La zone d’activité fantôme de Saint-Victoret attend des entreprises depuis 12 ans

Enquête
Rémi Baldy
6 Mai 2019 0

Initiée en 2007 et imposée à la communauté urbaine par le maire de Saint-Victoret, la zone d’activités des Empallières est prête à la commercialisation depuis un an et demi. Un projet coûteux pour la métropole, sur lequel les entreprises se font toujours attendre.

Le seul signalement de la ZAC dEmpallières depuis la route est ce panneau publicitaire. Photo : Rémi Baldy

Le seul signalement de la ZAC dEmpallières depuis la route est ce panneau publicitaire. Photo : Rémi Baldy

Il suffit de franchir le panneau municipal « Saint-Victoret » en venant des Pennes-Mirabeau pour que le passé agricole des lieux saute aux yeux. Des serres abandonnées se succèdent le long du boulevard de la Libération laissant apercevoir derrière elles quelques maisons. Alain Notari vit dans l’une d’elles.

Propriétaire d’une dizaine d’hectares, ce référent de la Safer, l’organisme public chargé de gérer le foncier agricole, confirme l’impression visuelle : « Il n’y a plus d’activité agricole ici ». Certains terrains sont désormais occupés par un garage ou une société de transports. Sur les hauteurs, des vieilles cages de foot laissent deviner l’existence d’un ancien terrain désormais recouvert par de l’herbe haute d’un bon mètre. La nature semble reprendre ses droits.

Juste avant de pénétrer dans un quartier résidentiel, une grande affiche installée à la sortie d’un rond-point annonce la mise en vente de « 23 cellules d’activité ». Comprendre des espaces pour les entreprises. Quelques mètres plus loin, un panneau annonce l’entrée de la « ZAC d’Empallières ». Ici, pas de serre abandonnée, mais une belle route goudronnée qui slalome entre les champs, des lampadaires et quelques ponts pour traverser une fosse. Les bureaux ou hangars brillent par leur absence. Le plan affiché indique bien les routes, mais laisse un espace blanc sur la partie habituellement dédiée aux noms des entreprises installées sur place.

Le plan à l’une des entrées de la ZAC d’Empallières. Photo : Rémi Baldy

Une ZAC imposée

Le projet a pourtant été initié en 2007. Étendu sur 28 hectares, il devait créer 1800 emplois. « Ce sont les cheminements administratifs qui l’ont retardée, mais elle est terminée depuis un an et demi », justifie Claude Piccirillo, maire divers droite de Saint-Victoret depuis 1995. C’est lui qui est à l’initiative de cette zone d’activités. L’édile raconte :

À l’époque, la communauté urbaine [Marseille Provence Métropole, ndlr] ne voulait pas d’une ZAC à Saint-Victoret parce qu’il y en a déjà beaucoup à proximité, j’ai donc acheté les terrains au fur et à mesure pour que MPM soit devant le fait accompli. Une fois que nous avions récupéré tous les espaces, Jean-Claude Gaudin, alors à la tête de MPM, s’est montré favorable à la ZAC puis son successeur Eugène Caselli a donné le feu vert.

Une version que confirme l’ancien président socialiste de MPM. « La ZAC venait compléter celle des Florides à Marignane, explique-t-il. Ensuite je suis parti et je n’ai plus vraiment suivi ce dossier ». Les différents panneaux de signalisation sur la route alertent sur la présence d’autres ZAC aux alentours comme celle des Pallières aux Pennes-Mirabeau ou Vitropole à Vitrolles. Toutes sont indiquées… sauf celle d’Empallières.

Claude Piccirillo dit avoir « forcé la main » de la communauté urbaine dans l’intérêt de Saint-Victoret. « Pour qu’une ville s’en sorte, il faut du commerce, de l’artisanat et de l’économie, cela permet de faire baisser le montant des impôts pour les habitants avec les entreprises qui prennent le relais », avance-t-il.

Un lieu idéal pour… les promeneurs

« Cela nous permet aussi de bloquer la ZAC sauvage qui s’installe », ajoute Claude Piccirillo. Le maire a en ligne de mire les sociétés qui louent des terrains pour stocker des camions par exemple. Il aimerait les remplacer par des grandes enseignes. « Je veux en faire une vitrine de la commune, j’ai installé des lampadaires et des lauriers roses pour que cela soit joli », s’enthousiasme l’élu qui parle « de la plus belle ZAC de France ». Qui verra de l’activité économique ? « Les travaux vont commencer d’ici deux mois, j’ai beaucoup de demandes d’entreprises, assure le maire. Je veux de la qualité avec des entreprises non-polluantes que ce soit au niveau de l’odeur, de bruit ou pour la vue ». Les lieux présentent de nombreux avantages comme la proximité avec l’aéroport, l’autoroute, la gare TGV et une autre TER.

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Tout pour plaire sur le papier. Sauf qu’en 12 ans, aucune entreprise n’est encore venue. Et le flou demeure. Elmos, une société foncière spécialisée dans les bâtiments d’activité, a voulu construire sur la ZAC d’Empallières. Avant de rebrousser chemin à cause de critères « qui ne laissent qu’un choix très limité d’entreprises pour s’implanter et ne correspond pas au tissu économique local ». Annoncée de longue date, la venue de la Team Henri-Fabre, un projet phare du territoire qui réunit des industriels de l’aéronautique pour mutualiser leurs compétences, n’est plus d’actualité, glisse Claude Piccirillo. Sur cette question, le groupement d’entreprises renvoie lui vers la métropole qui a refusé de nous répondre. Le plan de la métropole montre lui une large place dédié au « tertiaire », soit l’activité de bureau.

La délimitation de la ZAC d’Empallières. Photo : AMP

Si futurs arrivants il y a, ils devront se partager un terrain plus petit que prévu. Les dernières fiches de présentation de la ZAC éditées par la métropole évoquent un espace de 18 hectares et non plus 28. La faute à une partie du terrain concernée par un risque d’inondation. Les restrictions se sont renforcées et empêchent l’installation de locaux. « Les lois sont faites pour être défaites, je suis persuadé que ce sera modifié », lâche Claude Piccirillo qui souhaite tout de même garder des espaces verts. La planche du projet PLUI, feuille de route de l’urbanisme intercommunal (lire notre article), montre qu’une partie de la ZAC, celle rayée en bleu, est classée en risque d’inondation. Il s’agit ainsi de se préparer à une éventuelle crue de la Cadière qui longe le terrain.

Faute d’activité économique, Claude Piccirillo se félicite pour l’instant de voir « des promeneurs » flâner sur ces trottoirs tout neufs. Pas inquiet, le maire rappelle que la métropole ne peut pas laisser pourrir la situation « car il lui faut un retour sur investissement »

Des promeneuses flânent dans la ZAC d’Empallières. Photo : Rémi Baldy

La métropole rachète un terrain dix fois plus cher

Car ce sentier pédestre a un coût. En 2018, l’entretien représente une enveloppe de près de 80 000 euros pour la métropole. Cette dernière a délégué l’entretien des espaces verts de la zone d’activité à la commune et lui rembourse les sommes engagées. La métropole a également dû acquérir les terrains. Et la commune s’en tire plutôt bien. 

En 2001, la Ville a acheté 2 hectares pour 780 000 francs, soit près de 119 000 euros. En 2017, la métropole le rachète pour précisément 1 173 720 euros. Presque dix fois plus et un bénéfice de plus d’un peu plus d’un million d’euros pour les caisses de Saint-Victoret. « Une spoliation des propriétaires des terres pour une ZAC belle, mais vide », dénonce Alain Notari, le référent de la Safer. Pour Claude Piccirillo, la plus-value « est normale, c’est le prix de France Domaine [l’ex-nom de la direction de l’immobilier de l’Etat qui fixe les prix des biens vendus par les personnes publiques, ndlr]. Beaucoup d’endroits ont pris de la valeur, avant la ZAC, ces terrains ne valaient rien », s’exclame l’édile.

Mais Alain Notari n’en démord pas et s’inquiète de voir le scénario se répéter avec les ambitions du maire de créer des jardins partagés à l’est de la ZAC le long du boulevard de la Libération. Il aimerait qu’une partie des terrains, dont ceux qu’il possède, passent en zone constructible. Histoire d’augmenter leur valeur, d’autant que cette partie de Saint-Victoret ne se situe pas dans les couloirs aériens de l’aéroport tout proche. Il prévoit un recours si le prochain PLUI ne prend pas en compte son avis. « Il n’y a pas de raison que ce soit la mairie plutôt que les propriétaires qui réalise la plus-value », assume-t-il. À défaut d’activité économique, la ZAC d’Empallières offre débats… et promenade.

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