Stéphane Ravier vire un adjoint gênant sur fond de mairie FN en crise

Enquête
le 5 Juil 2016
8

Stéphane Ravier a décidé de retirer à René Annibaldi sa délégation aux sports. Ce vendredi, il compte en conseil d'arrondissements le déchoir de son rang d'adjoint. De son côté, l'élu se dit victime de menaces du maire, contre qui il a porté plainte. Cette situation cache d'autres mises au placard et révèle d'étranges pratiques au sein de la mairie FN.

Stéphane Ravier vire un adjoint gênant sur fond de mairie FN en crise
Stéphane Ravier vire un adjoint gênant sur fond de mairie FN en crise

Stéphane Ravier vire un adjoint gênant sur fond de mairie FN en crise

Derrière la sérénité de la bastide Saint-Joseph, le feu couve à la mairie des 13e et 14e arrondissements de Marseille. Le 14 juin, par un arrêté, le maire FN Stéphane Ravier a retiré sa délégation à son adjoint au sport, René Annibaldi. Depuis cette date, ce dernier n’a plus aucun portefeuille. Vendredi, deuxième étape d’une même manœuvre, il tiendra un conseil d’arrondissements extraordinaire dans l’objectif de le déchoir de son rang d’adjoint.

Disons-le tout net : si l’événement n’était qu’un désaccord politique il n’aurait rien d’exceptionnel. Samia Ghali (PS) dans les 15e et 16e arrondissements, Lisette Narducci (PRG) dans les 2e et 3e, Valérie Boyer (LR) dans les 11e et 12e ont chacune écarté un des adjoints nommés en 2014 après les municipales. Mais cette fois, Stéphane Ravier démet un homme qu’il a mis sur la touche depuis longtemps et qui a décidé de ne pas se laisser faire.

Annibaldi n’est d’ailleurs pas le seul à avoir été marginalisé. A la mairie de secteur, les bannis se comptent sur les doigts de deux mains. Un bilan lourd un peu plus de deux ans après les élections. Mère et fils, la première et le deuxième adjoints Marie Mustachia et Antoine Maggio sont écartés des décisions. Symboliquement, ils sont même relégués en queue du trombinoscope des élus. Lors du dernier conseil d’arrondissements, le 21 juin, comme une petite dizaine d’autres élus, ils ont préféré la politique de la chaise vide. Sans adjointe aux finances ni adjoint à l’urbanisme, c’est Cédric Dudieuzère qui a présenté la plupart des rapports.

L’adjoint a porté plainte contre Ravier

rene-annibaldi

René Annibaldi, rencontré dans sa villa des Olives.

René Annibaldi, lui, voit depuis 2015 ses collègues représenter la mairie des 13/14 dans des manifestations sportives auxquelles il n’est même pas convié. Il ne lui est plus permis de célébrer des mariages depuis que certains époux n’ont pas ri à ses petites blagues et s’en sont plaints aux services municipaux. “Les brimades sont constantes. Je suis harcelé depuis un an et demi”, assure-t-il. Le samedi 11 juin en milieu d’après-midi, René Annibaldi se rend au commissariat du 13e arrondissement. L’objet est inhabituel : il souhaite déposer plainte contre le maire de secteur après des menaces. A la pause déjeuner, il dit avoir été éconduit par le maire en des termes peu amènes. “Il m’a dit « Qu’est-ce que tu fais là ? Casse toi je vais te casser la tête enculé. Tu n’as rien à faire là, vermine. »”, déclare-t-il sur procès-verbal.

A l’époque, il ne se rend plus que très rarement en mairie et sous bonne escorte. A 74 ans, l’ancien directeur commercial d’une société dirigée par Bernard Tapie est cardiaque. Il veut s’éviter le courroux du sénateur-maire. Le 28 avril, il a déjà rendu visite au commissariat du 13e pour déposer une main courante. Il décrit au policier qui le reçoit une conversation téléphonique tenue six jours plus tôt avec l’édile frontiste. La discussion, explique-t-il, est teinté de reproches. Selon lui, Stéphane Ravier lâche : “Je vais te fendre en deux et te la fracasser avec mon neveu, enculé. Je ne veux plus te voir en mairie.”

“Je vais déballer tout ce que je sais”

Le parquet juge les faits suffisamment sérieux pour que le procureur de la République ouvre une enquête préliminaire, comme l’a brièvement annoncé Le Point, avant de décider de la classer le 28 juin : “Les faits dont vous vous êtes plaint ne sont pas punis par la loi”, explique-t-il à Annibaldi. Celui-ci se réserve le droit de poursuivre les procédures.

Vendredi, René Annibaldi promet : “Je vais déballer tout ce que je sais.” Celui qui “prépare un livre” sur son quotidien dans une mairie FN accepte de nous recevoir en amont sur la terrasse de sa petite villa des Olives et d’ouvrir son porte-document. L’homme a été bien utile au parti d’extrême-droite avec ses deux atouts : un fourgon et un portefeuille extensible.

Factures impayées

Il produit plusieurs factures qu’il dit avoir avancées sans jamais être remboursé. Dans son escarcelle, l’achat de 2156 pognes dans une boulangerie du 13e arrondissement pour 2998,99 euros. La facture est pourtant libellée au nom de la mairie des 13e et 14e arrondissements. Le procédé est bien entendu hors des clous. Personne ne peut ainsi régler des brioches ou toute autre chose au nom d’une structure publique. “L’artisan réclamait son dû depuis six mois. Stéphane Ravier m’a demandé si je pouvais m’en charger. C’est ce que j’ai fait”, explique René Annibaldi. Dans ce cas précis, une régularisation antidatée a selon nos informations été présentée aux élus par les services. “J’ai toujours été très large. Deux fois, j’ai payé la soirée beaujolais. Je mettais à disposition mon camion quand on me le demandait, on me disait qu’on rembourserait. Et ça n’arrivait jamais.”, s’agace-t-il.

Sur toutes ces affirmations lancées par celui qui a pris sa première carte “en 1983”, Stéphane Ravier ne nous a pas répondu, comme sa directrice de cabinet. Alors que nous connaissions ses intentions, nous avions interrogé Stéphane Ravier sur les raisons de l’éviction de son adjoint comme sur les plaintes que celui-ci avait déposées contre lui. Ce jour-là, René Annibaldi subissait le même jour une importante opération du cœur. “Je crois que monsieur Annibaldi a besoin de se reposer. Il faut qu’il prenne soin de lui”, assurait-il alors. Sa réponse restait la même malgré nos relances. Il n’est pas sûr qu’il puisse se contenter ce vendredi en séance d’une telle explication.

Cet article vous est offert par Marsactu

À vous de nous aider !

Vous seul garantissez notre indépendance

JE FAIS UN DON

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

    Est-ce que ça étonne quelqu’un que des gens qui propagent des idées intolérantes et brutales, basées sur l’exclusion, aient des pratiques intolérantes et brutales, basées sur l’exclusion ?

    Signaler
    • mrmiolito mrmiolito

      Moi, non ! 😉 L’énergie qu’ils mettent à se bouffer entre eux est autant d’air frais pour leurs malheureux administrés…

      Signaler
  2. marseillais marseillais

    D’accord, mais on va pas se mettre à défendre un facho si malmené soit-il par son mentor d’un jour, Ravier.

    Signaler
    • Jean-Marie Leforestier Jean-Marie Leforestier

      Bonjour,
      Il ne s’agit pas pour moi de plaindre ou de défendre qui que ce soit mais il me semble que cette histoire révèle un climat qui mérite d’être raconté. J’espère que cela vous permet de mieux saisir mon intention.

      Signaler
  3. Karim Karim

    Excellente article M.LEFORESTIER !
    encore merci pour celui ci
    à faire connaître au plus grand nombre. Nous aussi, participons à la ré information…….

    Signaler
  4. Regarder2016 Regarder2016

    C’est bête mais on aimerait connaître le motif du différend?

    Signaler
    • Jean-Marie Leforestier Jean-Marie Leforestier

      Les motifs, à ma connaissance, sont 1/ les mariages 2/ l’argent

      Signaler
  5. sylvestre garcia sylvestre garcia

    connerie ….

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire