Le tunnel Prado Carénage subit déjà les effets de l’ouverture de la rocade L2

Actualité
Benoît Gilles
26 Jan 2017 13

La fréquentation du tunnel Prado Carénage a connu une baisse de 6% en décembre du fait de la mise en service du tronçon Est de la rocade L2. Depuis la communication de ses résultats, le cours des actions en bourse de la société gestionnaire a subi une sérieuse chute.

Ils l’ont vu venir de loin et ont tout fait pour s’en prévenir. Les dirigeants de la société marseillaise du tunnel Prado Carénage ont communiqué ce lundi sur les chiffres du dernier trimestre 2016 comme l’oblige sa cotation en bourse : la rocade L2 leur pique des voitures.

Au mois de décembre, le tunnel, payant, a perdu 6% de trafic du fait de l’ouverture aux voitures du premier tronçon de la rocade L2, gratuit. « L’augmentation du trafic sur le premier semestre ainsi que le décalage de l’ouverture de la L2 Est permettent toutefois d’enregistrer une hausse de trafic de 1,27% sur l’année », précise le communiqué. Pour Émilie Saby, en charge de la communication au sein de la société détenue par Vinci et Eiffage, « cette baisse de trafic est conforme aux projections que nous avions faites de longue date ». En 2013, l’ancien PDG, Jacques Féron évaluait à 15 à 20% la baisse du trafic dans le tunnel lié à la mise en service de la L2. Cette même année, la société faisait 11,4 millions d’euros de résultat net pour quelques 16 millions de passages.

Pour l’heure, l’ouverture de rocade L2 est doublement partielle. Seule la partie Est – entre l’autoroute d’Aubagne et Frais Vallon – étant ouverte aux véhicules, l’État a volontairement limité la communication à destination des véhicules en transit arrivant par l’autoroute Est. Rien n’indique clairement que l’on peut accéder à la demi-rocade par la sortie La Pomme. Ils continuent donc d’emprunter les tunnels pour traverser la ville d’Est en Ouest.

L’action décroche en bourse

L’impact de l’arrivée de la L2 n’a pas échappé aux boursicoteurs. À la suite de cette publication, les actions de la SMTPC ont décroché en bourse de plus de 20% en passant de 32 euros l’unité à 25 euros en quelques jours. À croire que les amateurs de jeux boursiers suivent de près l’évolution des chantiers d’infrastructure, voire même les évolutions plus ou moins contrariées de projets de tunnel. En avril dernier, l’action avait connu un premier trou d’air souligné par les analystes financiers quand la métropole avait retiré une délibération proposant un nouvel avenant au contrat de concession qui court jusqu’en 2025. Le préfet avait retoqué le montage proposant de faire réaliser un nouveau tunnel sous la place Ferrié, au niveau du rond-point Schlœsing en échange d’une prolongation de la durée de la concession.

A lire aussi : [Dossier] Tunnels marseillais : la mine d’or de Vinci et Eiffage

Dans son rapport financier sur le premier trimestre 2016, la société commentait la décision de retrait de la délibération en ces termes : « En dépit de cette décision, le projet de bretelle routière demeure effectif et la société poursuit ses échanges avec les autorités et acteurs concernés ». Les gestionnaires de la SMTPC ont raison de garder espoir. Comme l’a révélé Marsactu, la métropole continue de réfléchir à un nouveau scénario permettant la réalisation d’un nouveau tunnel gratuit relié aux deux tunnels payant déjà en service.

Sur Schlœsing  » il y a une volonté politique »

La responsable de la SMTPC refuse de commenter plus avant cette nouvelle hypothèse de travail. « C’est une décision qui relève entièrement de la métropole, explique Émilie Saby. En revanche, il y a une volonté politique de réaliser ce tunnel qui est indispensable à la réalisation d’une nouvelle ligne de tramway à cet endroit. » En effet, c’est pour que le tramway puisse circuler en surface, à l’endroit de l’actuelle passerelle, que serait creusé le tunnel.

La suppression de la passerelle autoroutière Ferrié « à la mise en service du tunnel Prado sud » est inscrite dans la même annexe 7 du contrat de gestion du tunnel Prado Sud. Celle-là même dans laquelle la société pariait sur le retard des chantiers de la rocade L2 et du boulevard urbain sud. L’annexe précise : « Si ces aménagements ou des mesures d’effets équivalents ne sont pas réalisés à cette date et s’il en résulte des effets négatifs sur la fréquentation de l’ouvrage, la collectivité et le concessionnaire conviennent de se rapprocher en vue d’examiner les moyens à mettre en œuvre pour compenser lesdits effets négatifs pour le concessionnaire ».

« Il s’agit d’une clause de paysage classique dans ce type de contrat », balaie Émilie Saby. Ce terme définit les clauses censées protéger la société titulaire de la concession des choix de la collectivité publique, notamment sur le réseau adjacent dans la mesure où ceux-ci ont un effet sur le trafic de l’ouvrage concédé. En clair, un nouveau tunnel gratuit relié à ses deux tunnels payants est une bonne assurance contre d’éventuelles baisses de trafic. Or, la réalisation d’un tramway n’a-t-elle pas pour but de faire baisser le nombre de voitures en ville ?

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