L’arrivée du boulevard urbain Sud aux portes du lycée Jean-Perrin irrite les enseignants

Actualité
Thibault Barle
8 Juin 2018 11

Les travaux du boulevard urbain Sud ont démarré près du lycée Jean-Perrin (10e). Le personnel s'inquiète d'une future dégradation de la qualité de l'air et une pollution sonore avec ce nouvel axe routier.

Les enseignants du lycée Jean Perrin se dressent contre le passage du Boulevard urbain sud à deux pas de l'établissement.

Les enseignants du lycée Jean Perrin se dressent contre le passage du Boulevard urbain sud à deux pas de l'établissement.

“On va avoir la tête comme ça, comme une pastèque !”, lance Anaïs, les bras en l’air, à trois de ses camarades devant l’entrée du lycée Jean-Perrin (10e). C’est sa façon de décrire l’impact que pourrait avoir le boulevard urbain Sud (BUS) sur leurs futures journées de cours. Cette voie, prolongement de la L2 jusqu’à la Pointe-rouge, passera à quelques mètres de l’établissement. Le tracé prévoit que la partie couverte de l’artère, en provenance de l’A50, débouche face au lycée, empiétant au passage sur son parking.

Le tracé du BUS. Cliquez sur l’image pour afficher en plein écran. Source : Ville de Marseille.

Mardi, banderoles en arrière-plan, les professeurs se sont réunis devant le lycée pour interpeller leurs élèves sur ce projet. Ils étaient une trentaine d’enseignants, encartés CGT, SNES-FSU, FO ou non-syndiqués, à s’alarmer de l’arrivée prochaine du BUS sous les fenêtres de leurs salles de classe. Une contestation qui arrive tardivement lorsqu’on sait que le BUS est prévu depuis des décennies et que l’enquête publique dans le quartier date de 2015.

Cette année-là d’autres voix se lèvent néanmoins contre le projet. Un collectif d’habitants et de défenseurs de l’environnement se crée avec dans son viseur le tracé du boulevard. Il se donne pour mission de protéger des sites que le BUS viendrait dégrader, les jardins familiaux de Mazargues, le jardin public de la Mathilde ou encore les pins du Roy d’Espagne (lire notre article).

Si les enseignants ne se sont mobilisés qu’à l’arrivée des premiers engins, ils s’étonnent que le proviseur qui a participé à l’enquête publique ne les ait pas alertés. “J’ai pourtant transmis une copie de mon courrier adressé à la métropole aux représentants des enseignants au conseil d’administration. Ils ne pouvaient pas l’ignorer”, se défend Philippe Vincent.

Des nuisances sonores et une dégradation de la qualité de l’air

Aujourd’hui plusieurs points provoquent la révolte du corps enseignant. D’abord, le bruit que pourrait occasionner cette six-voies (deux voies classiques et une voie de bus dans chaque sens de circulation). Ensuite les émissions de polluants, en particulier de particules fines, et leurs effets néfastes sur la santé. “Nous serons à la sortie d’un tunnel, explique un professeur, tous les gaz d’échappement se déverseront sur le lycée.”

Pour rappel, une étude de 2012 de l’association Air PACA, une association de surveillance de la qualité de l’air, sur la future L2 s’intéressait entre autre à cet effet “sortie de tunnel”. Ces recherches mettaient en évidence que la concentration des polluants dans l’air pouvait être jusqu’à 2,5 fois supérieure à la norme européenne à ces endroits-là.

Une situation aberrante pour Patrick Moreno, enseignant et responsable Force ouvrière : “Pourquoi faire déboucher ce tunnel à seulement quelques mètres d’un lycée qui accueille plus de 2300 élèves et environ 400 membres du personnels ? Nous demandons le recouvrement de la voie sur la portion qui passe devant l’établissement !”

Des questions, pas de réponse

Le 5 avril dernier à la demande des professeurs s’est tenue une réunion en présence du député Les Républicains Guy Teissier, de son successeur à la mairie des 9e et 10e arrondissements Lionel Royer-Perreaut, du proviseur du lycée, de responsables de la métropole, des représentants des personnels et des élèves. La rencontre, qui aurait dû permettre de répondre aux préoccupations, n’a pas rempli son rôle selon les enseignants. “Nous n’avons pas eu de réponse. Les responsables de la métropole semblaient découvrir la situation” raconte Patrick Moreno dépité. Une prochaine réunion est prévue pour la rentrée prochaine pour éclairer certaines interrogations.

A la région, propriétaire des locaux, la situation préoccupe et on déplore le manque de coopération entre collectivités. “La construction d’une telle infrastructure routière doit absolument prendre en considération les effets en terme de pollution atmosphérique et de nuisances sonores, particulièrement lorsqu’il s’agit de lieux d’enseignement qui accueillent des enfants, adolescents et jeunes adultes. La région et l’équipe éducative n’ont jamais été saisies par le maître d’ouvrage de cette opération ce que nous regrettons fortement.” garantit le service communication, qui promet que la région mènera les travaux nécessaires en terme d’acoustique.

Si le proviseur refuse de se lancer dans la protestation il attend lui aussi des réponses. “Je ne suis pas en désaccord avec les professeurs, souligne Philippe Vincent, je ne mets pas en cause le flux de véhicules ou les émissions de CO2. Mais je n’avais pas vocation à m’opposer à un projet d’utilité publique porté par les collectivités qui a pour but de désenclaver les quartiers Sud. Mais il reste des points à éclaircir. Lors de la réunion nous n’avons eu aucune estimation précise du nombre de véhicules qui emprunteront le boulevard chaque jour.

La métropole : les nuisances “prises en compte dans les études”

Après cette rencontre infructueuse les professeurs se sont tournés vers l’inspecteur santé sécurité du rectorat pour essayer de trouver un soutien. Contacté par téléphone, celui-ci n’a pas souhaité répondre à nos questions, pas plus que sa hiérarchie. Cependant, il devrait, selon Patrick Moreno, rencontrer les enseignants d’ici peu.

Sans pour autant avancer de chiffre prévisionnel sur les nuisances sonores ou la qualité de l’air aux abords du lycée, la métropole, maître d’ouvrage pour ce chantier, tente de se montrer rassurante. “Les contraintes environnementales (ambiance phonique, qualité de l’air, etc.) ont bien été prises en compte dans les études”, écrit dans un courrier électronique le service communication de la métropole. Elle promet néanmoins d’assurer “la mise en œuvre de mesures d’isolation acoustiques complémentaires” comme prévu dans certaines zones attenantes au BUS.

Pas de quoi rassurer les enseignants qui ne comptent pas stopper la contestation. “Vous avez vu cette crèche qui a fermé près de la L2. On ne veut pas qu’il arrive la même chose ici”, lâche un professeur consterné.

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