Le maire de Marseille offre un après à l’Après M

Reportage
le 3 Juin 2021
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Ce mercredi, Benoît Payan a annoncé que la Ville allait se porter acquéreuse de l'ancien McDonald's de Saint-Barthélémy occupé depuis plus d'un an par des anciens salariés et des militants. La Ville soutient ainsi leur volonté d'en faire un lieu de solidarité permanent.

Le maire pose pour une photos de groupe devant l'ancien Mc Donald's de Saint-Barthélémy que la Ville s'apprête à racheter. Photo : B.G.

Le maire pose pour une photos de groupe devant l'ancien Mc Donald's de Saint-Barthélémy que la Ville s'apprête à racheter. Photo : B.G.

“Je pense qu’il vaut mieux prendre le micro, si c’est pour une annonce…” Chapeau en tête et sourire en coin, Fathi Bouaroua boit du petit lait. Avec les autres bénévoles de l’Après M, il encadre de près le maire de Marseille, Benoît Payan, devant l’ancien restaurant McDonald’s de Saint-Barthélémy (14e), désormais surmonté d’un logo “Après M”.

Quelques minutes plus tôt, le maire de Marseille a pris le temps d’une discussion avec les femmes et les hommes qui depuis plus d’un an font vivre le lieu. Tenus à l’écart, les journalistes n’ont pu que saisir l’écume de ce qui se disait autour de la table en bois. “Enfin du concret !”, s’exclame une bénévole. “On a les clefs !” renchérit un autre, suivi d’une salve d’applaudissements. Poings levés, ils entonnent “Nous sommes l’après M”  sur l’air des supporters olympiens.

Projet d’acquisition voté le 9 juillet

Sous le logo et au micro, Benoît Payan annonce ce que tout le monde attendait : “J’ai eu le président de McDonald’s pour lui faire part de ma décision de présenter le 9 juillet au conseil municipal le projet d’acquisition de l’ancien restaurant de Saint-Barthélémy pour en faire un lieu où les habitants et les citoyens peuvent se retrouver, un lieu de solidarité, symbole de notre ville. Parce qu’avec nos différences on peut faire différent”.

Cette acquisition se fera au prix évalué par les services de l’État, mais le maire avance déjà un montant de 650 000 euros qui permettrait au projet lancé par les anciens salariés grévistes du fast food de trouver un premier socle financier à leur plateforme solidaire. Celle-ci doit mêler restauration rapide de qualité et entreprise d’insertion.

L’ancien leader syndical des McDos montre les clefs symboliques de l’après M. (Photo BG)

“Nous sommes l’après M et nous avons gagné”

Au moment de la photo de groupe, les bénévoles chavirent, au point qu’on perd le maire des yeux dans une vague de poings levés sur chasubles blancs et clefs agitées en grelots. “C’est les clefs de ma voiture, mais on s’en fout”, rigole une bénévole. Figure emblématique de la lutte des anciens Mcdos, Kamel Guemari cache mal un sourire extatique. Face aux journalistes qui le questionnent, il enchaîne les grandes phrases sur les bienfaits de la solidarité : “Ici, on regarde l’humain pour ce qu’il est et pas ce qu’il a”. Lui se voit dans cet avenir-là, en salarié, ex-salarié, bénévole pourquoi pas.

Quelques heures plus tard, McDonald’s France confirme l’annonce dans un communiqué où l’amer gagne sur le sucré :

McDonald’s France confirme être entré en discussion pour la vente du site de Saint-Barthélemy à la mairie de Marseille qui en deviendrait l’unique propriétaire. Tant que McDonald’s France reste propriétaire du site, l’enseigne met tout en œuvre pour assurer la sécurité des personnes et des biens. Ainsi, l’enseigne a diligenté plusieurs procédures auprès des autorités compétentes pour faire cesser dans les meilleurs délais l’occupation illégale en cours.”

Un point de vue aussitôt repris par le Rassemblement national qui espère conquérir la région et quelques cantons au nord de la ville. “Par cet acte de rachat et de légalisation d’un acte de piraterie, le maire de Marseille envoie un message économique catastrophique et encourage le squat”, écrit le président de groupe au conseil municipal Stéphane Ravier.

