Le Grand atelier du midi, "blockbuster" pictural de l'été

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le 10 Juin 2013
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"MEUUUUUH !". En ce début de semaine, les taureaux du Palais Longchamp mugissent à la façon du lion de la Metro Goldwyn Mayer. Ils ont la peau rosée à force d'avoir été lustrés en vue de l'exposition Le Grand Atelier du midi qui ouvre ce jeudi. "C'est un blockbuster", résume Jacques Pfister au micro, lors des discours d'inauguration, ce lundi. Un peu avant, en sortant de l'exposition, il lance à la presse qui lui demande son avis : "On a l'impression de ne pas être à Marseille". La phrase peut surprendre de la part d'un de ceux qui militent pour changer l'image de la ville. En fait, elle correspond à une réalité politique inédite : le Grand atelier du midi est la première exposition métropolitaine qui réunit Aix et Marseille.

En effet, dès le début, l'association a réfléchi cette exposition de Beaux-Arts comme une oeuvre en deux parties. L'une à Aix fait la part belle à la forme et, accessoirement à Cézanne. L'autre met en avant la couleur et quelques belle signatures de Van Gogh à Bonnard en passant par Derain, Dufy, Renoir. Bref, des grands noms qui peuvent appâter le chaland jusqu'à la lointaine Asie. "Il y a eu la trilogie marseillaise de Pagnol, il y a maintenant la trilogie métropolitaine de Gaudin avec le Mucem, la Transhumance et et le Grand atelier du midi. Cette expo, c'est un objet monde, à dimension internationale".

18 millions d'euros de travaux

Pour cela, la Ville a cassé sa tirelire pour offrir un bel écrin. Dix-huit millions d'euros ont été dépensés par la Ville avec l'appui de l'Etat et de mécènes privés pour redonner le lustre d'antan au palais des Beaux-Arts empoussiéré. En revanche, la documentation ne précise pas le prix du bijou pris en charge par l'association MP 2013 en partenariat avec la réunion des musées nationaux. A l'entame de la visite, la commissaire de l'exposition, Marie-Paule Vial y va de son couplet émotionnel. "Je voulais dire mon grand bonheur à titre personnel de voir le palais Longchamp aussi beau que quand il a été inauguré le 15 août 1869 par le maire de l'époque Antoine-Théodore Bernex. Désormais, ce magnifique monument peut accueillir les plus grands chefs d'oeuvre du monde".

L'ancienne directrice des musées de Marseille transférée depuis à l'Orangerie à Paris, tient là son grand oeuvre, le point d'orgue de sa carrière marseillaise pour lequel elle a conservé une attache. Elle ajoute avoir fait ses premiers pas professionnels en cet endroit et ne remerciera jamais assez "le maire de Marseille d'avoir  réalisé un rêve porté pendant de très longues années". L'aboutissement de ce rêve est cette grande exposition entre Aix et Marseille, qui forme "deux chapitres d'un livre écrit avec Bruno Ely [conservateur du musée Granet à Aix, ndlr]". Mais, attention, "cette exposition est un tout".

A lui seul, l'écrin vaut le détour avec, aux tournants des deux escaliers monumentaux, les fresques de Puvis de Chavannes offrent aux visiteurs deux visions mythiques de Marseille : le paradis antique et la porte de l'Orient. Si ces images mythiques de la ville dessinent l'Arcadie nouvelle dont ont rêvé les peintres du midi, le vrai fil rouge de l'exposition consiste à égrainer les grands noms de l'art nouveau. Une Méditerranée de Maillol accueille le spectateur en pendant de sa cousine installée au Mucem. Mais, c'est à gauche de la belle dame de bronze que l'hameçon le plus dentu tend son ardillon : quatre chefs d'oeuvre de Van Gogh alignés pour un uppercut à l'estomac. 

