La mairie de Marseille zappe Linux pour Windows 7

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le 7 Oct 2010
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Dans le monde du libre, la mairie de Marseille avait créé une petite sensation en décidant en 2008 de basculer tous ses services sous Open Office, l’équivalent open source de Microsoft Office. La chute n’en est que plus dure pour les défenseurs de ces logiciels gratuits dont le code est accessible et modifiable par tout le monde : la deuxième ville de France a choisi d’installer Windows 7 sur ses 6 000 ordinateurs d’ici 2014, au détriment de Linux, un temps envisagé.

Changement d’orientation

Le changement de directeur des systèmes d’information (DSI) y est peut-être pour quelque chose : alors que son prédécesseur avait porté le projet Open Office et lancé la réflexion sur Linux, Jean-Marie Angi, qui l’a remplacé en cours d’année, a commencé par dénoncer un marché public sur ce sujet et commander une deuxième étude sur la question. Alors que la première était « plutôt encourageante », selon Marc Bey, consultant en open source qui a participé aux travaux, la seconde conclut en faveur de Windows.

Dans une note adressée en juillet, qui a fuité sur Internet, on apprend que « la faible part de marché détenue actuellement par Linux [est] considérée comme un risque quant à sa pérennité« . Outre le côté cercle vicieux (Microsoft est archi-dominateur donc prenons Microsoft), il oublie qu’un logiciel libre ne peut par définition pas disparaître tant que quelqu’un s’y intéresse, puisqu’il n’est édité par personne en particulier.

Peur de déboussoler les employés

Le deuxième argument est plus porteur et trouve même écho chez Guillaume Degroisse, responsable communication Linagora, qui accompagne la ville dans sa migration vers Open Office : « ce choix se justifie car la montée en compétence des services aurait été longue et coûteuse. Amener les personnels de la DSI à administrer des postes sous Linux, ce n’est pas du tout évident. Comme il y a déjà eu un changement fort avec Open Office, le DSI n’avait pas envie de replonger les gens là-dedans ». Pour lui, « on se trompe de cible » en « tirant à boulets rouges » sur le nouveau DSI (qui n’a pas répondu à nos multiples sollicitations).

« Le choix était cornélien« , reconnaît Marc Bey, qui se place cependant sur un autre terrain : « Toutes les grandes migrations, comme celle de l’Assemblée nationale, sont aussi le fait d’une volonté politique« , pointe-t-il. Bref, la mairie n’est pas en plein bug, mais l’a joué « bon père de famille« , nous confie un connaisseur du dossier. En même temps, certains cadors du secteur « se tirent une balle dans le pied » en dissertant sur les difficultés du libre au lieu de mettre en avant leurs solutions, déplore Marc Bey. Ce n’est pas le cas de Philip Sion, membre de l’association de promotion du logiciel libre April : « au conseil général, une machine qui tournait sous Linux avec un look Windows n’a été démasquée que très tard« , raconte-t-il, rappelant également qu’un changement de version de Windows doit lui aussi être accompagné. Le dernier argument de l’étude est plus technique et, sans être complètement contesté, fait lui aussi débat.

Mutualisation des efforts

Surtout, les avantages de Linux sont rapidement balayés dans l’étude. L’ »économie sur les licences » n’est pas chiffrée, alors que le passage à Open Office était rentable en 3 ans et permettait de faire 2 millions d’euros d’économie dans les 4 années suivantes. Peut-être le nouveau DSI a-t-il cependant reçu une proposition très alléchante de Microsoft, connu pour savoir casser les prix quand il sent ses logiciels menacés. « Mais il faut se poser la question : quand on vous offre de l’alcool ou des cigarettes dans les soirées étudiantes, c’est pour quoi ?« , note Philip Sion. Réponse : l’ »effet de bord« , qui incite à utiliser les logiciels de Microsoft une fois sa plate-forme installée.

Il a même déniché une combine d’Internet Explorer (IE) : si d’aventure les services de la mairie, qui utilisent désormais Open Office, publient en ligne un formulaire de demande d’aide, les utilisateurs d’IE auront bien du mal à l’ouvrir. Lors du téléchargement, il leur explique en effet qu’il ne sait pas comment traiter le fichier, voire change le format pour un .zip. On imagine l’amicale réaction des administrés à Allo Mairie…

Un autre argument des logiciels libres est la « mutualisation qui permet de n’utiliser l’argent public qu’une seule fois« , poursuit Philip Sion. C’est le principe de l’Adullact, une association qui regroupe des collectivités locales utilisatrice de logiciel libre, dont Marseille. Le conseil général des Bouches-du-Rhône a ainsi développé récemment un outil de gestion pour les collèges, qui pourra par exemple être utilisé et modifié à sa sauce par le CG83, et ainsi de suite. De son côté Marc Bey ajoute que la migration de la Ville de Marseille « a énormément apporté à Open Office notamment pour le portage sous Mac« . Cette fois-ci, les contribuables marseillais apporteront plutôt quelques deniers supplémentaires à Microsoft.

Actualisation : Après avoir contacté l’adjoint au maire Daniel Sperling et tenté d’obtenir les études menées par la ville, l’April et Libertis, une association qui regroupe des professionnels du libre provençaux, ont publié le 19 octobre un appel aux élus marseillais « pour que la gestion de l’informatique de la ville cesse d’être illégale et arbitraire et fasse l’objet de vraies décisions politiques ». Elles précisent en effet qu’« alors qu’il est autorisé de demander l’usage d’une technologie libre dans le cadre d’un marché public, faire le choix d’une marque particulière est strictement interdit par le Code des marchés publics ».

Un lien La réaction de Marc Bey sur son site

Un lien Celle de Philip Sion

Un lien La note de service publiée sur le site Framablog, avec un long débat parmi les internautes

Un lien Un article du Journal du Net où Jean-Marie Angi appuie sur l’opération Open Office (qu’il n’a pas initiée) pour compense
r l’abandon de Linux

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Commentaires

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  1. danie danie

    manifestement, les Mac giclent aussi de la mairie pour un tout Microsoft et donc, ce n’est pas CONTRE Linux mais POUR Windows. Quand aux formulaires de la mairie, il faudrait comprendre que le PDF est parfaitement compris par tout le monde, ne permet pas de modification et s’affiche exactement pareil sur tous les postes contrairement aux sites Web et OpenOffice/Word qui s’appuient sur les polices installées sur le poste. S’il y a des données à saisir, un bon formulaire Web est beaucoup plus efficace

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  2. pollux pollux

    C’est marrant : les 70 000 postes de la gendarmerie sont sous OpenOffice depuis des annees et les retours des responsables semblent etre tres positifs – il faut croire que certains fonctionnaires sont plus intelligents que d’autres…

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  3. psion psion

    J’appelle désormais cette façon de voir le “syndrome du DSI” :

    Choisir des produits de Micro$oft officiellement parce qu’ils sont sérieux, fonctionnels et pérennes, alors qu’en fait c’est simplement parce qu’en choisissant la solution leader du marché, on a moins de chances de se faire virer, même si ça ne fonctionne pas bien et que personne n’est content.
    Et en plus comme c’est pas lui qui paye mais les contribuables Marseillais, il aurait tort de se priver…

    Ce syndrome fait partie des signes distinctifs du “nain Tracassin”, une espèce de parasite étrange qui ne se nourrit que lorsqu’il est invité par ses fournisseurs et que l’on va retrouver obligatoirement dans chaque service informatique au budget trop élevé…
    Voir http://philipsion.wordpress.com/2010/10/06/cherchez-le-nain-tracassin/

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  4. PROXITEL PROXITEL

    A Marseille, Il en va du logiciel libre comme du déploiement des infrastructures optiques et de toute question ou décision qui mobilise de la clairvoyance et un peu d’audace….ce maire a contaminé son environnement et désormais la bonne solution est toujours celle de la moindre énergie…c’est la pente du dépérissement….quelle misère et quels dégats durables pour notre ville!!