Repenser le projet

Sur le rond-point de Saint-Barthélémy, quelques voitures encouragent de leur klaxon les militants réunis sur l’ancien parking. Pas une voiture de police ne signale une expulsion imminente. La décision municipale installe le projet dans la durée même si elle oblige les porteurs de projets à réviser leurs plans.

Nous avions besoin d’1,25 million maintenant il faut y enlever 650 000. L’achat par la Ville change la donne.

Fathi Bouaroua, militant à l’Après M

“Ce n’est pas exactement ce que nous avions prévu, convient Fathi Bouaroua, ancien de la fondation Abbé Pierre et de la communauté Emmaüs de la Pointe-Rouge. Notre idée était de constituer une société civile immobilière pour se porter acquéreur du terrain et lancer le projet. Nous avions besoin d’1,25 million maintenant il faut y enlever 650 000. L’achat par la Ville change la donne”. Cela fait plusieurs mois que les discussions ont été lancées à la fois avec l’adjoint à l’économie Laurent Lhardit et avec le maire lui-même qui est déjà venu sur place. Au fil des mois, les différentes parties auront fini par effacer certaines rancœurs de la campagne municipale. Les militants du Mcdo étaient alors plus proches de la liste de secteur Unir soutenue par la France insoumise et les Verts, qu’avec le Printemps marseillais.

En devenant propriétaire du lieu, la mairie de Marseille passera par une phase de mise en concurrence pour écarter tout soupçon de favoritisme. “Cela passera sans doute par un appel à manifestation d’intérêt où nous pourrons nous porter candidat et si on l’emporte on signera un bail emphytéotique de longue durée avec la Ville, explique Patrick Nédelec, soutien du projet et ancien délégué général de la fondation Face, créée par Martine Aubry, et candidat socialiste aux régionales. En tout cas, on doit repenser notre projet”.

Restauration rapide, lieu d’insertion et de solidarités

Celui-ci devra faire cohabiter un lieu de restauration rapide accessible aux gens du quartier, un restaurant d’insertion et de formation professionnelle et une plateforme de solidarité en direction des familles les plus en difficultés. C’est cette dernière dimension que le maire a tenu à saluer comme “un symbole de solidarité dans une partie de la ville trop longtemps délaissée. La suite, il nous appartient de l’écrire ensemble dans le respect des uns et des autres”.

Pour beaucoup de bénévoles et militants venus là pour l’occasion, cette annonce officielle a un parfum de consécration. Depuis un an, les anciens salariés de McDo, les nombreux militants et bénévoles ont fait de ce lieu un carrefour permanent des solidarités. Une solidarité qui s’est exprimée avec force au moment du confinement où le lieu est devenu un point important de distribution de colis alimentaires.

Cette activité humanitaire se poursuit actuellement tant la demande est toujours forte. “Il faut voir la file de gens qui viennent de tous les quartiers alentours, confirme Mohamed, habitant du Merlan voisin, chargé de superviser tout ce qui a trait à la logistique. Ce n’est pas politique, ici, on t’accueille comme tu es. Ici, y a pas de couleur de peau, pas d’origine. C’est juste la solidarité comme on sait la vivre à Marseille“.

Venu pour l’occasion, Stéphane Tsiatopy descend de la Savine dès qu’il peut pour donner un coup de main. Il a suivi le combat des McDos “parce qu’il connaît Kamel Guemari, un grand du quartier”. L’urgence de la crise sanitaire a fait le reste. “Pendant le confinement, on les a aidés à mettre en place le protocole sanitaire. Ensuite j’ai participé à lancer un système de distribution des colis en scooters pour ceux qui ne pouvaient se déplacer”, explique ce cadet des marins-pompiers.

Une fois les divers confinements levés, le jeune homme a continué à s’investir, tant l’urgence continuait à se faire sentir. “J’ai un travail et une maison, je mange à ma faim. En m’investissant ici, cela m’aide à me souvenir que ce n’est pas vrai pour tout le monde. Ici, on garde les pieds sur terre“. À quelques pas de lui, sur un terrain récemment défriché, des plants de tomates tentent vaillamment d’exister. Ici, la solidarité se veut nourricière.

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Commentaires

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  1. Brallaisse Brallaisse

    Cette décision est politique,mais tout est politique.
    La droite soigne et bichonne le troisième âge ( et oui , car ils votent) avec ses maisons du ” bel âge” entre autres.Payan tend une main à ceux vers qui Vassal et Muselier ne donnent jamais rien, c’est bien. Souhaitons que cette utopie devienne réalité

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  2. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    Merci pour cet article. A quoi fait allusion Fathi Bouaroua lorsqu’il dit qu’il faut retrancher 650 000 euros du prix d’acquisition ?

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    • Oreo Oreo

      Il faut lire : il faut retirer du plan de financement du projet les 650 000 € du prix d’acquisition des locaux, qui seront désormais propriété de la Ville qui les louera.

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      Merci mais c’est ce que je ne comprends pas. La part du peuple fait état d’un prix d’acquisition de 1,25 millions et là on parle de 650000 euros. Il n’y a pas le compte ?

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  3. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Cette acquisition doit faire du bien aux Solidaires qui œuvrent sans relâche pour faire vivre et survivre ce lieu d’entraide. Toutefois je pense que les ”dirigeants” se doivent d’attendre des bâtons dans les roues pour un tel lieu. Le budget d’investissement comme celui de fonctionnement doivent être réglés au millimètre près. Les provocations doivent être évitées car bien sur, ce projet fait chaud au cœur des généreux mais méfi…! Quand Mariani sera aux manettes cela sera différent mais heureusement que la ville a acheté le lieu.

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  4. Dark Vador Dark Vador

    Pour y avoir effectué une ballade de curiosité, j’y ai trouvé un sens de l’entraide, du partage et de la joie immense. J’ai bossé plus de quinze ans dans ce quartier, plaisir de retrouver quelques figures connues. Cet endroit est vital pour les laissés-pour-compte de notre ville. Ne serait-ce que pour cela, merci B. Payan, merci la nouvelle équipe.

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  5. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    C’est exemplaire à plusieurs titres.
    1°) D’abord parce que souvent les habitants des quartiers populaires ont du mal à trouver des débouchés durables et opérationnels à leurs actions collectives. Les partis de gauche les ont abandonnés (et réciproquement) ou ne les rencontrent que via le clientélisme ; les associations de locataires ou de parents d’élèves, les conseils d’usagers des centres sociaux, sont des organisations trop intégrés à des institutions pour aller au-delà de revendications catégorielles. Là, une organisation efficace et partie du terrain a réussi durablement à rendre un service utile à son terrain social, à faire triompher une lutte et, finalement, a élaborer collectivement une projet proprement politique.
    2°) C’est bien ce que l’on peut attendre de la municipalité de gauche, au delà de remettre de l’ordre dans le bordel budgétaire et administratif laissé par la droite. S’il veut réussir le Printemps doit être le point d’appui des projets portés par les marseillais pour prendre en main leur vie et leur ville. Et d’abord le point d’appui de ceux qui en ont le plus besoin parce qu’ils en ont été privés durant des décennies

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      Entièrement d’accord. Un petit million pour la ville, un bond de géant pour la restauration de la confiance dans la politique

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    • Andre Andre

      En effet, Felix Weygand, les partis de gauche se sont trop souvent et depuis trop d’années, désintéressé des conditions sociales et des rapports de production pour ne plus analyser les conflits qu’à travers le prisme, réel ou supposé, des discriminations. Elle est devenue ce que j’appellerais une “gauche américaine”.
      Je suis ravi que la municipalité actuelle renoue avec le soutien aux travailleurs exploités. C’est beaucoup plus utile et nécessaire que de débaptiser des rues…

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  6. Andre Andre

    Enfin une décision qui traite de préoccupations sociales ! Bravo!
    Je regrette qu’on n’ait pas plus parlé de cette occupation qui a aussi un caractère très symbolique.

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    • neplusetaire neplusetaire

      Merci pour le lien, ambiance de partage solidarité. J’espère que le rachat par la mairie ne va pas changer l’organisation.

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  7. patrick patrick

    Bravo, il fallait le faire. Je suis fier d’avoir voté pour Mme Rubirolla même si au final…

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  8. Pierre12 Pierre12

    Ne vous enflammez pas trop, la ville « va se porter acquéreur », rien n’est encore fait.

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    • patrick patrick

      j’attendais votre con-mentaire je suis servi.

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  9. Brallaisse Brallaisse

    Ne soyez pas inquiet Pierre 12, pour une fois peut-être en 25 années les procédures de ventes ou d’achats d’immeubles vont êtres respectées à la mairie. Cela va nous changer de la précédente équipe qui achetait au dessus des domaines aux copains et vendait bien entendu en dessous aux mêmes copains.Sans oublier les locations à vil prix de biens publics aux ex sportifs de l’OM et du Cercle.
    Une petite cure de magnésium, vous ferais le plus grand bien. Un moment de faiblesse

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  10. leravidemilo leravidemilo

    Oui, enfin un acte concret, et aussi symbolique, qui plus est sonnant et trébuchant, et susceptible de recréer du lien entre la collectivité locale Marseille et ses nouveaux gestionnaires, non seulement avec La Société Citoyenne Immobilère (association) et les ex salariés mac do porteur d’une lutte fantastique et fort emblématique; mais aussi avec bien des citoyens et habitants investis dans nombre de collectifs, également avec le monde syndical. Un lien souvent absent (c’est un euphémisme), manquant et/ou fortement abimé avec les “méthodes” et mauvaises manières vécues lors de la préparation du P.M, lors de l’élection (surtout sur ce secteur de Marseille où le P.M a fait naufrage! Un naufrage électoral mais surtout éthique.)
    Autant de bonnes raisons, et sans doute de moins bonnes, pour annoncer la chose quelques jours avant des élections qui s’annoncent pas fameuses pour les concernés…
    mais ne pinayons pas, et buvons un coup et buvons en deux…
    Le projet est fort ambitieux et même téméraire, mais les acteurs ont bien démontré dans le naufrage social/sanitaire/alimentaire des confinements qu’ils pouvaient répondre à de tels défis, et que la solidarité pour eux s’évaluait seulement dans les actes. Ils ont été très largement reconnus par l’ensemble des acteurs concernés. Et ils sont chaud bouillant dans leur enthousiasme malgré toutes les contraintes qu’ils ont affrontées des années durant.
    Pour le mener à bien, ils ont besoin d’un fort soutien des marseillais.es et d’un achat en masse de leur adhésion à la S.C.I, La Part Du Peuple (25 euros au porteur, c’est écrit…ils aiment bien rigoler en avançant!) Et ça c’est pas symbolique, c’est financier, c’est financer de la solidarité très concrète, de la création d’emploi, de la formation…mais aussi garantir un projet solidaire et populaire, et autonome, sous le contrôle effectif de ses acteurs et des citoyens. C”est du 100% politique, et sans ce soutien citoyen, les actes concrets des élus et institutions… y en a pas, et c’est toujours comme ça que ça se passe…pas!
    C’est donc pas encore gagné, mais c’est bien parti : Lors de la journée de lancement de la S.C.I, le 15 mai, beaucoup de monde, entre 5 et 700 personne durant les 4h où j’y suis resté, beaucoup d’enthousiasme et d’échanges. Et j’ai été perso très agréablement surpris du mélange des populations, avec nombre de Marseillais de quartiers pas voisins, un forte présence de jeunes 20/30 ans dont beaucoup d’étudiants, et nombre de témoignages indiquant que ce quartier, si “inconsidéré” par les appareils politiques en période d’élection, n’est pas seul, et que ses projets parlent à bien d’autres.
    Largement de quoi énerver le “rassemblement” dit national, qui semble bien craindre ce genre là “d’actes de piratage”, préférant voler au secours de Mac Do et consorts, champions de la précarité de l’emploi et du séparatisme fiscal, toujours dans le camp des riches, et si proche de Macron…

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