Enquête du parquet national financier : le maire d’Istres François Bernardini en garde à vue

Enquête
le 10 Déc 2019
11

Le maire d'Istres a été placé en garde à vue ce mardi après-midi à Paris par les gendarmes chargés de l'enquête pour "association de malfaiteurs" concernant sa gestion municipale. Sa fille, son directeur général des services et deux entrepreneurs locaux très influents sont eux aussi auditionnés.

L'enjeu

Pour la première fois, François Bernardini va pouvoir répondre aux enquêteurs missionnés par le parquet national financier.

Le contexte

Depuis trois ans, le parquet national financier enquête sur la gestion de la mairie d'Istres.

Le maire d’Istres François Bernardini est entendu à Paris depuis ce mardi 10 décembre à 14 heures par les gendarmes chargés d’une enquête sur sa gestion municipale. Dans le courant de l’après-midi, il a été placé en garde à vue, une mesure qui peut durer jusqu’à 48 heures. Il peut ainsi pour la première fois pouvoir donner sa version dans l’enquête ouverte par le parquet national financier (PNF) pour « associations de malfaiteurs en vue de commettre les délits de prise illégale d’intérêts, de trafic d’influence par une personne chargée d’une mission de service public, de complicité et recel de ces délits ».

Il s’agit d’une large investigation portant sur des soupçons d’entente entre le maire d’Istres et des entrepreneurs locaux, attributaires réguliers de marchés publics de la commune. Plusieurs d’entre eux sont d’ailleurs aussi entendus sous le régime de la garde à vue par les enquêteurs à Paris ce mardi après-midi. Il s’agit de Philippe Cambon, multi-entrepreneur régulièrement qualifié de « patron le plus influent d’Istres » et du dirigeant de la société d’architecture Atrium, Paulo Dias. Tous deux ont des liens avec des conseillers municipaux : Philippe Cambon est le mari de Valérie Cambon, adjointe au maire, quand Paulo Dias est le gendre d’un autre adjoint, Alain Aragneau. Le directeur général des services de la Ville, Nicolas Davini, est lui aussi interrogé. Une des filles du maire, Anne-Lise Bernardini, complète la liste : elle est entendue à Marseille en audition libre.

L’enquête approche de son terme

Ce vaste round d’auditions, fruit de convocations que le Ravi a annoncées, vient souligner le fait que l’enquête approche de son terme plus de trois ans après son ouverture. Suite à un vaste travail de recueil de documents dont une spectaculaire perquisition en mairie d’Istres en mars 2017 et de multiples auditions, la convocation des principaux suspects vise à les confronter aux informations amassées. Selon une méthode bien rodée, le PNF, créé spécialement pour étudier les délits financiers, a l’habitude de garder en son sein l’ensemble des enquêtes, sans nommer de juge d’instruction. Il peut ainsi décider de renvoyer directement devant un tribunal correctionnel les acteurs contre lesquels il estime avoir suffisamment de preuves.

Jusqu’alors, l’élu ex-socialiste, déjà condamné en 2001 pour abus de confiance, n’a pas eu accès au dossier judiciaire de cette enquête préliminaire qui le concerne au premier chef. Il en a toutefois eu des échos puisque celui-ci a vu, comme Marsactu l’avait révélé, un appartement lui appartenant être saisi par la justice. D’une valeur d’environ 110 000 euros, ce logement a été acquis dans un immeuble baptisé le Rex par le maire d’Istres. Celle-ci a fait l’objet d’une ordonnance du juge des libertés et de la détention dans laquelle il a pu connaître les principaux motifs à son encontre.

Les enquêteurs ont en effet trouvé dans ce bâtiment un entrelacs d’intérêts privés et publics. Les promoteurs Philippe Cambon et Michel Vallière, précédent patron d’Atrium, y ont construit un immeuble de trois étages grâce à l’abandon par le SAN Ouest Provence, l’intercommunalité dont Bernardini était vice-président, d’une contrainte de construction. Les acquéreurs de ces appartements étaient bien connus des réseaux municipaux puisque, outre le maire, ses deux ex femmes et sa fille Lætitia y ont acquis des appartements. Les enquêteurs soupçonnent que Lætitia Bernardini ait pu exercer comme apporteuse d’affaires dans ce dossier en étant potentiellement rémunérée pour cela. Elle a vu elle aussi son appartement saisi.

Croiser les points de vue

Ces soupçons avaient déjà été largement développés dans deux rapports de la chambre régionale des comptes consacrés à la Ville et au SAN Ouest Provence. Les magistrats financiers avaient pointé des irrégularités dans la passation de certains marchés comme celui concernant la piscine du quartier d’Entressen, Aqualud, réalisé par une société de Philippe Cambon et la société d’architecture Atrium. Les auditions devraient à nouveau permettre de creuser ces dossiers mais aussi de croiser les points de vue.

Jusqu’à présent, tous les acteurs ont démenti toute entente dans la conclusion de ces marchés. Sûr de son fait, François Bernardini a déjà enclenché sa candidature à un nouveau mandat, en présence de soutien de tous bords, du PCF à LR. Lundi 9 décembre, il avait présidé un conseil municipal, dont la date avait été avancée en dernière minute.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. BernardMounier BernardMounier

    Donc Bernardini, soutien métropolitain de la principale héritière politique de Jean Claude Gaudin, Martine Vassal, candidate à la mairie de Marseille, est, une fois de plus, rattrapé par les affaires.
    La tambouille métropolitaine est telle qu’il est soutenu par les élus PCF, le député Dharreville et le maire de Martigues, Charroux.
    Quant à Martine Vassal, les soupçons de prise illégale d’intérêt dans l’attribution du contrat de délégation de service public sur l’eau, signé avec la filiale de Veolia, la SEM, ne semblent pas encore levés. Le parquet national financier l’avait placée, ainsi que le l’ex-PDG de la SEM, Loïc Fauchon, en garde à vue, et avait perquisitionné leurs bureaux. Cette enquête s’est-elle enlisée ?

    Signaler
  2. patrick patrick

    condamné en 2001. cela ne suffisait pas pour l’écarter de la mairie ? nous vivons dans un pays vraiment étrange.

    Signaler
  3. Titi du 1-3 Titi du 1-3

    Et de gens vont voter pour ça !

    Signaler
  4. Titi du 1-3 Titi du 1-3

    Et des gens vont voter pour ça !

    Signaler
  5. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    A Quand un Hirak à Marseille comme à Alger?

    Signaler
  6. DP DP

    encore un vieux qui se croie tout permis, obligé de se représenter pour cacher son système
    A quand les frais d avocats ne seront plus payé par les contribuable
    a quand la retraite forcée pour les politiques
    A quad la limitation des mandats pour élus
    A quand l interdiction définitive de fonction élective en cas de condamnation

    Signaler
  7. alaingilles alaingilles

    Alain
    Bravo pour votre article.
    Puisse la garde à vue et ses suites faire cesser la bétonisation de la ville. Un élu qui a déjà été condamné ne devrait plus avoir le droit de briguer aucun mandat électif.
    Par ailleurs, je ne comprends pas que des élus communistes puissent soutenir ce maire sortant

    Signaler
  8. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Gaudin, 80 ans, assiégé par le parquet national financier et honoré par la CRC pour sa gestion calamiteuse.
    Povinelli, 78 ans, renvoyé devant le tribunal pour détournement de fonds publics, prise illégale d’intérêt et faux et usage de faux.
    Joissains, 77 ans, condamnée en appel pour détournement et prise illégale d’intérêt.
    Guérini, 69 ans, hors concours.
    Bernardini, 66 ans, en garde à vue pour association de malfaiteurs, et par ailleurs déjà condamné pour abus de confiance.

    Elle est belle, la gérontocratie locale. A quand une opération « mani pulite » dans ce département ? A moins que l’on préfère encourager l’abstention et le vote pour les truands du Front National ?

    Signaler
    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      C’est vrai, mais on pose rarement la question des electeurs qui reconduisent ces elus regulierement… Ils n’ont quand même pas tous bénéficié de passe-droits ? Aors comment expliquer ?

      Signaler
    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Une cuillère à soupe de clientélisme, une cuillère à soupe de notoriété, une cuillère à soupe de « sympathie » apparente, une louche d’irresponsabilité des partis politiques qui désignent des candidats discutables, une soupière d’abstention… : la recette de la réélection de ces individus est finalement assez simple.

      Les électeurs ne peuvent voter que pour les candidats qui se présentent et, avant tout, les partis politiques devraient arrêter de jouer avec le feu : quand dans une circonscription de droite, on présente un candidat de droite, fut-il lesté de casseroles judiciaires, on favorise son élection car on sait que les électeurs ne vont en majorité pas voter pour un candidat de gauche, même s’il est plus compétent et plus honnête… Et, inexorablement, l’abstention monte, ainsi que le vote pour l’extrême-droite.

      Signaler
    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      oui, de très nombreux électeurs placent l’esprit partisan au dessus de la probité, c’est un vrai problème et ils partagent la responsabilité des partis et des candidats marrons. Comme des supporters de football qui ferment les yeux sur la triche ou le dopage… du moment que leur équipe gagne. De quoi douter de la démocratie 😉 mais bon, il paraît que c’est le moins pire des systèmes politiques, réjouissons-nous quand même…

      Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire