Le musée subaquatique des Catalans lesté par la justice

Actualité
le 19 Avr 2019
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Le tribunal administratif a suspendu l'autorisation d'occupation du domaine maritime accordée par le préfet à un musée subaquatique. Un énième coup d'arrêt pour ce projet prévu au large de la plage des Catalans (7e) qui n'emballe pas la mairie.

Une oeuvre de Jason deCaires Taylor au musée subaquatique de Cancún.

Une oeuvre de Jason deCaires Taylor au musée subaquatique de Cancún.

Touché. Coulé ? Le projet d’un musée subaquatique au large de la plage des Catalans (7e) connaît un nouveau coup dur. Après des mois de retards et de procédures (lire notre article), le tribunal administratif vient de suspendre l’arrêté préfectoral autorisant l’association Les Amis du musée subaquatique de Marseille à occuper le domaine public maritime pour une durée de 15 ans.

Le projet prévoit d’immerger des sculptures à une centaine de mètres de la plage. Les visiteurs doivent s’y rendre à la nage et être équipés d’un masque pour observer le récif artificiel. Ce dernier doit s’étaler sur 530 mètres carrés à 4,50 mètres de profondeur. L’inauguration était prévue le 8 juin prochain. Avec ce jugement, il en sera autrement sauf si le dossier est porté en cassation devant le Conseil d’État par la préfecture. Celle-ci n’a pu nous répondre à ce sujet ce jeudi soir.

« Ce dossier est fou »

Pour justifier sa décision, le tribunal, saisi par le collectif de défense du littoral 13, met en avant une publicité insuffisante pour s’assurer de « l’absence de toute autre manifestation d’intérêt concurrente » pour occuper cet espace. Quand un projet est initié par une personne, cette annonce est obligatoire au cas où d’autres opérations similaires pourraient être mises en concurrence. La démarche avait été faite pour la première version du projet de musée subaquatique, mais pas pour la seconde. La justice estime aussi que le dossier d’enquête publique n’est pas assez fourni soulignant le manque d’une « note de présentation du projet envisagé (…) pour permettre au public de donner un avis éclairé ».

« C’est une grande satisfaction pour le collectif qui se bat pour la défense du service public et contre le privé, se réjouit Gérard Jeanson, président de le collectif de défense du littoral 13. Ce dossier est fou, on a une plage publique et d’un coup une association arrive et a le droit de mettre des statues dans la mer ?! »

Pour son avocat, l’argument de l’imprécision du dossier est également à relever. « Ils disent bien que le projet manque de détails. Nous avions d’ailleurs plaidé là-dessus. On ne sait rien sur ces statues, sur la sécurité mise en place, comment les gens s’y rendront. Et pourtant, il devait ouvrir le 8 juin ! Mais la loi demande des éléments précis », se satisfait Éric Méry. Lors de l’enquête publique préalable, des réserves avaient été émises sur ce projet quant à la sécurité des nageurs. Le commissaire enquêteur avait alors demandé un “véritable protocole de sécurité” ainsi que la présence d’un marin-pompier sur le ponton.

Un jugement au fond encore à venir

Saisie en urgence face à l’imminence de l’immersion des statues, la justice suspend donc l’autorisation délivrée par la préfecture, dans l’attente d’une décision sur le fond. « Nous n’étions qu’intervenants volontaires dans ce dossier. Mais cela ne concerne que deux personnes. Le préfet qui nous a donné une autorisation et cette association qui ne veut pas qu’on mette des statues dans la mer », répond, amère, Geneviève Maillet, avocate de l’association des amis du musée.

Pour la préfecture, un éventuel pourvoi en cassation devant le Conseil d’État peut se faire sous 15 jours. Le traitement du dossier peut ensuite prendre jusqu’à deux mois. De la rapidité de la justice dépendra l’ouverture estivale. L’audience de fond arrivera quant à elle dans un délai bien plus long. Pas de quoi faire sursauter la mairie qui ne goûte guère l’initiative. « Le problème reste le même, juge Didier Réault, adjoint au littoral. Je n’ai jamais été très chaud pour ce projet. Les conditions environnementales et de sécurité ne me convenaient pas, ce n’est pas à la ville d’organiser la sécurité, il est hors de question que nous fassions un chenal ». Dans un premier temps, la mairie avait subventionné le musée avant de retirer son aide. La justice semble ne pas être la seule à entraver ce projet.

