Les dossiers chauds du conseil municipal du 8 octobre

Décryptage
Benoît Gilles
8 Oct 2018 1

Marsactu vous propose une sélections des principaux enjeux du conseil municipal de rentrée. Marquée par plusieurs dossiers patrimoniaux et culturels, la séance sera animé par le conflit autour du marché de la Plaine.

Ce lundi matin, une nouvelle fois, le marché de La Plaine s’invite sur le Vieux-Port. Pour une manifestation à l’entrée du conseil municipal de Marseille. Les forains de ce rendez-vous commercial et populaire n’ont pas élu nouveau domicile sur le quai de la Fraternité. C’est pourtant une proposition qu’ils auraient formulée par écrit, selon la Ville. Celle-ci s’en tient aux propositions retenues après la réunion dans le bureau du maire, il y a une semaine : retour à des travaux découpés en plusieurs phases et maintien de 40 forains durant les deux ans de travaux. Le seul point de discussion ouvert est celui des “modalités de mise en œuvre de la proposition du maire”.

La majorité a donc fixé comme ultimatum ce lundi de conseil pour voir accepter la proposition initiale. Elle glisse en passant que l’abandon du projet de travaux en plusieurs phases avec maintien de 80 étals n’est pas le fait des forains mais des entreprises de travaux. “Ce scénario a été abandonné pour des raisons de sécurité et sans doute pour des raisons financières de surcoût pour les entreprises”, estime Yves Moraine, le patron de la majortié LR. Désormais, ils seront 40 ou zéro avec dans la balance une exonération de taxe qui doit être votée ce lundi.

L’assemblée de la Plaine entend animer l’entrée de l’hémicycle. L’opposition de gauche veut en faire un symbole de l’incurie municipale. Le candidat à la succession du maire et ancien maire du 4/5, Bruno Gilles, est resté silencieux sur ce sujet. Tout est fait pour nourrir le débat d’un conseil qui contient des dossiers essentiellement culturels et patrimoniaux.

Le fort d’Entrecasteaux aura un avenir culturel

La Ville doit approuver le principe de la signature d’un bail emphytéotique d’une durée de 40 ans avec un groupement de structures, issues du groupe SOS Solidarités pour donner une nouvelle vie au fort d’Entrecasteaux, monument historique dessiné par un disciple de Vauban. La Ville a un temps caressé l’idée d’y installer une réplique de la grotte Cosquer dans les nombreux souterrains. Trop cher, le projet a été abandonné avant que ne naisse celui de la région à la Villa Méditerranée.

Jusqu’ici, il y a eu des intentions mais pas de réel projet, explique Jean-Claude Gondard, directeur général des services. SOS Solidarités n’est pas un opérateur capitalistique. Il n’est pas destiné à faire du bénéfice. Avec eux nous allons discuter des modalités d’exploitation pour en faire un lieu ouvert à tous”. L’idée est de faire du fort un lieu dédié à la culture et à la valorisation de l’histoire de la ville. Le rapport dresse ainsi des pistes à grands traits. Il est question d’art monumental, de galerie, d’une micro-ferme, de café et de brasserie.

En réalité les modalités du bail, et de l’exploitation du site seront au menu de discussions futures. Notamment l’inconnue financière. Si le lieu doit offrir de la culture, cette offre ne doit pas peser sur les finances communales. Le calcul du loyer prendra en compte cette dimension tout comme celle de la poursuite de la rénovation du monument historique, confiée à Acta Vista, une autre filiale de SOS.

Le grand plan pour l’Alcazar : la clim et la sécurité

Interrogée sur la vacance de direction à la tête de la principale médiathèque de la Ville (lire notre article), Anne-Marie d’Estienne d’Orves avait dégainé par la “grosse délibération” soumise au vote ce lundi pour sa rénovation. En réalité, l’autorisation de programme de plus de 2,5 millions d’euros est avant tout consacrée à la climatisation défaillante de ce très bel outil. Cela avait obligé la Ville à de longues semaines de fermeture en plein mois d’août. “Les appareils de production sont obsolètes et présentent aujourd’hui des défaillances importantes et récurrentes dont il n’est plus possible par des réparations, d’apporter la fiabilité de fonctionnement requise”, décrit le rapport. La grosse enveloppe sera également consacrée à la modernisation du sas d’entrée et des dispositifs de contrôles. Imaginés en 2004, ils ne sont plus aux normes Vigipirate actuelles.

