Le département divise par deux sa participation aux projets de rénovation urbaine

Info Marsactu
le 6 Sep 2022
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En toute discrétion, le département a fait adopter en juin dernier une coupe drastique dans sa participation aux projets de renouvellement urbain. Les élus de la gauche marseillaise ont voté cette baisse des crédits avec la droite locale, alors même que le sujet est désigné comme une priorité.

Propriété de 13 habitat, le logeur du département, Campagne-Lévêque fait partie des priorités du nouveau programme national de rénovation urbaine. (Photo : B.G.)
Propriété de 13 habitat, le logeur du département, Campagne-Lévêque fait partie des priorités du nouveau programme national de rénovation urbaine. (Photo : B.G.)

Propriété de 13 habitat, le logeur du département, Campagne-Lévêque fait partie des priorités du nouveau programme national de rénovation urbaine. (Photo : B.G.)

Les élus départementaux sont parfois pudiques. Certaines délibérations refont surface plusieurs semaines après leur vote, notamment parce qu’elles sont adoptées dans la discrétion de la commission permanente, dont les débats sont fermées à la presse comme au public. Le 24 juin dernier, dans la mollesse d’un été déjà chaud, les élus départementaux ont voté à l’unanimité une délibération portant sur “la modification des critères de l’intervention départementale en faveur des nouveaux programmes nationaux de renouvellement urbains”.

Derrière la formulation technocratique, raccourcie en “NPNRU”, se cache le troisième grand chantier à plus d’1 milliard du territoire, après les écoles et les transports : la rénovation urbaine des grands ensembles et de l’habitat ancien dégradé. Les seuls à s’abstenir sont les élus Reconquête, Sandrine d’Angio et Cédric Dudieuzère. L’ensemble des élus du Printemps marseillais a voté en faveur de cette délibération. Cela vaut pour le maire lui-même, représenté par Sophie Camard, sa binôme, ou pour Samia Ghali qui avait confié procuration à Azad Balalas-Kazandjian, élu dans le même canton.

Diminution de cinq à deux millions maximum par opération

Or, surprise, cette modification des critères d’intervention a une traduction très chiffrée qui prévoit la baisse la participation du département :

“Il vous est proposé de ramener à un montant maximum de deux millions d’euros le montant plafond de l’intervention départementale par programme de renouvellement urbain.”

En juillet 2021, la même commission permanente avait adopté une première délibération, portant sur la proposition d’un cadre général d’intervention. Dans ce texte beaucoup plus détaillé, le département, partenaire traditionnellement mineur de ce type de programmes, fixait un montant maximum de cinq millions d’euros par quartier, assorti d’un million d’euros dédié à chacune des 17 grandes copropriétés dégradées. Parmi les territoires concernés, on peut citer Air-Bel, Kallisté ou encore Malpassé-Corot.

En mars 2022, ce chiffre de cinq millions était toujours d’actualité au moment de l’adoption de la décision modificative du budget. En juin 2022, les élus marseillais ont donc validé le principe d’une baisse de participation de la part d’un des partenaires du nouveau programme national de renouvellement urbain, eux qui ne cessent d’appeler à l’aide leurs partenaires publics, État et collectivités locales.

Discussion “off”

Après plusieurs tentatives auprès de conseillers départementaux de gauche, c’est le président de groupe Anthony Krehmeier (PS) qui tente une explication : “Nous avons eu une discussion “off” avant le vote, actant le principe que la participation du département, notamment concernant les équipements, ne se justifiait plus à la même hauteur, à partir du moment où nous avions obtenu une participation accrue du gouvernement, explique le maire des 2e et 3e arrondissements. En revanche, elle devait être compensée par une hausse de la participation du département au redressement des grandes copropriétés.”

L’élu socialiste est directement concerné puisque son seul secteur concentre deux des copropriétés dégradées élevées au rang de priorité nationale par le gouvernement en 2017, et deux des îlots prioritaires du plan partenarial d’aménagement.

Pourtant, la délibération n’évoque en aucun cas une possible hausse concernant les copropriétés. D’ailleurs, le même jour, les conseillers départementaux ont adopté à l’unanimité, sans même une abstention, une délibération qui fixe à 17 millions la participation du département quel que soit “le nombre d’ensembles immobiliers reconnus prioritaires”. Plus loin, la délibération précise :

“Confirmation d’un montant plafond d’intervention départementale d’un million d’euros par grand ensemble immobilier.”