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  5. Absence de vision et de compétences Absence de vision et de compétences

    « ce choix se justifie car la montée en compétence des services aurait été longue et coûteuse. Amener les personnels de la DSI à administrer des postes sous Linux, ce n’est pas du tout évident. Comme il y a déjà eu un changement fort avec Open Office, le DSI n’avait pas envie de replonger les gens là-dedans ».

    Quand je lis ça !!!!!!!!!!!!!

    Faut tous les virer à Marseille. Un bon technicien ou ingé informatique doit être poly systèmes.

    Ils sont tous nuls c’est tout, encore des fils à papa qui n’ont pas le niveau pour gérer un service info, c’est lamentable de dire cela.

    Quand aux docs non interopérables openoffice/ ie ? Quand on fait du web on ne fait pas de .odt ni de .doc… on fait du pdf ou des formulaires en ligne, mais pour faire ça il faut essayer de bosser un peu !!!

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  6. prapin prapin

    j’ai essayé linux et je suis revenu à windows…pour moi,c’est pas le top cet OS…mais il sur qu’il faille plusieurs systèmes d’exploitations pour faire plaisir à tout le monde et éviter le monopole…

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  7. marseille342 marseille342

    La mairie de Marseille s’est toujours signalée par son conservatisme et son clientélisme, y compris syndical duquel participent les dinosaures qui dirigent ses services. Qu’ils soient accros à Windows est possible mais, compte tenu des royalties que génèrent l’utilisation de tel ou tel logiciel, il faudrait étudier qui – l’exception des actionnaires Windows- gagne quoi et combien dans ce choix. En tous cas, ni les contribuables, ni les agents utilisateurs.

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  8. toons toons

    Oui c’est dommage ils aurait pu craner en 2013. En disant nous sommes en linux et nous economisons tant de milliers d’euros qui nous permettent de financer tel ou tel programme artistique independant….

    .sic

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  9. Torp Torp

    Il ne faut pas tout mélanger, ce qui rend la migration des applications compliquée, ce n’est pas l’incapacité de linux a ressembler a windows ou a s’adapter, mais une volonté claire de windows d’enfermer ses “clients” dans des logiciels et des formats volontairement non standards.

    Se laisser enfermer dans des OS, des logiciels et des formats privateur quand on est DSI, et donc, censément un connaisseur de l’informatique, c’est tout sauf agir en “bon père de famille”, c’est agir de façon incompétente et/ou malhonnête.

    Après, effectivement, quand on s’est laissé avoir par la vente liée, par manque de temps et par “pragmatisme” à court terme, puis enfermé dans des logiciels et des formats fermés, ça coute cher de les quitter…

    Mais, d’une part, ça n’est pas la faute du libre, et, d’autre part, vous ne paierez cette migration la qu’une seule fois…

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  10. Precis Precis

    On aimerai voir en annexe au document présenté une étude _chiffrée_ des trois hypothèses:
    1) Garder le materiel existant, et faire évoluer le logiciel progressivement
    2) Transition rapide vers Seven
    3) Transition rapide vers Linux
    J’ose espérer (sans trop y croire) que les politiques qui aurons à prendre la responsabilité de la décision aurons ces informations et que certains chercherons à les comprendre.
    A quand une publication du détail de l’étude sur WikiLeaks? Ce serai bien utile…

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  11. Torp Torp

    @Precis: Exact.
    Sauf qu’en plus il faudrait prendre en compte les futurs changements que l’un ou l’autre choix induisent.
    Après windows 7, il y aura 8, 9, … va savoir combien, avec a chaque fois obligation de racheter les suites logicielles correspondantes, incompatibilité matérielle partielle, etc…

    Avec une solution libre, on effectue la conversion une fois, on paie pour perdre ses mauvaises habitudes windowsiennes, et fini, on n epaiera plus jamais…

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