Il faudra donc attendre un peu pour voir la façade sécurisée et les ascenseurs réparés. Quant au véritable projet d’établissement, il dépendra sans doute du choix de la nouvelle direction attendue pour début 2019.

Le retour de la Villa Valmer

L’hôtel de luxe de la Villa Valmer se précise après avoir suscité des oppositions. L’heure est en effet à la signature du bail emphytéotique entre la Ville et le porteur de projet. “Au vu de l’investissement global réalisé par le preneur, la durée proposée pour le bail considéré est de 60 ans”, peut-on lire dans le rapport. Pierre Mozziconacci annonce vouloir faire 14 millions de travaux dont une piscine et un spa.

Le rapport est peu précis sur l’usage public du parc. En revanche, il précise les modalités du bail et le montant du loyer annuel fixé à 330 000 euros en part fixe. La part variable est fonction du chiffres d’affaires et se déclenche à partir de 6 millions. “Avec une offre de 39 chambres, il est tout à fait illusoire de penser que cette part variable soit déclenchée un jour”, estime Benoît Payan, président du groupe socialiste.

Un belvédère (et des jumelles) pour le site antique de la Corderie

Un million d’euros pour la “valorisation” du site archéologique de la Corderie. Cette enveloppe devrait permettre “la création d’espaces muséographiques de médiation et de présentation des vestiges et des matériaux minéraux utilisés pour la construction des bâtiments marseillais (lithothèque)”, précise la délibération ainsi que “la création d’un belvédère au sein du parc de la Colline, plate-forme avec vue sur les vestiges”. L’objet du projet est toutefois plus large puisqu’il prévoit la requalification du terrain de boule et du square pour enfants voisins.

L’annonce avait été faite le mois dernier par la maire des 1er et 7e arrondissements Sabine Bernasconi, à l’occasion du classement comme monument historique de la carrière antique. Comme nous l’avions alors souligné, la question de la préservation des vestiges, qui incombe à l’État, n’est encore qu’en germe, malgré l’alerte du géologue Michel Villeneuve.

Pour sa part, l’opposition socialiste trouve l’addition salée et le patrimoine bradé : elle met en rapport le prix de vente initial du terrain avec les coûts en argent public de la mise en valeur du site “dont vont d’abord profiter les clients de Vinci”, souligne le président du groupe Benoît Payan.

La maison de la justice et du droit se précise dans le 15e

Elle devait voir le jour en 2017, mais la maison de justice et du droit marseillaise était passée sous les radars depuis bientôt trois ans, date du premier vote du conseil municipal en vue de sa création. Une situation sur laquelle avait tenté d’alerter la députée LREM Alexandra Louis, avocate de profession, lors de sa prise de fonction il y a un an, sans que les collectivités locales ne donnent suite à ses interpellations. Voici donc le projet de retour à l’ordre du jour du conseil municipal, dans le cadre d’une rallonge de financement accordée pour les “frais d’aménagement” de la structure. Elle situera au 46 boulevard du Capitaine Gèze (15e arrondissement), non loin de la future station de métro Gèze, dans un bâtiment mis à disposition par la Ville. La maison de la justice et du droit est financée principalement par l’État (62%), la Ville (20%), le département (16%) et la région (10%).

Partout en France, les maisons de justice et du droit ont pour mission “d’assurer une présence judiciaire de proximité, concourir à la prévention de la délinquance et à l’aide aux victimes, garantir aux citoyens un accès au droit et favoriser les modes alternatifs de règlement des litiges au quotidien”, rappelle le rapport soumis au vote. L’implantation dans les quartiers Nord d’une telle structure n’est pas anodine. Elle permettra de rééquilibrer une offre de services juridiques “inégalement répartie entre les différents quartiers de la ville”, argue le texte. La date d’ouverture des portes demeure encore inconnue.

