La grève des éboueurs ou le retour du dialogue social à la papa

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le 8 Oct 2021
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L'épilogue qui n'en finit plus de s'étirer de la grève des poubelles au sein d'Aix-Marseille-Provence métropole met en lumière la manière dont sa présidente, Martine Vassal (LR) envisage le dialogue syndical. Avec efficacité, aux yeux de FO. À l'ancienne, diront les autres syndicats.

Des poubelles débordent dans le centre-ville de Marseille après la grève des éboueurs début octobre. (Photo : SL)

Des poubelles débordent dans le centre-ville de Marseille après la grève des éboueurs début octobre. (Photo : SL)

“Le dialogue social, c’est dans mes gènes”. Derrière le pupitre où elle tient une conférence de presse censée revenir sur le rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) qui décrypte la gestion de la métropole en matière de collecte et de propreté, Martine Vassal (LR) se pose en artisane de l’ouverture et de la discussion avec les syndicats. “En entendant ça, je ne hurle pas, d’accord, je préfère sourire”, répond Serge Tavano, secrétaire général du syndicat FSU-Territoriaux.

Comme lui, ils sont nombreux au sein des organisations syndicales métropolitaines à conserver de cette grève des poubelles – et surtout de sa sortie – un goût amer. “Ce n’est pas tant le fond de l’accord qui pose problème, note Serge Tavano, c’est la forme. On est encore dans les vieilles pratiques. L’habillage de l’acte final, c’est l’incarnation des habitudes d’un autre âge dans toute leur splendeur.” Ce que pointe le leader de la FSU, deuxième syndicat métropolitain, c’est la photo annonçant, vendredi 1er octobre, la bonne nouvelle d’un accord trouvé qui rassemble Patrick Rué, secrétaire général de Force ouvrière chez les agents, au côté de Roland Mouren, vice-président délégué aux déchets.

“Ça se passe comme avec Gaudin”

“Et alors ? Ça ne veut pas dire qu’on est un couple, hein ! Tout ça, c’est anecdotique”, peste Patrick Rué. Pour les autres mouvements, en revanche, cette image symbolise la frontière peu étanche entre champs politique et syndical savamment entretenue depuis Gaston Defferre, à Marseille. “Cette porosité avec le politique on l’a toujours connue, avec la gauche comme avec la droite. Et on voit bien qu’avec Vassal ça ne change pas”, poursuit Serge Tavano. Christophe Pellissier, le secrétaire général UNSA au conseil de territoire de Marseille ne dit pas autre chose : “Ça se passe comme avec Gaudin. C’est le dialogue social à la papa, c’est exactement ça.” Un autre décrit “un processus où tout est pipé d’avance”.

Durant sa conférence de presse jeudi, Martine Vassal s’est félicitée d’un conflit “qui s’est réglé assez rapidement”. Grâce notamment, dit-elle, au fait qu’elle n’ait cessé de dialoguer. “Tous les syndicats ont été invités, certains ne sont pas venus. S’ils étaient venus, ils n’auraient pas appris le contenu de l’accord dans la presse”, maintient la présidente, malgré le concert têtu des représentants de la FSU, l’UNSA et la CGT qui affirment en chœur n’avoir pas été conviés aux ultimes négociations menées par son cabinet en ligne directe avec le seul Patrick Rué. “D’ailleurs sait-on seulement si elle a eu lieu cette négo ? Elle se serait tenue toute la nuit dit un communiqué. Ça m’étonnerait ! Tout ça, c’est du théâtre”, ricane un représentant pour qui, “à la fin, quel que soit le contenu, il faut juste que Rué puisse parader.”

Dire que tout était plié d’avance me fait sourire. On serait vraiment des metteurs en scène extraordinaires

Patrick Rué

Serge Tavano prolonge, dans un petit sourire fataliste : “L’intérêt de Patrick Rué c’est de dire “regardez, je suis incontournable”. Comme quand il affiche sa tête dans la campagne de pub de la Mutuelle des municipaux…”  Chacun a en tête que les prochaines élections professionnelles de la fonction publique se tiendront le 8 décembre 2022. Aux élections de 2018, FO avait essuyé un revers, en perdant sa majorité absolue, bien que toujours en tête.

