La marque, le moustique moqueur et l’éléphant métropolitain

Info Marsactu
le 14 Oct 2019
15

Voyant que la métropole n'avait pas réservé de site pour sa nouvelle marque de promotion territoriale, un internaute l'a déposé lui-même pour s'en moquer. Mal lui en a pris. La métropole le traduit désormais en justice pour récupérer l'adresse.

La marque "One Provence" a été lancée en juillet par la métropole.

La marque "One Provence" a été lancée en juillet par la métropole.

C’est un petit moustique venu déconcentrer la métropole du son strident de la moquerie. C’est un grand éléphant métropolitain prêt à l’écraser avec l’aide de la main de justice.

Le moustique s’appelle Jacques-Antoine Mathiou. En juillet dernier, comme l’a signalé le Ravi, ce chef de projet s’est livré à une plaisanterie bien connue des spécialistes des réseaux. La nouvelle marque One Provence, promue par les acteurs politiques et économiques, devait porter haut les couleurs du territoire mais n’avait pas encore de site internet. Elle n’avait pas réservé l’adresse. L’occasion était trop belle pour le moustique de piquer au vif la grande institution : quelques euros et il devenait propriétaire de l’étendard d’une métropole à faire rêver le monde.

« Lancer une marque à l’arrache »

Au début de la décennie, la Ville de Marseille s’y était déjà fait prendre. Un collectif de joyeux agitateurs culturels lui avait chipé Marseille2013.org alors même qu’elle obtenait l’organisation de la capitale européenne de la culture cette année-là. Elle ne l’avait d’ailleurs jamais récupéré mais les organisateurs de l’événement avaient fini par regarder avec bienveillance ceux qui allaient devenir les promoteurs d’un « off » gentiment taquin.

Cette fois, pas de marque alternative. Mais pour habiller sa « blague potache », Jacques-Antoine Mathiou a collé à cette adresse un blog satirique. « Bel exemple d’un travail a moitié fait ! Ou comment lancer une marque à l’arrache. Dire que je voulais seulement en savoir un plus sur #OneProvence quand je me suis aperçu de l’énormité de la situation. Et c’est eux qui gèrent l’image de la ville », annonce l’article mis en avant. Le reste est une sélection de réflexions et tweets peu amènes pour les pouvoirs locaux.

D’emblée, l’initiative a démangé. Sur les réseaux sociaux d’abord, le ton est monté entre un porte-parole de l’institution et le plaisantin, qui ne se cache pas. Mais très vite, l’éléphant a choisi d’écraser l’agaçant insecte. Courrier d’avocat et assignation en justice pour récupérer ce qu’elle considère comme son bien.

« La liberté d’expression a dégénéré en abus »

Le 4 novembre prochain, elle l’invite à comparaître devant le tribunal de grande instance de Paris. Elle y plaidera « la mauvaise foi » du plaisantin qui a réservé le nom de domaine le lendemain de la conférence de presse annonçant la nouvelle marque. « La liberté d’expression a dégénéré en abus », ajoute le sourcilleux avocat de l’institution dans son assignation. Et comme Jacques-Antoine Mathiou a notamment cru bon de traiter d’« abruti » ceux qui n’ont pas déposé en temps et en heure leurs marque et nom de domaine, le conseil ajoute pour convoquer en urgence les juges : « De tels propos causent également et nécessairement un trouble manifestement illicite à l’ordre public français. »

« Je ne m’attendais pas à ce que ça prenne ces proportions », souffle Jacques-Antoine Mathiou. Celui qui se dit de tendance « En marche de gauche » mais n’est pas engagé autrement que sur les réseaux sociaux a à ses côtés une figure émergente de la vie politique locale. Gérard Blanc, avocat qui l’a conseillé, est aussi le coordinateur marseillais de La République en marche. Il a lui-même réservé Oneprovence.fr et quelques autres adresses complémentaires de OneProvence.com. De quoi donner une tournure plus politique à l’affaire, ce qui n’a d’ailleurs pas échappé à la métropole qui voit là la piste d’une cabale.

Gérard Blanc déclare lui avoir voulu « protéger la métropole et la marque territoriale qui est une bonne idée » d’éventuelles malveillances. Mais il enchaîne rapidement sur des propos plus politiques : « Comme d’habitude, cela est fait avec un manque de professionnalisme et on doit en parler ! Quand on fait les choses dans la précipitation, on les fait n’importe comment et après, on essaie de s’en sortir par la force ». Dans les couloirs de la métropole, on glisse que l’annonce du nom « One Provence » a été faite dans la foulée d’un vote entre plusieurs propositions et qu’il était impossible dans ces conditions de déclarer la marque et le site en amont. « Eh bien, il ne fallait pas l’annoncer ! », rétorque Gérard Blanc. À ce moment précis de la conversation, le moustique semble s’être envolé depuis longtemps.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    S’agissant de ceux qui lancent d’abord une « marque territoriale », puis réfléchissent ensuite aux précautions à prendre, on hésite en effet entre les qualificatifs d’amateurs et d’abrutis. Avec, dans les deux cas, un « a » comme « ah que je voudrais être mairesse de Marseille ! »

    L’excuse qui consiste à dire qu’il n’était pas possible de protéger la marque en amont car il fallait voter entre plusieurs propositions ne tient pas plus d’une seconde. Que fait-on en pareil cas ? Eh bien, on fait le nécessaire pour toutes les marques envisagées, au cas où. Car gouverner, c’est prévoir.