Le futur parc des Franciscaines

Certains peuvent y voir un cadeau à la clientèle politique des beaux quartiers ou une fleur faite à une congrégation religieuse, il n’empêche. La décision est claire : la municipalité entend faire jouer son droit de préemption pour acquérir les 11 500 mètres carrés de l’ancien couvent des Franciscaines, à Vauban sur les hauts de la colline Périer.

La Ville entend faire de ce vaste domaine un parc public : “La création d’un parc urbain accompagné d’un équipement public structurant permettrait un développement qualitatif du quartier”, peut-on lire dans le texte soumis au vote. Celui-ci évoque également la réalisation d’un équipement public attenant sans détailler la nature de ce dernier.

La dépollution du littoral Sud enfin financée

Samena, l’Escalette, les Goudes, Callelongue… Autant de lieux qui sentent bon la baignade, les cabanons, bref, les calanques, mais qui traînent l’héritage d’une pollution industrielle lourde (lire notre article). Initié en 2012, le projet de mise en sécurité de 31 dépôts de scories (les déchets issus des anciennes usines, principalement de plomb) devrait passer à la phase pratique d’ici la fin 2019. Le conseil municipal doit valider ce lundi la convention de financement des 4,7 millions d’euros que coûtera le chantier.

À l’origine, il était estimé à 3 millions, répartis à parts égales entre l’État, la Ville et le département. “L’État n’est pas très correct dans cette affaire, car il devait mettre 3 millions à l’origine”, rappelle Didier Réault, adjoint délégué au littoral et président du parc national des Calanques. L’inflation de 1,7 millions d’euros du budget a obligé la métropole à venir se joindre aux financeurs et le conseil départemental, propriétaire de la plupart des terrains, à rajouter 700 000 euros à sa participation. “Mais ce n’est pas le volet budgétaire qui a été le plus compliqué”, assure Didier Réault, qui est aussi le vice-président du département chargé du budget. Il évoque la nécessité d’études techniques “presque mètre carré par mètre carré”.

Malgré le naming, le gestionnaire du Vélodrome reste déficitaire

L’OM, qui veut récupérer l’exploitation du Vélodrome, est prévenu. Arema, qui a rénové et gère le stade dans le cadre d’un contrat de partenariat public-privé (PPP), ne parvient pas à redresser cette exploitation. C’est ce qui ressort du rapport 2017 présenté à la Ville de Marseille, qui reste propriétaire du stade malgré le PPP.

Pour accoler son nom au Vélodrome, Orange s’est certes engagée à verser “2,45 millions d’euros bruts par an sur 10 ans”, apprend-on dans le document. Jusqu’à présent, les deux signataires comme la Ville avaient opposé aux demandes de chiffrage précis le caractère privé du contrat… que le statut public de l’équipement finit par faire sauter.

Mais “si cette signature, associée à une exploitation commerciale optimisée a presque permis d’équilibrer le résultat d’exploitation d’Arema en 2016, un déficit plus important en 2017 vient alimenter un bilan financier en demi-teinte”, constate l’analyse des services de la Ville. La perte est de 2,2 millions d’euros, après un déficit de 1,1 million en 2016. Du côté de la Ville, le Vélodrome aura coûté 7,8 millions d’euros, un peu moins que l’année précédente grâce au loyer plus avantageux encaissé auprès de l’OM.

Des caméras, ça s’entretient

Combien coûte au juste le réseau de vidéosurveillance marseillais ? La délibération soumise au vote ne répond pas à cette question lancinante, à moins que le débat y contribue. La mairie doit renouveler le marché de maintenance de la première phase d’installation (370 caméras), ainsi que du centre de supervision urbaine, auquel est relié l’ensemble du réseau. Mais aucune estimation de coût n’est fournie dans le rapport.

En avril, Marsactu avait révélé le triplement du montant d’un autre marché, cette fois pour la maintenance de la deuxième phase (630 caméras) et l’installation d’une troisième salve de 500 caméras (lire notre article). Invitée de France inter en août, l’adjointe déléguée à la sécurité Caroline Pozmentier avait démenti le chiffre de 46 millions d’euros, pourtant extrait de l’attribution du marché.

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