La Marseillaise passe la barre au tribunal de commerce

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Julien Vinzent_
17 Mai 2018 3

Le quotidien devrait sortir du redressement judiciaire, après une ultime audience au tribunal de commerce. Allégé de près de la moitié de sa dette, il bénéficie également d'apports financiers de nouveaux actionnaires, le groupe Médias et publicités et le promoteur Quartus, associé à Nice-Matin. Dans l'opération, ils détiennent désormais la majorité des actions du journal.

Véronique Meynier lit la déclaration des syndicats Filpac-CGT et CGT des personnels sur les marches du tribunal de commerce.

Véronique Meynier lit la déclaration des syndicats Filpac-CGT et CGT des personnels sur les marches du tribunal de commerce.

« La Marseillaise vivra ! » Scandé depuis des mois sur les marches du tribunal de commerce, ce cri devrait être exaucé. Après 18 mois de redressement judiciaire, le quotidien passait ce mercredi l’épreuve de la dernière audience, décisive pour son avenir. La CGT a dépêché son camion-sono qui fait résonner les slogans jusqu’à l’intérieur du tribunal, obligeant même un avocat à venir demander de couper le son le temps de la présentation de la directrice générale Audrey Garino. « Nous avons pu exposer nos arguments, tous les sacrifices qui ont été fait par les salariés pour porter la continuité de ce titre. Ces arguments ont été entendus par le tribunal », s’est félicité cette dernière, à la sortie de l’audience.

Si le délibéré est attendu le 6 juin, l’avis favorable des administrateurs judiciaires, des représentants des créanciers et du procureur laisse présager une issue positive. Autant de feux verts qui n’étaient pas garantis, au vu des nombreux doutes émis lors d’une précédente audience, le 31 janvier. « Certes ça a été compliqué, on a mis du temps, reconnaît Alain Hayot, le président de la société éditrice, les Éditions des fédérés. Mais personne ne pouvait imaginer que de changer de projet éditorial, de modèle économique, de culture, avec les PSE [plan de sauvegarde de l’emploi, ndlr] successifs qui nous ont été imposés, tout cela allait être réglé en deux coups de cuillère à pot. À la fin, tout le monde et même le procureur ont dit que les critères pour sortir du redressement étaient là. »

Une dette réduite de moitié

Après avoir mené en avril un plan social qui a amputé plus de la moitié des effectifs (lire notre article), la direction a dû boucler un plan de remboursement des dettes, qui constitue l’un de ces critères. Autrement dit, elle a négocié avec ses 88 créanciers pour étaler ses ardoises, dont le total avoisinait les 7 millions d’euros. « Nous avons diminuée la dette presque de moitié avec des abandons de créances. Seulement deux ont refusé toutes nos propositions », rapporte Alain Hayot. Ce sont des organismes publics qui ont donné le la. La Banque publique d’investissement a accepté de réduire ses prétentions de 50 %, tandis que l’URSSAF acceptait un « étalement exceptionnel » des cotisations.

Cela laisse tout de même plusieurs centaines de milliers d’euros par an à rembourser. Le tout dans un contexte de déficit d’exploitation important, alimenté par une baisse des recettes publicitaires de 20 % en 2017. Pour redresser la barre, le plan présenté par la direction repose notamment sur le recentrage du quotidien sur les Bouches-du-Rhône et la création d’hebdomadaires dans le Gard et l’Hérault. « On ne voit pas comment concrètement ils peuvent s’en sortir. Le projet repose beaucoup sur de l’auto-conviction », assène Jean-Marie Dinh, délégué SNJ-CGT, même s’il se réjouit de la poursuite de l’activité. Marginalisé en interne après avoir défendu l’idée d’une reprise en coopérative, il « va continuer de travailler sur ce projet » de média en ligne, cette fois-ci hors de la Marseillaise, qu’il quitte avec le plan social.

« La sortie du redressement judiciaire ne signifie pas l’arrêt immédiat de nos difficultés », relève Véronique Meynier, pour les syndicats Filpac-CGT et CGT des personnels. Lue sur les marches du tribunal, la déclaration liste les enjeux à venir : « diffusion, publicité, rédaction, conditions de travail, salaires »… Pour donner des chances à cette refonte, deux nouveaux actionnaires des Fédérés ont largement mis au pot. Le groupe Médias & publicité, qui avait déjà injecté 300 000 euros lors de son arrivée en novembre dernier, remet un million d’euros sur la table. Quant à Quartus, promoteur immobilier associé au journal Nice-Matin, il apporte 300 000 euros. Une somme complétée par 100 000 euros de souscriptions via l’association Les amis de la Marseillaise.

Changement de propriétaires

Avec cette augmentation de capital, La Marseillaise va, de fait, changer de mains. Les cinq personnalités proche du PCF, dont le député Pierre Dharréville, qui possédaient à l’origine 70 % des parts, se retrouvent noyés à moins de 10 %. « On va avoir un actionnariat qui se répartira entre Les amis de la Marseillaise, le groupe Médias et publicité et le partenariat Quartus / Nice-Matin », confirme Alain Hayot, lui-même cadre national du parti communiste et ancien élu régional.

Plus précisément, ces deux derniers actionnaires vont devenir majoritaires. « Quartus n’a pas l’intention de faire une opération immobilière, il est dans une logique patrimoniale et veut installer son siège ici », rassure le président des Fédérés. Quant à Nice-Matin, on est en train de travailler sur un protocole qui garantit les choix éditoriaux de chacun, mais on va travailler en commun sur le site web, l’événementiel, etc. » Selon nos informations, le président du tribunal devraut toutefois interdire à La Marseillaise de céder les marques qu’elle possède, notamment du lucratif Mondial à pétanque, afin de garantir que La Marseillaise conserve ce qui constitue son patrimoine.

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