S’il y a eu une discussion informelle avant le vote, les textes adoptés le jour-même vont dans le sens inverse. Cette sacrée coupe est confirmée par Nora Preziosi, vice-présidente chargée de ces questions. : “Il n’y a aucune contrepartie. Nous sommes contraints par le contexte national et international. Si les élus ont voté pour par défaut d’attention, c’est leur problème.” Le département confirme par écrit cette position en développant les mêmes arguments.

Aider “les ménages les plus fragiles” quand même

Le département précise bien qu’il s’agit là d’une révision de sa participation, “en vue de favoriser la recherche de meilleurs équilibres budgétaires pour [la] collectivité”. La commission permanente a donc fait le choix de “prioriser les interventions entrant dans le champ des compétences obligatoires du département”. Pour justifier cette coupe drastique, l’institution cite la pandémie, la guerre en Ukraine, la sécheresse, les incendies et l’inflation.

Mieux, le département met en avant sa volonté d’aider les “ménages les plus fragiles”“impératif de politique publique qui impacte toutefois certaines actions à caractère facultatif”. Le nouveau montant de la participation aux projets du NPNRU est ainsi fixée à 53 millions, soit la somme que l’institution a dépensé pour le premier programme national. Si on y ajoute les 17 millions confirmés pour les copropriétés dégradées, cela fixe une enveloppe globale de 70 millions d’euros, très loin des 132 millions de l’enveloppe financière “estimée” en 2021. “Nous ne sommes que des co-financeurs, affirme Nora Preziosi. C’est d’abord l’affaire de la métropole, de la Ville et de l’État.” Présidente du département, Martine Vassal a décidé de moins aider les projets marseillais de Martine Vassal, président de la métropole, avec l’assentiment des élus de la majorité municipale.

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Commentaires

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  1. Dark Vador Dark Vador

    J’allai m’exclamer : “les bras m’en tombent”… Je me suis ravisé, il y a belle lurette que les responsables (dpt, Métropole, etc etc) qui nous gouvernent sont eux-mêmes des bras cassés… Rions avant d’en pleurer…

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  2. Tarama Tarama

    La perfidie du clan Vassal.

    Il va falloir que le PM continue à muscler son jeu face aux affairistes d’en face.

    (Que ça dérangeait moins de subventionner la police MUNICIPALE marseillaise et d’en faire grand bruit – ce n’était que de l’affichage -).

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    • BRASILIA8 BRASILIA8

      sauf erreur de ma part le PM a voté pour

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    • Tarama Tarama

      Il semblerait qu’ils se soient fait avoir.

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  3. Alceste. Alceste.

    Et tout ces zėlus, pleureurs professionnels vont défiler à la première occasion en hurlant leurs indignations sur le mal logement,la gauche en tête.
    Pôvres types.

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  4. Avicenne Avicenne

    « Si les élus ont voté pour par défaut d’attention : c’est leur problème « 
    « En pff « 
    Délibération interdite à la presse et au public.
    De quoi continuer à être désabusée voir pire !

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  5. Alceste. Alceste.

    A l’insu de leur plein gré sans doute,cher Tarama.

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  6. Forza Forza

    On veut la suite : qu’est-ce que la Ville a négocié en échange ? (en discussion “off”)

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  7. Louise LM Louise LM

    c’est triste de voir que lorsqu’il s’agit d’économies c’est d’abord l’habitat des pauvres qui en fait les frais

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    • PromeneurIndigné PromeneurIndigné

      Il faut bien financer les JO nautiques ….une priorité. Pour une fois les ” décideurs”, qu’ il s’agisse de ceux de Marseille ou de Paris, sont sur la même longueur d’onde. Quantaux citoyens on ne leur a pas demandé leur avis. Du moment qu’ils casquent: tout baigne, c’est le cas de le dire

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  8. Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

    C’est un peu ennuyeux de lire cet article le jour même de la réception de l’avis de taxes foncières, avec sa très belle variation du montant dû à la commune : + 17,8 %. On comprend qu’après des années de gabegie et de sous-investissement, la ville doive engager un rattrapage avec des ressources contraintes par la disparition de la taxe d’habitation. Mais il n’est pas vraiment cohérent d’exonérer simultanément le département d’une partie de l’effort.

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  9. petitvelo petitvelo

    Et le budget de l’accueil obligatoire des mineurs étrangers en profite ?

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