    Signaler
  2. Brallaisse Brallaisse

    Pour Information, pour déposer une marque, il faut auprès du site concerné exactement 5 minutes. A ce titre ,nous pourrions récupérer la photographie illustrant l’article afin de la punaiser sur le fameux mur des C….. qui avait fait grand bruit à l’époque.

    Signaler
  3. Minh Derien Minh Derien

    Amateurs marseillais ! Pour les politiques, c’est un pléonasme …

    Signaler
  4. Haçaira Haçaira

    Et « One Provence » qu’est-ce que c’est que ce franglais. Si la Provence ne se démarque que par ce nom, c’est à pleurer

    Signaler
    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Sans doute pour cloner la marque lyonnaise, tout aussi imaginative : « Only Lyon ». Mais au moins celle-ci contient-elle un clin d’oeil au Scrabble…

      Signaler
  5. Mine de plomb Mine de plomb

    Une équipe d’avocat ! ? On attaque !!!

    Signaler
  6. Philippe Lamotte Philippe Lamotte

    Lorsque l’on connait le parcours politique de fille « spirituelle » surprotégée de Mr Gaudin, lorsque l’on entend et lit les rodomontades de Mme Vassal dans les médias et que l’on constate ce culte de la personnalité qu’elle entretient soigneusement dans toutes les publications de la Métropole et du CD, entre autres dans Accents où ses éditoriaux sont des cas d’école de démagogie populiste, l’on conçoit aisément que les équipes dont elle s’est entourée pourraient bien se composer d’abrutis et d’incompétents notoires. A titre d’exemple parmi une foule d’autres, tous ces carriéristes méprisants, dont pas un seul ne maîtrise l’anglais, adoptent un terme franglais, OneProvence, comme slogan de campagne alors que notre région et notre pays souffrent beaucoup de ce charabia. How preposterous and obnoxious they are indeed !

    Signaler
  7. barbapapa barbapapa

    Ouat heu cheilme ! Plus les « communicants » sont incultes, plus ils communiquent en badinglich
    Et après ils se font traiter d’abrutis, de tchoutchous, de Martine, de broutchous, de niaïs, de tchapacans…

    Signaler
  8. Jean Peuplus Jean Peuplus

    Mdr, 2éme carton rouge pour le dir com de la métropole !!!!!

    Signaler
  9. Brallaisse Brallaisse

    Le vrai franglais marseillais correct se trouve dans l’expression suivante  » One Again a Fly » et visiblement à la métropole ils en abusent au propre comme au figuré vu dans l’état où ils sont.

    Signaler
  10. kukulkan kukulkan

    quelle horreur ce slogan anglicisant … Qui ne reprend d’ailleurs même pas Marseille dans le nom.. Que diront Toulon ou Avignon, c’est la Provence aussi..?

    Signaler
    • LN LN

      Toulon et Avignon ne sont pas dans le royaume « Provence » de la Reine Martine…. Elle s’en fout

      Signaler
    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Mme Vassal se prend pour la souveraine de la « Provence » alors qu’elle préside le département des Bouches-du-Rhône. Que dirait-on du président du conseil départemental des Côtes d’Armor si, sans rien demander à ses pairs, il rebaptisait son département « Bretagne » dans sa propagande publicitaire ? On l’inciterait sans doute discrètement à consulter.

      Jean de La Fontaine en avait fait une fable : La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf.

      Signaler
  11. Karo Karo

    Meme punition à la Région
    Provence Alpes Côte d’Azur est bien devenu le SUD dans la bouche de son président de région ce qui interroge sur sa compétence mais surtout de celles de ses communicants en terme de géographie ! Ou commence et fini le Sud.
    Et je passe sur le budget fort conséquent qu’a coûté la campagne de communication !
    La région est devenue une marque et non plus un territoire dans lequel des habitants vivent et travaillent . Nous ne sommes plus que des produits ….

    Signaler
  12. petitvelo petitvelo

    LeVélo, LeMétro, … j’attendais vraiment LaProvence. Je suis surpris … ou alors c’est parce le site laprovence.com était déjà pris ?

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire