiqué a eu plus de succès. Notre campagne n'est pas du financement participatif comme on en a l'habitude. Nous n'allons pas passer par une plate-forme dédiée, ni offrir de contreparties en échange de dons. Il s'agit d'une campagne de sociofinancement direct. Les gens qui nous soutiennent ou souhaitent le faire peuvent nous envoyer leur chèque ou faire des virements sur un compte dédié. Dès la fin de la semaine, ils pourront même payer en ligne. Notre idée est très simple : depuis la reprise de l'activité, nous faisons face à un problème de trésorerie et si nous voulons atteindre notre point d'équilibre à la mi-2018 et ne pas se retrouver dos au mur, il faut anticiper. D'où cet appel à l'aide pour que les gens contribuent directement à nous apporter ces ressources financières.De combien avez-vous besoin ?Tout d'abord, je tiens à faire une précision. Contrairement à ce que j'ai lu, nous n'avons pas bénéficié d'un versement de 19,4 millions d'Unilever au moment de la reprise. Nous n'avons pas claqué 20 millions d'euros en 3 ans ! Il faut bien expliquer ce que cette somme signifie : la moitié correspond aux retenues sur salaires, charges sociales, indemnités légales et supra-légales des salariés d'Unilever. Le reste correspond à la valeur vénale des machines. En clair, nous sommes partis en 2014 avec seulement 2 850 000 euros dans les caisses. Cela a permis de lancer la machine mais pas d'atteindre le point d'équilibre que nous avons fixé à la mi-2018. Pour cela, il nous faut de l'argent. Comme il fallait un chiffre, j'ai dit 700 000 euros, mais c'est un chiffre théorique : en complément de cette campagne, nous sommes en discussion avec des banques pour un concours bancaire. En octobre 2016, nous avons ouvert un plan de fonds participatifs pour que des mutuelles puissent directement participer à la SCOP. Mais nous ne communiquons pas trop les chiffres pour éviter un effet boomerang et que nos partenaires commerciaux resserrent les boulons dans les négociations.Comment expliquez-vous ce problème de trésorerie ?Nos marques 1336 et SCOP TI, sont très jeunes et pas assez connues. Du coup, le gros de l'activité de l'usine est constitué des marques distributeurs. Depuis un an, nous travaillons avec Système U, Intermarché, Leclerc et Carrefour pour lesquels nous réalisons des tisanes et thés sous leurs marques propres. Cela permet d'absorber les coûts fixes de l'usine mais pas de dégager de la trésorerie pour nos propres productions. Or, nous n'atteignons pas nos objectifs sur 1336 et Scopti. À titre d'exemple, l'an dernier, nous avions tablé sur une production de 30 tonnes et nous en avons fait 21. Cette année, nous visions 60 tonnes mais nous ferons probablement 35 ou 40. Cela progresse, c'est encourageant mais c'est loin de l'objectif.L'usine est donc loin de tourner à plein. Cela a un effet sur vos charges ?Nous sommes très loin. Dans les meilleures années, Unilever a réussi à produire 6000 tonnes sur Gémenos. Nos prévisions pour 2018 se situent autour de 500 tonnes par an. Pour faire tourner l'usine, il faudrait produire plus en acceptant de nouveaux contrats avec des distributeurs mais cela entraîne plus de coûts fixes et demande donc une trésorerie plus importante pour acheter les matières premières, les emballages, plus de recherche et d'analyse pour obtenir le meilleur produit. En ce moment nous avons pas mal d'argent qui dort dans l'usine sous forme de stocks. C'est un cercle vicieux. Pour l'heure, nous avons une discussion assez avancée avec un grand groupe de distribution pour une nouvelle marque producteur. Mais il nous faut en parallèle développer nos propres marques. Pour l'heure, nous n'avons qu'un seul accord national pour être présent dans tous les Auchan. Mais, pour les autres magasins, nous avons soit des accords régionaux, soit des négociations avec chaque magasin. C'est d'abord 1336 qui doit trouver sa place.Comment avancent les négociations avec la métropole pour une éventuelle cession de l'usine ?C'est toujours en discussion. Nous avons obtenu un étalement des loyers de la part de la métropole pour nous donner un peu d'air. Ensuite, l'idée est d'organiser une table-ronde avec l'ensemble des partenaires intéressés par un rachat de l'usine. Elle serait ensuite propriété d'une société qui investirait, pas seulement dans le bâtiment, mais aussi dans le soutien à notre activité. Un certain nombre de mutuelles comme celle des cheminots se sont dites intéressées.

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