"Que le jaune est beau"

Le peintre hollandais est en partance à Marseille et s'est arrêté à Arles. "On ne saura jamais pourquoi mais là n'est pas la question", ajoute la commissaire. C'est là qu'il rêve de fonder ce grand atelier où les peintres du monde entier viendraient se colleter avec la couleur. Sur le mur d'en face, une toile jaune de Claude Viallat prolonge ce rêve jusqu'au collectif support/surface dont il était un des acteurs. Dans un coin, on aperçoit un Gauguin qui côtoie un Bacon. Dans la foulée, un Cézanne, cinq Monet et sept Renoir font du touche-touche d'un mur à l'autre. Tout est là. Dans la première salle, les grands noms jouent des coudes comme dans un salon des refusés du second Empire. A peine en a-t-on fini avec les impressionnistes en vacances à Cagnes ou Bordighera et voilà Signac qui embarque une armée de pointillistes. Puis, dans une autre salle, Derain et ses touches en "bâton de dynamite" et Dufy… N'en jetez plus.

Certes, l'intérêt ne réside pas tout entier dans la brochette : la scénographie en fenêtres et portiques permet de passer de l'un à l'autre avec un vrai bonheur. Les oeuvres se tutoient, jouent des coudes pour illustrer la manière dont la lumière et les paysages du sud de la France ont fasciné tant de grands artistes. Et, dans le même élan, tous les grands musées du monde se sont donnés la main pour monter cette grande exposition à Marseille. Et tant pis pour les ceux qui pensent que les vols dans les musées et les règlements de comptes collaient une mauvaise image de la ville. "Pas du tout, s'insurge Marie-Paule Vial. Marseille est aussi une ville qui a une très bonne réputation. Les conservateurs qui sont venus ici ont deux émerveillements : le musée rénové et la ville. Nous n'avons pas eu plus de mal à les convaincre de nous prêter des oeuvres parce que nous sommes à Marseille"

Les plus grands noms ne sont pas toujours les plus touchants : Henri-Charles Manguin ou Emie-Othon Friesz offrent de belles scènes intimes au bain comme au jardin. Et dans un coin de la salle, trois Soutine valdinguent les formes en une ivresse de couleurs. La salle finale offre en apothéose de grandes toiles de Bonnard, une tôle peinte (un peu perdue) de Picasso et un plâtre de Rodin qu'on n'imagine pas sculpté sous sa main. La lumière tamisée pourra peut-être figurer une vraie intimité à l'heure des grandes foules estivales. En espérant que la réputation de Cézanne et de sa ville natale n'aimante pas le gros du public dans le seul musée Granet. Les deux expositions sont censées former le recto et le verso d'une même page de l'histoire de l'Art. "Elles se complètent absolument. A Aix, on y découvre l'aventure de la forme avec le cubisme cézannien, à Marseille, c'est la force de la couleur".

Espérons donc que les touristes nippons trouvent la navette Cartreize pour passer de la forme à la couleur. En attendant, l'expo marseillaise en vidéo, c'est ici.

Le Grand Atelier du Midi du 13 juin au 13 octobre, de Cézanne à Matisse au musée Granet d'Aix et de Van Gogh à Bonnard au musée des Beaux-arts de Marseille.

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Commentaires

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  1. Al Al

    Cela promet d’être absolument sublime ! Mais j’ouvre les paris: à quand les premiers commentaires négatifs ?

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  2. un marseillais un marseillais

    le voila sur votre commentaire pessimiste et sans intérêt !

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  3. jml13 jml13

    Même marsactu n’ayant rien trouvé à redire, on peut se précipiter et se préparer aux “uppercuts” et aux coups de coeur.
    Et dire un grand merci à TOUS les acteurs de cette très bonne nouvelle ! J’ai hâte d’y aller.

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  4. José 2013 José 2013

    Il paraît que l’année Marseille-Provence 2013 aurait débuté le week-end des 12 et 13 janvier 2013 ? Le Palais Longchamp qui ouvre en juin : no problème nous sommes à Marseille, demie capitale présumée de la culture ! 🙁

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  5. athe athe

    A l’origine, on donnait ce titre à des villes comme Florence, Paris, Madrid etc., à des villes qui avaient déjà tout, et qui étaient par définition “prêtes”. Mais du coup, le titre n’apportait rien de plus et ça ne marchait pas.
    Marseille ne joue évidemment pas “prêt”, mais aucune autre ville a proposé pour l’instant un projet aussi ambitieux. Et globalement c’est plus que réussi. Peut-être ils auraient dû ouvrir en mars, mais juste avant l’été, c’est parfait.

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  6. joliette13 joliette13

    Des les premières secondes, MPV remercie son maître qui l’a extraite de marseille et placée à Paris. C’est bien, elle est redevable !

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