Le différend pâtissier du Rassemblement national arbitré au tribunal

Enquête
Jean-Marie Leforestier
7 Mar 2019 5

La justice a statué sur l'affaire qui oppose depuis de longs mois, le sénateur RN Stéphane Ravier et son ancien adjoint au sport, René Annibaldi. Ce dernier a réglé de sa main 3000 euros de pognes. L'ancien maire affirme les lui avoir remboursés, en lui remettant une enveloppe de billets.

Stéphane Ravier, lors d'une conférence de presse le 20 février 2019.

Stéphane Ravier, lors d'une conférence de presse le 20 février 2019.

C’est une de ces multiples histoires qui ont vu s’affronter les élus Rassemblement national (ex Front national) de la mairie des 13e et 14e arrondissements et leur leader, le sénateur et ancien maire de secteur Stéphane Ravier avec René Annibaldi, démis de ses fonctions d’adjoint au sport en juillet 2016. Une sombre histoire de pognes qui a empoisonné les relations entre les deux hommes jusqu’à terminer au tribunal d’instance de Marseille.

En octobre 2014, René Annibaldi, entrepreneur dont c’est le premier mandat, s’acquitte chez un boulanger de Château-Gombert d’une facture de pognes de 3000 euros qu’il va avoir le plus grand mal à se faire rembourser. Un lot de ces brioches a été commandé pour les offrir à des associations du secteur. Par qui ? Les versions divergent. Par la mairie de secteur, jure René Annibaldi appuyé par l’ex adjointe aux finances Marie Mustachia (qui a elle aussi quitté le RN) : “La mairie avait fait une commande pour distribuer des pognes à des associations sans se soucier de qui allait payer ou de faire des bons de commande. Sans bon de commande, on ne pouvait pas régler la facture”, assure cette dernière. Stéphane Ravier assure quant à lui qu’il s’agissait d’une dépense personnelle, qu’il jure avoir remboursée.

Ravier condamné à verser 500 euros à son ex adjoint

C’est cette dernière version qu’a retenue le tribunal administratif en considérant qu’il ne s’agissait pas d’une dépense publique, puis le tribunal d’instance qui a jugé du litige. Celui-ci a rendu un jugement le 26 février condamnant Stéphane Ravier à verser 500 euros à René Annibaldi auxquels s’ajoutent 1200 euros de frais de justice. Ces 500 euros correspondent à des dommages-intérêts calculés pour compenser le délai “abusif” entre le paiement de la facture, le 24 octobre 2014 et le 19 décembre 2015, date à laquelle Stéphane Ravier affirme avoir remboursé de sa poche les 3000 euros de viennoiseries.

Là encore, le tribunal d’instance retient cette version. Cela permet à Stéphane Ravier de se réjouir : “Le tribunal reconnaît mon honnêteté”, nous fait savoir le parlementaire en réponse à notre demande d’entretien. Pourtant, le jugement du tribunal n’éclaire pas complètement l’histoire. Tout d’abord, Stéphane Ravier lui-même semble se mélanger dans les dates puisqu’il avait raconté au Monde avoir remboursé les viennoiseries “quelques semaines” seulement après l’avance faite par René Annibaldi. À la justice, il annonce l’avoir réalisé quatorze mois plus tard.

René Annibaldi

Mais surtout, le récit du remboursement fait par Stéphane Ravier est tout à fait rocambolesque. Selon lui, le 19 décembre 2015, il aurait remis une enveloppe contenant 3000 euros en liquide à René Annibaldi dans son pavillon des Olives. Pour l’attester, il ne fournit ni de reçu signé de René Annibaldi ni même de relevé bancaire attestant d’un retrait. Il se contente de présenter devant la justice deux témoins de moralité, Magali Vette, son assistante parlementaire et Sandrine d’Angio, sa nièce qui lui a succédé à la tête de la mairie des 13e et 14e arrondissements. Elles cochent chacune une des deux cases sur la fiche signalétique qu’il convient de remplir dans ces cas-là : lien de parenté ou lien de subordination.

Une enveloppe en liquide

La collaboratrice raconte la préparation de la transaction : “Le 16 décembre 2015, Stéphane Ravier m’a demandé un service. il m’a expliqué qu’il avait une enveloppe de 3000 euros en liquide et qu’il devait se rendre chez René Annibaldi pour lui rembourser la somme qu’il avait avancé pour des brioches. Son emploi du temps ne lui permettant pas de s’y rendre ce jour-là, il a souhaité par précaution que je la garde sous clés dans mon bureau. Trois jours plus tard, il m’a demandé de lui restituer. Afin d’éviter tout malentendu, j’ai insisté pour recompter devant lui.”

Sandrine d’Angio quant à elle dit avoir assisté à la transaction : “Le 19 décembre 2015, alors que nous rentrions d’une manifestation, Stéphane Ravier m’a demandé de l’accompagner chez monsieur Annibaldi pour lui remettre une enveloppe contenant 3000 euros. […] Stéphane Ravier a recompté en ma présence la somme qui se trouvait dans l’enveloppe. Nous nous sommes alors rendus chez monsieur Annibaldi. […] Stéphane Ravier lui a remis l’enveloppe en lui demandant de recompter le montant. Monsieur Annibaldi a refusé en disant que ce n’était pas nécessaire, qu’il lui faisait confiance”.

C’est sur cette base que le tribunal d’instance a statué en estimant qu’“aucun élément ne permet de remettre en cause le caractère probant de ce remboursement”. Un choix que ne comprend toujours pas René Annibaldi : “Je n’aurais pas poursuivi Stéphane Ravier s’il m’avait remboursé”. L’élu envisage désormais une action pénale pour “faux témoignages”. Les pognes de la discorde n’ont peut-être pas livré leur dernier secret.

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