(Violette Artaud et Rémi Baldy)

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Commentaires

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  1. Phil from Mars Phil from Mars

    Bah ce n’est pas grave ce projet fera le bonheur d’une autre ville voisine ou pas…Le projet est peut être mal ficelé, mais quand je vois le succès du Christ des abysses près de Portofino en plein parc naturel situé bien plus au large et plus profond..je m’interroge…ici rien ne semble possible

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  2. Khambalia Khambalia

    Le collectif défense Littoral, à l’origine du recours, fait preuve d’habileté juridique, mais je trouve dommage que celle-ci soit dirigée contre un projet sympathique et gratuit pour le public. Quitte à se payer un avocat, il y a franchement des combats plus urgents et importants dans notre ville pour qui veut défendre le littoral et l’environnement.
    Les arguments de la sécurité des nageurs et de la protection de l’environnement sont hypocrites, et ne sont d’ailleurs pas repris par le jugement qui suspend le projet pour des raisons de procédure.
    Ce recours est une triste illustration de l’étroitesse d’esprit de certaines associations de défense de l’environnement dont on finit par se demander si leur but n’est pas l’interdiction de toute activité humaine sur le littoral ou en mer…
    Pour répondre au commentaire précédent, l’échec de ce projet n’est pas imputable au contexte marseillais mais est le reflet d’un problème bien français : l’excès de norme qui finit par déresponsabiliser et décourager toute initiative.

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      Tout à fait. Et c’est d’ailleurs pour les mêmes raisons que le projet Seabubbles de Alain Thebault et Anders Bringdal (bateaux électriques volant au ras des flots comme l’hydtoptere, basé à La Ciotat) battra finalement pavillon suisse, en raison d’une réglementation excessive et d’un défaut de soutien réel des pouvoirs publics français…

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    • Alain M Alain M

      Khambalia… »étroitesse d’esprit » … »excès de normes »…comme vous y allez…vous macronisez plus vite que votre ombre. Si ce projet est implanté sur le domaine public il doit prendre en compte les règlements en vigueur et les intérêts de tout le monde. Au nom de quoi devrait-il s’en exonérer? L’espace public n’est pas open bar . « Oh ! tiens…j’ai une idée super chouette, qui me plait bien , à moi… allez Hop! on y va, c’est super moderne et tendance »
      Un argument parmi bien d’autres : si c’est un musée qui prétend exposer des œuvres d’art il ne peut être discriminatoire et ne s’adresser qu’à une fraction de la population , celle qui sait nager et est en état de supporter l’épreuve. Que diriez-vous si le Mucem était réservé était destiné aux marathoniens ou à ceux qui courent le 100 m en moins de 11 secondes ?
      Au final et sur le fond, cette initiative est bien pauvrounette . Une énième resucée post moderne de ce pauvre Marcel Duchamp qui avait, lui, un tout autre tranchant. Alors il suffirait d’installer des statues par 4 mètres de fond pour que cela deviennent des œuvres d’art et un musée ? Dérisoire… Si elles sont belles, ces statues, ou seulement intéressantes, pourquoi ne pas les exposer sur la terre ferme, à la vue de tous, plutôt que de les cacher sous l’eau ? Et d’altérer l’environnement qui ne demande rien. C’est une vieille, très vieille idée que de croire que l’on peut faire n’importe quoi avec la nature , que l’on peut s’en rendre comme maître et possesseur.
      Allez , zou…en Marche mais encore un effort, si vous voulez être moderne…

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  3. Germanicus33 Germanicus33

    Encore un projet farfelu et inutile: vraiment Marseille s’illustre dans des initiatives subalternes!
    Que la Métropole réalise enfin la ligne de tramway jusqu’aux Catalans prévue depuis plus de 20 ans.

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  4. Assedix Assedix

    Sans avoir d’avis tranché sur le musée en lui-même, je me réjouis que la municipalité ne puisse pas s’en servir de prétexte pour fermer la plage les soirs d’été

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