La grange du monsieur agriculture de la métropole cache une activité commerciale

Enquête
Pierre Isnard-Dupuy
28 Mai 2019 14

Christian Burle, le maire de Peynier et vice-président de la métropole, a transformé une partie d'un hangar de la société agricole familiale en locaux commerciaux loués à une société de vente et de réparation de matériel agricole. En contradiction avec l'objet du permis de construire signé par son propre adjoint, annonçant un lieu de stockage de matériel et de fourrage.

La grange à foin de la famille Burle. Photo : Pierre Isnard-Dupuy.

La grange à foin de la famille Burle. Photo : Pierre Isnard-Dupuy.

Pour la présidente Martine Vassal (LR) il est le héraut d’une politique agricole métropolitaine qui se veut ambitieuse en faveur de « la sanctuarisation des terres agricoles ». Christian Burle, 68 ans, maire de Peynier, est pourtant coutumier sur sa commune de quelques libres applications de l’urbanisme pas vraiment raccord (lire notre article). Le vice-président délégué à l’agriculture de la métropole s’illustre à nouveau dans un dossier où il fait fi des règles d’urbanisme.

« Vous écrirez ce que vous voulez, comme d’habitude. J’en ai assez… », pose l’élu LR d’une voix calme au téléphone. La raison de notre appel concerne un « hangar agricole » pour lequel il a demandé un permis de construire fin 2011 au nom du  groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC) baptisé Les Faïsses. Il l’a créé avec ses enfants puis leur a transmis, précise-t-il. Le local se situe au lieu dit Les Faïsses, à proximité de la D6, celle qui file de Gardanne à Trets. Sur place, la vue sur la Sainte-Victoire est imposante et les vignes courent à perte de vue.

Photo : Pierre Isnard-Dupuy

Le permis de construire du 20 janvier 2012 mentionne une « construction d’un hangar agricole à vocation de stockage de matériel du GAEC Les Faïsses et du fourrage (ballots de paille) ». Étrange destination pour un groupement agricole dont l’activité est la viticulture. Sans compter que le fourrage, destiné à l’alimentation du bétail, n’a rien à voir avec la paille qui sert plutôt de litière. L’ampleur de la surface prévue de près de 2000 mètres carrés attire l’attention des élus d’opposition de la liste Peynier Autrement.

Une « quincaillerie agricole » absente du permis de construire

Entre-temps, le bâtiment est sorti de terre. Les élus d’opposition y découvrent qu’une partie de l’édifice porte une enseigne de la marque de matériel agricole Hervé et Mauricio pour ce qui s’apparente à un local commercial. Ce qui apparaît être en contradiction avec le permis de construire. D’ailleurs dans ce dossier, la direction des routes du conseil départemental a rendu un avis, le 28 décembre 2011, précisant que « l’accès ne pourra supporter une autre activité que celle mentionnée dans le présent permis de construire, à savoir hangar agricole (stockage de matériel) et, en aucun cas une activité commerciale ».

L’entrée de la quincaillerie agricole. Photo : Pierre Isnard-Dupuy.

Le 6 janvier 2012, la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) rend également un avis dans lequel elle souligne que « le projet [se situe] dans une zone potentielle de ruissellement par débordement des vallons ». Elle admet toutefois que « s’il s’agit bien d’un projet lié à une activité agricole, il peut être autorisé », à condition d’observer quelques aménagements particuliers en lien avec ce risque d’inondations.

Marsactu s’est rendu sur place le 16 mai. Sous une toiture de panneaux photovoltaïques rutilants se trouve un vaste espace clos. Dans la version du permis de 2012, il ne devait pas comporter de murs. Mais depuis, Christian Burle à fait une demande de permis modificatif qui lui a été accordée par son premier adjoint et délégué à l’urbanisme, Raymond Mallet, le 6 janvier 2019. Sur place, la date du permis indiquée est celle du 28 novembre 2018, correspondant en réalité à la date de la demande introduite par Christian Burle. « Au 6 février, la bâtisse, toit, piliers et l’essentiel des murs extérieurs, était déjà construite », pointe Hubert Greffe, conseiller municipal d’opposition. Autrement dit, la construction était sur pied avant que le permis modificatif n’ait été accordé. Même si le local n’est pas encore tout à fait terminé, les aménagements nouveaux indiqués dans le modificatif semblent correspondre. Y compris la cloison délimitant l’espace du lieu dédiée à l’enseigne Hervé et Mauricio.

À l’intérieur, c’est un employé de la société Commerce International Luberon (CIL) qui nous accueille. Le siège de cette entreprise est à Ansouis dans le Luberon. Elle met au point et commercialise du matériel spécialisé pour la viticulture, estampillé Hervé et Mauricio, dont on peut voir des modèles en exposition ici-même. « Mets moi deux verres d’huile », interrompt un agriculteur qui arrive avec son tracteur. Ici, « c’est une quincaillerie agricole » nous dit le tenancier du lieu, avant d’aller servir son client. L’activité aurait démarré entre la fin de l’année 2018 et début 2019, à en croire les observations de l’opposition municipale et une annonce d’emploi, datant du 30 novembre, lue sur la page Facebook de CIL.

Bientôt une cave viticole ?

Notre visite ayant été vite interrompu, nous n’en savons pas davantage sur les liens entre le GAEC Les Faisses et la société CIL. La gérante de CIL, Isabelle Emeric vraisemblablement vite mise au courant, téléphone alors à son salarié. Il nous passe le combiné et nous convenons de nous voir sur place « d’ici 5 minutes ». Puis Vincent Burle, le fils du maire et actuel gestionnaire du GAEC, descend de son tracteur qu’il vient de garer, pour nous « demander de sortir ». « Ça suffit ces histoires. Il y a des choses plus importantes et plus graves auxquelles vous devriez vous intéresser », nous éconduit-il avec agacement. Sur le chemin de notre véhicule, nous rencontrons Isabelle Emeric. Depuis elle n’a pas répondu à nos sollicitations téléphoniques.

Quelques jours plus tard, lorsque l’on demande à Christian Burle si le hangar accueille une activité commerciale, celui répond : « au fond il y a un atelier de mécanique ce qui nous permet de faciliter les réparations. Sachez que les viticulteurs sont ravis de trouver un réparateur à proximité. C’est une activité agricole, libre à vous d’interpréter comme vous le voulez ». Avant de raccrocher, le maire de Peynier ajoute une chose qui n’est pas à l’article des permis de construire, « à terme il y aura une cave viticole ». Sollicités, les services préfectoraux se contentent de répondre que le signalement des élus d’opposition, qui leur a été adressé par courrier, « est traité avec diligence ».

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