"Le bidonville de Sainte-Marthe appartient à l'histoire de France"

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le 18 Jan 2013
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Qui connaît Kamel Khelif ? Auteur de bandes dessinées, illustrateur et peintre, il explore une veine rare dans les arts visuels qui mêle la langue poétique et l'approche picturale. Si son travail a donné lieu à des louanges remarquées venues des critiques de bandes dessinées, il n'a pas encore rencontré l'audience qu'il mérite. D'abord parce qu'il n'a pas toujours été soutenu par ses éditeurs, ensuite, parce que sa démarche relève d'une exigence artistique peu commune.

Le dernier album de Kamel Khelif, Premier Hiver, est une belle occasion d'inverser cette tendance. Paru aux éditions Grandir, cet album est destiné à la jeunesse même si l'auteur ne croit pas à ces cases où les éditeurs et les libraires enferment les livres à toute force. Premier hiver est un récit intime qui part de sa propre expérience de vie. Il conte en grands dessins, d'une langue pudique l'histoire de son arrivée à Marseille. Né en Algérie, il part un jour avec sa famille rejoindre son père en France, à Marseille. La famille s'installe dans l'immense bidonville de Sainte-Marthe, dans un vallon du 14e arrondissement.

"Dans les archives de la revue municipale, je n'ai pas trouvé une ligne sur ce bidonville, explique l'auteur. Mais je n'ai pas cherché à construire un propos historique. Je suis surtout parti de mes propres souvenirs en mêlant d'ailleurs ceux du bidonville et de la cité de transit où nous avons vécu ensuite. Ce sujet concerne une famille d'origine algérienne mais aussi l'histoire de l'immigration en France. On trouvait ces immenses bidonvilles un peu partout dans le pays : à Marseille comme à Nanterre, Nice ou ailleurs. Cette histoire appartient à l'histoire de France même si c'est sa part la plus obscure"

Kamel Khelif a commencé par écrire un long texte "à une période difficile de [sa] vie" avec l'envie de revenir au point zéro de son histoire et pour "retrouver un endroit, des gens qui n'existent plus". Ce texte devait servir de base à une bande dessinée. Au final, c'est un livre illustré qui en est sorti. "Il raconte mes premiers pas sur cette terre de France, mes premiers pas dans la neige aussi. Je me souviens très bien du silence qui régnait sur l'immense campagne qu'étaient les quartiers Nord à cette époque". Contrairement à l'histoire que l'on plaque sur ces bidonvilles, celui de Sainte-Marthe n'accueillait pas que des Algériens mais des "gens avec des problèmes de logement" qui venaient de tous les quartiers de Marseille et, avant cela, de tous les pays d'Europe.

De cet espace des baraques "de bric et de broc" de tôles et de bois, Kamel Khelif construit un fond de scènes riches de matières mêlées, de coulures de terre et d'eau. Il y projette les figures de son théâtre intime et celle de ce quartier "sans fondation donc sans mémoire" qui fait pourtant partie à part entière de l'histoire de France. Cet ouvrage magnifique met en scène le travail de la mémoire tout autant que les souvenirs qui viennent s'y abriter.

"Premier hiver" est paru aux éditions Grandir en 2012, disponible à la librairie La Touriale, 211, Boulevard de la Libération.

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Commentaires

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  1. Kader Kader

    Article très intéressant et pour continuer l’immersion dans le monde des bidonvilles et des cités de transit, je vous suggère de découvrir ce blog:
    http://www.cite-blanche-gutenberg.com

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  2. marcel marcel

    Souvenirs…..j’ai commencer ma vie dans ce bidon-ville et le plus extraordinaire c’est que j’en ai de bons souvenirs.

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  3. Céline G Céline G

    merci Benoit Gilles ,en fin du journalisme dans cette ville !
    merci Kamel , pourquoi ne pas exposer vos dessins ?
    une voisine de Noailles

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  4. missjwl missjwl

    J’ai connu il y a quelques années, une famille de siciliens qui sont de ces cabanes

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  5. Anonyme Anonyme

    En matiere de Bidonville un des plus important fut celui de Colgate dans le 9eme Arrt de Marseille.
    Le camp de l’Arenas a la Cayolle egalement 13009.
    En esperant que Kamel fera des emules pour nous faire revisiter ces annees d’exclusion.

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  6. JL41 JL41

    Parfois on se demande si l’histoire est bien de consigner quelque chose, d’en consacrer une trace, tant certains éléments peuvent en disparaître complètement. Il est étonnant que rien n’ait été trouvé sur l’histoire de ce bidonville dans la revue municipale. Pour être plus contemporain, y trouve-t-on quelque chose sur l’errance des Roms dans notre ville ? Dans les faits divers du quotidien La Provence, sans doute, mais combien d’essais de compréhension d’une société hétérogène à nos critères ?
    Sur un autre registre, c’est l’archéologie qui nous a permis de redécouvrir l’importance du rôle joué par les Juifs au Moyen-âge, ce qui au fil du temps avait été gommé de nos livres d’histoire. A Glatigny en Moselle, un Juif accusé à tort d’avoir subtilisé et tué un enfant qui avait accompagné sa mère au lavoir, vient seulement d’être réhabilité. On l’avait mis au bucher en 1670. Puis on s’est rendu compte que les principaux accusateurs avaient des dettes envers lui. Louis XIV qui avait lu les actes du procès quelques années plus tard, l’avait déclaré innocent et réhabilité. La vindicte populaire a mis plus longtemps à retomber.
    Le recul est très rare dans les analyses, comme celui de Hannah Arendt à son époque, à l’occasion du procès Eichmann. Point de vue modéré ensuite par l’enquête de Claude Lanzmann (Le dernier des injustes), il faut le dire aussi.
    Il faut parfois sortir des sujets à la mode, qu’il s’agisse d’écologie ou de culture, merci Marsactu.
    D’autres images et d’autres textes clairs à propos de Kamel Khélif : http://imagesentete.blogspot.fr/2012/04/rencontre-avec-kamel-khelif.html

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  7. djam djam

    un des plus grand bidonville de marseille des annees 70 fus celui de la cayolle colgate arenas reunis

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