La librairie de Provence condamnée à quitter le cours Mirabeau

Actualité
Clara Martot
4 Jan 2019 18

Lieu emblématique du cours Mirabeau, la librairie de Provence est sous la menace d'une fermeture définitive du fait d'une hausse de loyers demandée par plusieurs de ses cinq propriétaires. Seule la perspective d'un déménagement cristallise les derniers espoirs des salariés et des nombreux clients.

On vient y chercher des livres pour enfants, des ouvrages pour passer le diplôme de la gendarmerie nationale, ou pour apprendre à dessiner des mangas… Quelques minutes à la librairie de Provence suffisent à mesurer l’ampleur de la demande qui se presse sous cette enseigne bleue, encastrée depuis les années 30 entre les terrasses de la Belle Époque et du Negre-Coste sur le cours Mirabeau, à Aix. En cette période de fêtes, les touristes arpentent l’artère, et la librairie connaît une fréquentation exceptionnelle. “Alors, vous allez rester ouvert, finalement ?”, demande une mère de famille et cliente fidèle à l’une des salariées, la voix optimiste. Malgré le soutien récent apporté par la mairie, rien n’est moins sûr.

Début décembre, après des mois de rumeur, la librairie de Provence annonce sa fermeture définitive au 31 mars 2019. Un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) sera dévoilé à la fin janvier pour les vingt salariés et le responsable de l’enseigne, Christophe Lepine. Depuis son bureau à l’étage, l’homme qui dirige la librairie depuis huit ans perçoit “beaucoup d’inquiétude” dans ses rangs. “Et aujourd’hui, à part cette date de fermeture, je n’ai aucune information, je ne sais même pas quel jour nous allons finir. Je me consacre à trouver des réponses à ces questions”, explique-t-il, dépité par ces années noires traversées par le marché du livre “à Aix, Arles, Nîmes, et partout ailleurs”.

En 2015, trois librairies du centre-ville ont déjà fermé : Vents du Sud, Harmonia Mundi et la librairie de l’Université. Cette dernière était propriété du groupe d’édition Eyrolles, tout comme la librairie de Provence depuis 1990. Des fermetures, selon l’Agence régionale du livre Paca, souvent sous la pression de loyers trop importants. La librairie de Provence ne fait pas exception, et Christophe Lepine admet que c’est une augmentation de trop qui est, à court terme, la cause de la mauvaise nouvelle.

“Une hausse de loyer allant presque du simple au double”

Serge Eyrolles, directeur du groupe, assure dans l’édition du 5 décembre de La Provence que pour les 800 mètres carrés de la librairie, le prix du mètre carré par an peut atteindre 1 500 euros selon les loyers pratiqués par les cinq propriétaires. Le directeur approfondit l’explication : “certains d’entre eux ont estimé que nous ne payions pas assez cher. Celui qui possède la partie côté cours Mirabeau nous a récemment demandé une hausse de loyer allant presque du simple au double.”

Selon Christophe Lepine, la librairie a contesté cette décision devant la justice, et un procès devrait avoir lieu. Mais la question du loyer n’explique pas à elle seule la nouvelle fermeture d’une librairie. “La ville a beau dire que les travaux du centre-ville n’impactent pas les commerces, c’est faux. Enfin, il y a un réelle mutation des pratiques françaises, et elle profite aux zones commerciales périurbaines comme Plan-de-Campagne et son magasin Cultura”, estime Christophe Lepine.

Ville recherche local à proximité

Une analyse partagée par la députée LREM Anne-Laurence Petel, qui a envoyé un courrier à la mairie d’Aix pour qu’elle intercède auprès des propriétaires. Elle a également rencontré Franck Riester, le ministre de Culture pour évoquer le sort plus large des enseignes culturelles de centre-ville : “il y a un souci national, et nous souhaitons explorer des pistes pour préserver ces commerces face aux franchises. Et dans une ville comme Aix qui s’enorgueillit d’être une ville de culture, il me paraissait normal que la mairie s’implique.”

Le 19 décembre, Serge Eyrolles a ainsi été reçu par la maire Maryse Joissains. Contactés par Marsactu, les services de la mairie assurent que “madame le Maire souhaite apporter un soutien afin d’empêcher la fermeture de ce lieu emblématique” et que “plusieurs solutions ont été évoquées.” L’option privilégiée à ce jour impliquerait tout de même un déménagement de l’activité : “la Ville pourrait, peut-être, et sous réserve, envisager l’achat d’un local proche du site actuel qu’elle pourrait louer par bail, à la Librairie de Provence”, explique-t-on. “Un rendez-vous pour une visite de local a été fixé avec Serge Eyrolles”, assure Christophe Lepine.

Le cauchemar Starbucks

Que deviendraient alors les locaux actuels ? “Les propriétaires se permettent des loyers de ce montant car ils savent une chose : vous aurez toujours une franchise qui va sauter sur un bail cours Mirabeau”, prophétise Anne-Laurence Petel. Une franchise, c’est justement ce qui inquiète de nombreux habitués des lieux : “l’autre soir, en y pensant, j’ai visualisé ici un Starbucks. Le cauchemar ! Il ne faut pas qu’Aix deviennent une vitrine. Et il ne faut pas non plus que son offre culturelle se réduise à des lieux figés, comme les musées. Il faut qu’elle soit animée par des passionnés, que ça vive, comme c’est le cas ici”, estime une cliente.

Ce plaidoyer est largement relayé dans les commentaires sous la pétition contre la fermeture, lancée par Elsa Galland,  autre cliente, et qui comptabilise aujourd’hui 10 200 signatures. “Ce soutien a vraiment fait du bien aux salariés”, assure Christophe Lepine. “C’est bien qu’on parle de nous”, confie l’une d’elles d’une voix tremblante, traumatisée à la perspective de “perdre ce travail”. Un crainte qui laisse sans voix le responsable de la boutique : “Il y aura quelques mutations possibles, mais à Paris…” D’ici là, des détails du plan social à une possible alternative avancée par la mairie, l’avenir de la librairie de Provence et de ses salariés reste illisible.

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