Le projet de navette nocturne pour desservir la Plaine retourne dans les cartons

Info Marsactu
Lisa Castelly
30 Avr 2019 10

Annoncée pour compenser la perte de dizaines de places de parking avec la piétonnisation de la Plaine, la navette nocturne promise par la Soleam ne verra finalement pas le jour.

Un bus traverse le chantier de la Plaine. (Image LC)

Un bus traverse le chantier de la Plaine. (Image LC)

C’était une des annonces de la Soleam les plus rassurantes pour les restaurants et bars de la Plaine. En juin dernier, lors d’une conférence de presse, Gérard Chenoz, président de la société d’aménagement publique en charge de la requalification de la place annonçait la mise en place d’une navette nocturne. « De 20h ou 21h jusqu’à 2-3 h du matin », cette nouvelle ligne aurait relié la Plaine à plusieurs parkings du centre-ville, souvent vides la nuit, « comme ça se fait dans toutes les grandes villes », ajoutait-il.

Une contrepartie à la disparition du parking qui occupait jusqu’au démarrage des travaux la majeure partie de la place. En partie sauvage, il permettait à près de 400 voitures de s’y garer chaque soir. Mais la nouvelle place ne conservera qu’une soixantaine de places « minute ». Un choix qui vise à faire changer les usages, tout en représentant une grande source d’inquiétude, notamment pour les établissements recevant de la clientèle en soirée et la nuit. Mais le projet de navette nocturne, censé prendre la relève et promis pour « la fin des travaux », ne verra finalement pas le jour.

Un quartier « trop bien desservi »

« Ce n’est pas possible, explique aujourd’hui le même Gérard Chenoz. La RTM nous a présenté ses analyses et estime que le quartier est déjà trop bien desservi. » De jour, on y trouve en effet une ligne de métro, un bus et un tram. Mais passé minuit et demi, comme dans le reste de la ville, c’est la voiture qui permettait aux noctambules de s’y rendre. La Plaine n’aura donc pas de dérogation d’après minuit pour les transports. « La nuit… ce sera comme dans tout Marseille », botte en touche le président de la société d’aménagement.

Du côté de la Régie des transports marseillais, on renvoie la balle : « Nous faisons des analyses, la métropole arbitre… ». La collectivité renâclerait à l’ouverture des transports la nuit ? Pas complètement, déclare pourtant Roland Blum, vice-président en charge des transports. « C’est un chantier sur lequel nous travaillons. Il n’y a pas de décision prise mais l’ouverture la nuit fait partie des discussions que nous avons avec la RTM ». En tout cas, il n’est pas encore question de l’expérimenter à la Plaine.

Coup dur pour les restaurateurs

Parmi les commerçants de la Plaine, informés il y a quelques semaines de l’abandon du projet, la déception est grande. « On a l’impression d’être pris pour des billes », souffle Pierre Garcia, restaurateur et vice-président de l’association des commerçants, artisans et riverains de la Plaine (ADCARP). « C’est une demande qu’on avait formulée nous-mêmes », lors d’échanges avec la Soleam, se souvient-il. Pour expliquer l’annulation du projet de navette, les techniciens leur auraient expliqué « que c’était trop cher, trop gros à mettre en oeuvre ». Avec ses voisins restaurateurs et commerçants, il compte tout de même revenir à la charge sur la question de la desserte du quartier : « Tout ce qu’on veut, c’est des alternatives » au parking, insiste-t-il.

En guise d’alternative, la RTM et la Soleam ont produit un dépliant indiquant les lignes de transports permettant d’accéder à la Plaine. Et sur la nouvelle place, Gérard Chenoz imagine « renforcer la signalétique, avec des panneaux qui indiquent le nombre de minutes pour accéder au métro, etc ». Des efforts de communication qui ne remplaceront pas l’effet d’une nouvelle ligne aux yeux de Pierre Garcia. « Les Marseillais savent comment se rendre à la Plaine, mais les autres ? On avait aussi demandé une ligne de bus entre le Vieux-Port et la Plaine, mais ça n’a pas été possible non plus. »

L’inconnue du retour des clients après les travaux

Avec les travaux, prévus pour durer jusqu’à fin 2020, les commerçants subissent actuellement de fortes pertes. « Les trois premiers mois, il y avait encore les habitués, mais avec l’extension du chantier, c’est encore pire. Petit à petit, le chiffre diminue », témoigne le restaurateur implanté rue Ferdinand-Rey, à quelques mètres de la place. La commission d’indemnisation mise en place par la métropole a démarré son travail et devrait permettre aux commerçants de compenser une partie de leurs pertes. Mais avec l’annulation du projet de navette, le retour des clients après travaux ressemble à un grand point d’interrogation.

Le sentiment d’incompréhension entre les établissements de nuit du quartier et les collectivités locales s’en trouve une nouvelle fois ravivé. « Cette ville ne fait rien en terme de vie nocturne, que ce soit pour les transports, comme pour les hébergements pour les gens qui se déplacent pour les gros événements. Il y a un immobilisme général, et depuis longtemps », estime Fabien Chabord, gérant du bar-concert Le Molotov et vice-président d’une autre association de commerçants du quartier, La Butte. D’ici à la livraison d’une place toute neuve, il reste à imaginer des solutions pour que la fête revienne à la Plaine, sans voiture.

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