La nouvelle école Ruffi ne fera pas le tri entre enfants du quartier et nouveaux arrivants

Actualité
le 20 Mar 2021
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Après 17 ans de classes dans des préfabriqués, les élèves de l'école Ruffi, situé en plein périmètre de l'opération Euroméditerranée, vont pouvoir déménager. La nouvelle école construite au bout de la rue et dans laquelle il fallait "garder la place aux nouveaux habitants", va finalement les accueillir.

L'école Ruffi, construite en préfabriqués en 2002. Photo : VA

L'école Ruffi, construite en préfabriqués en 2002. Photo : VA

“Tous les jours, on passe devant. Je lui dis « regarde comme elle est belle­ ». Alors forcément, oui, elle est contente”. Depuis plusieurs mois, Chanez Fassi et sa fille passent devant l’école flambant neuve Antoine-de-Ruffi, pour se rendre, quelques mètres plus loin, à l’école Ruffi, construite en préfabriqués. Ce mercredi, après le conseil d’école, cette mère d’élève a appris la bonne nouvelle : à la rentrée prochaine, tous les élèves de l’ancienne école seront transférés dans la nouvelle. “Une bonne nouvelle, après un long combat…”, rappelle Chanez Fassi.

Voilà des années que des parents d’élèves de l’école Ruffi, provisoire depuis des lustres, crient à l’injustice. D’abord, pour alerter sur l’état de cet établissement dont les locaux datent de 2002 : température insupportable en hiver comme en été, infiltration d’eau, nids de poule dans la cour… “Une honte pour une école française”, dénoncent les parents. Mais aussi, plus récemment, lorsqu’ils ont vu sortir de terre l’école Antoine-de-Ruffi, quasiment sur le trottoir d’en face et “en dur“, celle-là. “Au départ, elle devait être pour les élèves de Ruffi”, se souvient Chanez Fassi. Pour preuve, la directrice de l’école avait même été invitée à la pose de la première pierre.

Nouvelle modification de la carte scolaire

Mais l’année dernière, à la veille de la livraison du chantier, la municipalité Gaudin a décidé de modifier la carte scolaire, et de ce fait, d’exclure certains enfants de Ruffi du périmètre de la nouvelle école. “Il faut garder de la place pour les nouveaux habitants”, avait alors justifié sans fard Danièle Casanova, adjointe au maire (LR) chargée des écoles à l’époque. Une phrase qui avait forcément suscité la polémique dans ce quartier populaire, dont les habitants voient les programmes immobiliers d’Euroméditerranée sortir de terre comme des champignons.

C’était en novembre 2019, en plein démarrage de la campagne municipale. Tandis que certains parents d’élèves pointaient du doigt une volonté de ségrégation de la part de la municipalité, plusieurs candidats aux élections municipales prenaient position. La future tête de liste du Printemps marseillais dans ce secteur, Benoît Payan, en fait partie. L’actuel maire de Marseille, alors chef du groupe d’opposition demande alors à l’équipe de Jean-Claude Gaudin de renoncer à son projet. Désormais aux manettes, c’est ce qu’il s’apprête à faire. “Tous les enfants de l’ancienne école iront dans la nouvelle, assure aujourd’hui à Marsactu le service de presse municipal. Les parents ont été avertis et la carte scolaire va être modifiée en conséquence.” Une information confirmée par le rectorat. “Cela a été voté et acté en janvier dernier”, précise également son service de communication.

“Un couloir pour mettre les manteaux”

À la sortie de l’école Ruffi, celle en préfabriqués, tous les parents ne semblent pas encore au courant. “Ça a été annoncé au conseil d’école, donc aux parents délégués. C’était une surprise, un moment de joie, mais on attend encore l’annonce officielle”, glisse-t-on devant le portail. Mais déjà, le bruit commence à se répandre. Et si certains enfants se disent “heureux” dans leur vieille école, personne n’est réticent à l’idée de changer de locaux. “Avoir les deux, c’est possible ?”, tente tout de même un petit, nostalgique.

Pour les parents plus réalistes, c’est tout bénéf. “Les deux écoles sont à côté de chez moi, donc c’est très bien”, se projette déjà une maman pressée. Idem du côté de l’équipe pédagogique. “Ils vont avoir un couloir pour mettre leurs manteaux ! Ils ne les mettront plus dehors dans le froid ! C’est peut-être un détail, mais c’est beaucoup !”, s’enthousiasme une enseignante grelotante en cette matinée plus que fraîche.

Et l’équipe pédagogique ?

