Le jour où Stéphane Ravier passe l’écharpe de maire à sa nièce

Actualité
Benoît Gilles
29 Sep 2017 9

Ce vendredi après-midi, le conseil des 13e et 14e arrondissements doit se choisir un nouveau maire en remplacement de Stéphane Ravier, démissionnaire. Pressentie comme candidate FN, sa nièce et première adjointe Sandrine D'Angio a de fortes chances de l'emporter. Même si l'ancien frontiste Antoine Maggio, lui-même candidat, espère rallier une majorité anti-Ravier derrière son nom.

Ce vendredi, le 7e secteur de Marseille va connaître un nouvel épisode électoral. Pas le genre à couvrir d’affiches les 13e et 14e arrondissements puisque l’élection du nouveau maire de secteur se déroule dans l’entre-soi du conseil d’arrondissements. Frappé par la règle de non cumul entre exécutif local et mandat parlementaire, le sénateur frontiste Stéphane Ravier choisit la haute assemblée plutôt que la bastide Saint-Joseph où il s’est installé en 2014. Il le fait « pour défendre Marseille et les Marseillais à Paris » et tant pis si ses absences à Paris ont été tellement remarquées qu’il a été pénalisé pour cela. Car Stéphane Ravier l’a répété : il garde l’œil fixé sur la mairie centrale pour laquelle il annonce déjà sa candidature en 2020 (ou 21 si l’élection est repoussée). Prudent, il a d’ailleurs annoncé qu’il prendrait la présidence de groupe au conseil municipal. Et un strapontin de maire bis en mairie de secteur. « J’ai consulté, j’ai réfléchi, j’ai aussi regardé ce que faisaient les autres, ceux qui ont des objectifs municipaux ».

Le même jour, Samia Ghali doit confier son écharpe à Roger Ruzé, inamovible premier adjoint sous les mandatures précédents de Guy Hermier et Frédéric Dutoit. Dans la soirée, Bruno Gilles fera de même avec Marine Pustorino, adjointe au maire Gaudin et vice-présidente du département lors d’une élection qui prend la forme d’une cérémonie de passation et d’adoubement en présence de la présidente du département Martine Vassal, de son homologue à la région Renaud Muselier et de Jean-Claude Gaudin. Avant eux, la députée Valérie Boyer a choisi Julien Ravier, un de ses fidèles, malgré une opposition de son premier adjoint. Un jeu de « place au chaud » que choisit aussi le maire frontiste.

Même si, tout au nord, le climat est moins serein. Stéphane Ravier se refuse pour l’heure à donner le nom du candidat qui se présentera devant ses pairs. Tout désigne Sandrine D’Angio, première adjointe de secteur depuis décembre suite aux démissions de Marie Mustachia et Antoine Maggio. L’oncle maire ne tarit pas d’éloges sur sa nièce, sa connaissance des dossiers scolaires sur lesquels elle intervient, les contacts qu’elle a su nouer avec des adjoints de Gaudin, en soulignant lourdement des atouts loin de la politique, « quand on est jeune et jolie comme elle, ça aide ».

La nièce tient la corde

S’il en fait beaucoup sur sa nièce, il cite aussi Cédric Dudieuzère, adjoint aux transports et éternel candidat à la succession. Lequel dit tout net qu’il « ne sera pas candidat ». « Mais il n’y a pas qu’eux », poursuit Ravier avec une longue liste d’adjoints méritants et candidats putatifs. Outre une certaine coquetterie, ce refus de communiquer le nom du « candidat du rassemblement » de son camp marque une inquiétude. « Il faut tout envisager, même l’inimaginable, philosophe-t-il. Regardez M. Muselier, il se voyait président de la communauté urbaine [en 2008, c’est le socialiste Eugène Caselli qui a été élu malgré une majorité d’élus de droite, ndlr]. Il avait choisi la voiture, le bureau et demandé le gyrophare au préfet. Et il a été battu. »

Si Stéphane Ravier joue ainsi à se faire peur, c’est qu’il a face à lui un candidat déclaré : Antoine Maggio, ancien FN, président du groupe Marseille d’abord au conseil municipal et candidat contre lui aux législatives. Il sait aussi sa majorité bousculée par des départs successifs et, à chaque fois, tonitruants. Si crainte il y a, c’est que l’effritement se poursuive. « Je suis Marseillais, j’entends les rumeurs qui courent et évoquent un coup de force fomenté par [le directeur de cabinet de Jean-Claude Gaudin] Claude Bertrand, explique le maire démissionnaire. Mais je sais aussi compter : 29, c’est plus que 19. »

Les deux chiffres désignent le rapport de force actuel. Sur 48 élus de secteur, le FN en a 29 contre 19 pour l’opposition. La majorité étant à 25, l’adversaire de Sandrine D’Angio devra faire le plein des voix de l’opposition – de la France insoumise au parti Les Républicains – et de celles de nouveaux sécessionnistes. « J’ai dans ma sacoche la procuration d’un élu de sa majorité, affirme pour sa part Antoine Maggio qui pense pouvoir en faire basculer d’autres au profit du vote à bulletins secrets. Je suis le seul au sein du conseil d’arrondissements à pouvoir l’emporter en ayant des voix du FN. »

Antoine Maggio, candidat

Le jeune homme met en avant son appel à voter Macron au second tour de la présidentielle comme à celui de la législative. Pas sûr que cela suffise à convaincre les deux élus du Front de gauche, les six élus socialistes et écolos et le même nombre d’élus de droite. « Nous avons une réunion de groupe une heure avant le conseil, explique le socialiste Stéphane Mari. On prendra la décision de présenter ou non un candidat. Ma conviction est qu’il faut laisser le FN se débrouiller avec le FN ».

Même son de cloche du côté de Richard Miron pour le groupe Les Républicains. « Je ne serai pas candidat à la mascarade et personne de chez nous ne le sera, souffle l’adversaire de Ravier aux législatives. Si un candidat non issu des rangs du FN l’emporte, la mairie sera ingérable. Il faut être sérieux. Le seul élément qui compte est de voir si son ou sa candidate fait le plein des voix. » Quant à l’inquiétude réelle ou supposée de l’ancien maire de secteur, l’adjoint aux sports de la mairie centrale la balaie d’un revers : « Il y a chez cet homme une part de théâtralité. Peut-être joue-t-il l’inquiétude pour mieux montrer qu’il tient ses troupes en cas de victoire de sa nièce avec 29 voix ». Rendez-vous ce vendredi pour l’acte final.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE SPECIALE – 2 MOIS pour 2€

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.


A la une

François-Michel Lambert : à Gardanne, « l’État agit petitement » pour sortir du charbon
Le député de Gardanne François-Michel Lambert (Union des démocrates et écologistes) est en colère. Il était ce lundi à la préfecture des Bouches-du-Rhône pour...
Euroméditerranée expulse des familles roms sans décision de justice
Au bas de la rue de Lyon, le garage Ford restait désespérément vide depuis plusieurs années. Ceux qui avaient pu s'y rendre en 2016...
Pourquoi les commerces du sud de la ville sont toujours fermés le dimanche
Cela devait être bon l'été dernier, ça ne l'est toujours pas cette année. Les commerces du littoral Sud, ceux de Mazargues ou le centre...
[Ô mon bateau] L’astuce risquée du « 51/49 » pour récupérer une place au port
51/49. Le terme sonne comme une astuce, de celles qui se soufflent d'un air entendu sur les forums de voileux. Et en apparence c'en...
Comment le Mucem s’est retrouvé sur le maillot de l’OM
Un terrain de foot sur le toit du Mucem. L'image est un peu inhabituelle. Pour sa deuxième année comme équipementier de l'Olympique de Marseille,...
Saïd Ahamada (LREM) tente de sortir du peloton sur la route des municipales
Saïd Ahamada ne veut plus attendre. Mercredi, le député LREM de la 7ème circonscription des Bouches-du-Rhône et candidat à l'investiture de son parti pour...

Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire