Le jour où la RTM a caché le déraillement du métro

Info Marsactu
le 24 Jan 2020
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Le 16 janvier, le trafic du métro a été interrompu pendant de longues heures. La RTM n'a pas jugé bon de communiquer sur les causes de cet "incident technique". Même en l'absence de blessé et de dégâts spectaculaires auquel le terme renvoie, le déraillement d'une rame est pourtant considéré comme un événement "grave" par la réglementation.

« Incident technique ». C’était jusqu’à présent la seule explication avancée par la RTM pour la fermeture de la ligne 2 du métro entre Bougainville et Gèze, jeudi 16 janvier. Arrêté à 19 heures, le trafic n’a pu reprendre que le lendemain à 16 heures. Selon nos informations, c’est un déraillement à proximité de la station Gèze, récemment ouverte, qui en est la cause, nécessitant l’évacuation des voyageurs qui se trouvaient à bord.

À la RTM, le directeur général adjoint Pierre Durand préfère ne pas employer ce terme, même si « pour un puriste, techniquement, cela correspond à la définition. Déraillement, ça renvoie à des images dramatiques alors que l’on n’était pas dans ce cadre. » L’incident n’a effectivement pas fait de blessés.

Mais pourquoi avoir escamoté sa nature dans toute la communication, alors même que les voyageurs auraient pu propager – sans filtre – une nouvelle inquiétante ? À cette question, le cadre n’apporte qu’une réponse indirecte, indiquant que la priorité pour l’exploitant est d’assurer l’information trafic, la mise en place d’une substitution par bus et la résolution rapide de l’incident. Sollicitée à commenter ce choix de communication, la métropole Aix-Marseille Provence n’a pas répondu à notre demande.

Une procédure très encadrée

Un déraillement de métro n’est en tout cas pas un événement mineur. Au niveau national, le Service technique des remontées mécaniques et des transports guidés (STRMTG) supervise et centralise tout ce qui peut mal rouler dans un métro, des chutes sur la voie jusqu’aux doigts coincés dans la porte. En 10 ans, seuls 17 déraillements avec des voyageurs à bord ont été recensés dans toute la France. Dans la classification du STRMTG, ils sont systématiquement rangés en « accident ou incident grave ». Cela signifie que le préfet et la métropole doivent être avertis immédiatement, qu’un « pré-rapport » doit être établi dans les jours qui suivent, avant un « rapport circonstancié » dans les deux mois.

Cet événement n’a rien à voir avec la nouvelle station Gèze.

Pierre Durand, directeur général adjoint de la RTM

Ces exigences réglementaires, Pierre Durand ne les ignore pas. Mais il tient à insister sur deux points : « cet événement n’a rien à voir avec la nouvelle station Gèze [inaugurée un mois plus tôt, ndlr]«  et il a pour origine « une erreur humaine ». Un cas différent par exemple du déraillement du 21 décembre 2018, à Sainte-Marguerite, qui avait fait 13 blessés légers et était lié à l’arrachement d’une pièce. Le STRMTG n’avait alors pas exclu que le phénomène puisse se reproduire et avait émis une recommandation à tous les exploitants de métro sur pneu.

Le 16 janvier, selon la régie des transports, c’est un agent de conduite, décrit comme expérimenté, qui était en faute. « Il a dû gérer des pertes de liaison radio et a donc été obligé de demander le passage en conduite manuelle. Il a ensuite passé outre un signal éteint, l’aiguillage n’était pas dans le bon sens et il s’est encastré dedans », raconte Pierre Durand. Cette version devra dans tous les cas être recoupée par une enquête, dans le cadre d’une procédure disciplinaire classique pour les fautes de conduite. Un dossier sensible que la RTM a cru bon de gérer toutes portes fermées.

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Commentaires

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  1. Pascal L Pascal L

     » Il a dû gérer des pertes de liaison radio et a donc été obligé de demander le passage en conduite manuelle. Il a ensuite passé outre un signal éteint, » . Il me semble que l’argument qui nous a été donné pour expliquer deux ans

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  2. Pascal L Pascal L

    de retard supplémentaire de la station Gèze était qu’il y avait des problèmes d’électronique. Il n’ont donc peut-être pas tous été résolus. D’ailleurs nous n’avons toujours aucune information sur ces problèmes qui devaient être très importants pour nécessiter de tous revoir.

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    • Tarama Tarama

      Oui, comment ne pas faire le lien…
      Ça craint.

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  3. gabeloupasfou gabeloupasfou

    Depuis le fameux déraillement de décembre 2018 les « incidents techniques » et fréquences réduites se multiplient sur la ligne 2, que la direction ne s’étonne pas que les usagers basent en l’absence de toute communication.
    Il ne reste plus qu à patienter en espérant qu’ il n’y ait pas de réel accident grave avant les nouvelles rames qu’on ne verra pas de sitôt.

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    • gabeloupasfou gabeloupasfou

      Il faut lire « jasent » et non « basent »

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  4. Input Output Input Output

    Décidément… Des immeubles qui s’effondrent, des métros qui déraillent… Marseille, c’est vraiment le quart-monde… 🙁

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  5. Electeur du 8e Electeur du 8e

    L’absence de communication en cas d’incident, il n’y a pas pire. Je crois que ça fait partie des règles basiques en matière de communication d’entreprise. Il y a des tas de bouquins à ce sujet, que M. Pierre Durand et d’autres à la RTM et à la métropole gagneraient à lire : quand on prétend transporter du monde, la moindre des choses est de faire le nécessaire pour que les passagers aient confiance. En attendant, voici un court article qui résume ce qu’il ne faut pas faire : https://www.chefdentreprise.com/Thematique/marketing-vente-1027/Breves/etapes-planter-communication-crise-comme-Lactalis-327132.htm

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  6. Brallaisse Brallaisse

    La RTM est dans la droite ligne de cette ville , tout est beau ,tout fonctionne. Circulez il n’y a rien à voir. Jusqu’au jour ………

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  7. patrick patrick

    personne en grève chez marsactu ? vous devriez vous inspirer de mediapart

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  8. Tarama Tarama

    La station Gère, elle ne serait pas construite sur un ancien cimetière Indien ? Parce que ça commence à faire beaucoup là…

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    • Tarama Tarama

      *Gèze

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  9. LN LN

    Mais à l’heure des réseaux sociaux, de l’immédiateté dans la circulation d’infos et d’images en temps réel, si les passagers ont été évacués vers 19h, rien, mais absolument rien n’a fuité sur Facebook, Instagram et autre Twitter ou j’ai loupé un truc ?
    Je peux pas le croire….

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  10. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    Je ne suis par specialiste de signalétique ferroviaire, mais je me demande quelle signification peut bien avoir un « signal eteint » et en quoi l’ignorer pourrait constituer une faute de la part d’un agent de conduite. Si on m’expliquait qu’il avait ignoré un signal allumé en rouge, je comprendrais mieux. Quelqu’un pour nous eclairer ?

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  11. Patou Patou

    l’explication de la RTM est des plus fantaisistes : « Il a dû gérer des pertes de liaison radio et a donc été obligé de demander le passage en conduite manuelle. Il a ensuite passé outre un signal éteint, l’aiguillage n’était pas dans le bon sens et il s’est encastré dedans » !!??
    Gérer des problèmes radio en demandant le passage en conduite manuelle ? Primo sans radio comment obtenir un accord avec le PC? Secondo le signal était éteint? Donc il y avait une panne sur la signalisation? La culpabilité du seul conducteur semble être un jugement hâtif, mais somme toute satisfaisante pour l’opérateur RTM qui a pu pérenniser l’exploitation.

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