Après des années d’attente, certains parents restent cependant perplexes. Ils attendent que le transfert soit effectif pour se réjouir. La nouvelle carte scolaire, qui permettra d’intégrer les élèves d’une école à l’autre n’a pas encore été votée. Elle est toujours en cours d’élaboration et devra être présentée lors d’un conseil municipal à venir, avant septembre, donc. Sur le parvis de l’école, quelques questions restent en suspend : les élèves qui ont déménagé entre temps pourront-ils bénéficier de cette nouvelle affectation ? Et surtout, l’équipe pédagogique va-t-elle suivre les enfants ? “C’est une école qui fonctionne bien, le quartier n’est pas facile mais il a un lien important entre les parents et l’équipe. Et puis, la directrice s’est battue pour la nouvelle école, cela fait 17 ans qu’elle est là…”, argumente l’enseignante citée plus haut. Contactée, la mairie n’a pas répondu sur ce point.

Enfin, qu’en est-il de l’argumentaire, développé par l’ancienne majorité, selon lequel il est impossible de fermer l’ancienne école Ruffi, à cause de la démographie de ce quartier en expansion ? “Il faut leur demander”, répond-on seulement à la Ville de Marseille. Pas plus de réponse du côté du rectorat. En tout cas, l’année prochaine ne devrait pas poser trop de problème. “L’école Antoine-de-Ruffi n’est même pas remplie au quart. Il doit y avoir une quarantaine d’enfants. En CE1 ils sont dix et en CP, cinq !”, détaille Sandrine Desmaries, une maman dont la fille fait partie des rares élèves à avoir déjà basculé dans la nouvelle école.

Construite pour accueillir une vingtaine de classes, l’école Antoine-de-Ruffi n’en a que cinq d’ouvertes actuellement. “Et presque pas d’enfants de nouveaux habitants”, remarque la maman d’élève. L’ancienne école compte, elle, 17 classes. Antoine-de-Ruffi devrait pouvoir absorber ces inscriptions sur l’année scolaire 2021/2022. Mais l’année scolaire 2022-2023 pourrait devenir problématique du fait d’une saturation bien réelle des écoles du secteur, sans parler des programmes immobiliers qui continuent de sortir de terre.

Pour le moment, à l’école Ruffi, on savoure la bonne nouvelle. “S’il n’y avait pas eu toutes ces restrictions sanitaires, on aurait fait une grosse fête”, lance-t-on devant le portail. “Ils auront fini par tenir leur promesse, conclut Chanez Fassi, qui a bien senti que les élections municipales ont fait bouger les choses. En espérant qu’ils ne changent plus d’avis.” Pour Ruffi, comme pour toutes les écoles de Marseille à l’état indigne.

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Commentaires

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  1. Brallaisse Brallaisse

    Une décision juste, dans tous les sens du terme.

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  2. BRASILIA8 BRASILIA8

    les nouveaux habitants ? sans doute ceux qui ensuite mettrons leurs enfants dans le collège/lycée international c’est à dire les cadres ++++que la municipalité Gaudin pensait attirer dans les entreprises installées sur Euromed les mêmes cadres qui devaient fréquenter les boutiques de luxe de la rue de la République où ils croiseraient leurs concitoyens venus en croisières et pour lesquels on a planté des palmiers en lieu et place des platanes

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  3. Pascal L Pascal L

    La cité scolaire internationale comportera aussi une école, me semble-t-il. En tout cas le statut de ce genre d’établissement (EPLEI) le prévoit. C’est peut-être donc là que la ségrégation sociale sera à l’œuvre. A voir.

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  4. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    Rien que pour ça, je ne regrette pas mon vote. Justice est faite.

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  5. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    @Violette Arnaud. Danièle Casanova “sans fard”. On ne sait pas trop si c’est de la figue ou du raisin, ça !?

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  6. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Une école “provisoire” en préfabriqués depuis 17 ans… 17 ans, c’est presque 3 mandats municipaux. Sans doute Gaudin et son gang n’ont-ils “pas eu le temps” de s’en occuper. C’est dire la considération qu’ils portaient aux habitants et aux minots du quartier.

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    • corsaire vert corsaire vert

      En plus d’être une école c’est aussi mon bureau de vote et depuis des années je visite périodiquement ces locaux de misère indignes de l’école républicaine , dans laquelle on enseigne aux enfants du quartier: ceux qui ont les moyens vont dans le privé bien plus chic !
      Cette discrimination dans les investissements est identique aux choix opérés entre les cliniques et l’hôpital public .
      Si j’ai bien compris votre article , l’école neuve aurait été réservée aux gosses de riches pour les attirer ,et les places vacantes a quelques locaux sélectionnés !! on ne mélange pas les torchons et les serviettes …
      Quartier bien mal aimé par les précédentes municipalités , en effet , la tendance électorale ne leur étant pas très favorable il n’avait que ce qu’il méritait !!!!
      Moi non plus je ne regrette pas mon bulletin de vote ….ne serait- ce que pour cette raison….

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  7. Tarama Tarama

    Les municipalités ont des pouvoirs limités aujourd’hui, et Marseille n’est pas transfigurée depuis un an, mais merci à la nouvelle équipe d’avoir mis fin à une des ignominies du clan Gaudin.

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