Une rue du centre de Marseille durant la grève des poubelles de septembre 2021. (Photo JML)

Patrick Rué balaye ces arguments. “Ceux qui racontent ça ne connaissent rien à la complexité d’une négociation. Il fallait avancer vite, car on savait que le rapport de la CRC allait être rendu public et puis on voulait une reprise avant le week-end pour éviter que ça traîne jusqu’au lundi.” Des négos écrites d’avance ? “Bien sûr que j’ai échangé des coups de fil avec le directeur de cabinet [Marc Jolibois, ndlr] mais dire que tout était plié d’avance me fait sourire. On serait vraiment des metteurs en scène extraordinaires.” Pour Martine Vassal, d’ailleurs, ce dialogue avec les organisations syndicales a commencé dès septembre 2019, puis “il y a eu le Covid qui a gelé le processus de négociation”.

Les contreparties clientélistes de cette sortie de grève, on les connaîtra dans les comités techniques des mois qui viennent à travers les recrutements, notamment.

Pierre Godard

Quel bénéfice retirent la métropole et sa présidente au dialogue social génétique à ainsi faire de Patrick Rué le seul acteur des négociations ? À l’UNSA, Christophe Pellissier ne cache pas une forme de fatalisme. “Je ne comprends pas que les politiques continuent sur cette voie alors qu’ils savent bien que ça les dessert”. Pierre Godard, ancien éboueur et syndicaliste notamment à la FSU (*) offre une réponse : “C’est un pur accord politique de circonstance par lequel FO montre qu’elle est encore là pour assurer des services au moment des élections. Les contreparties clientélistes de cette sortie de grève, on les connaîtra dans les comités techniques des mois qui viennent à travers les recrutements, notamment.” 

Vent de révolte

Patrick Rué, pourtant, est de “plus en plus challengé par la base”, affirme un agent. L’annonce de la fin de la grève le vendredi 1er octobre au soir a manqué de tourner au vinaigre au garage de Rabatau. Et le fait que cette grève annoncée comme finie perdure illustre bien ce décalage. Ce qui ne surprend pas Christophe Pellissier, de l’UNSA : “Il faut comprendre la manière dont nous sommes traités. FO est en perte de vitesse. Elle ne représente plus que 38 % à la métropole [ avec 26 % pour la FSU et 14 % à l’UNSA, ndlr]. Et pourtant la métropole persiste à tout verrouiller avec elle. On nous reçoit occasionnellement. Mais c’est juste pour nous faire part d’infos descendantes, nous mettre devant le fait accompli. À un moment il ne faut pas s’étonner qu’un vent de révolte souffle !”

L’argumentaire déployé sur la porosité politico-syndicale ne fait pas ciller Patrick Rué. Mais il le “fatigue” “Ça fait des années qu’on entend ça, la cogestion. Mais ce n’est qu’une polémique entretenue, notamment en temps de grève. Après, il faut arrêter de tout nous mettre sur le dos ! Bientôt, si une météorite tombe sur Marseille, vous verrez que ce sera de la faute à FO aussi… C’est normal que la collectivité négocie avec les syndicats selon leur ordre de représentativité. C’est tout.” Un élu syndical fait mine de compter sur ses doigts. Et prévient: “Si FO pèse 38 %, c’est que 62 % des agents ne sont pas FO. Les politiques de la métropole devraient y penser.”

 

* Pierre Godard est l’auteur avec André Donzel du livre Éboueurs de Marseille, luttes syndicales et pratiques municipales (Ed. Syllepse, 2014)

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Commentaires

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  1. Pelren Pelren

    C’est dingue que Marsactu se fasse le porte-parole patenté d’irresponsables catégoriels qui ne cherchent qu’à préserver leurs avantages obtenus de longue lutte par des pratiques antidémocratiques, clientélistes et violentes.
    On en fait aujourd’hui le constat amer et désolant quand on voit où cela a mené la ville et la métropole… sans parler des rues de Marseille et, depuis peu également sa rade qui est devenue une véritable poubelle.
    J’attendais mieux de votre journal que je pensais ouvert aux évolutions actuelles de la société qui s’accommodent mal avec les privilèges de voyous bien assis sur leurs avantages (bien supérieurs dans les faits à ce qu’en décompte la presse, quand on sait combien de temps ils travaillent réellement), et je me demande si je vais continuer à vous soutenir dans de telles errances qui ressemblent étrangement à de la désinformation !

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    • Richard Mouren Richard Mouren

      Relu deux fois par acquit de conscience, cet article ne me semble pas relever d’une quelconque désinformation. Donner la parole aux différents protagonistes d’un conflit social majeur impactant le territoire métropolitain est plutôt un acte journalistique primordial pour un lectorat qui cherche à comprendre la situation. On peut s’indigner de cette grève mais pas des journalistes qui nous en informent. Casser le thermomètre n’a jamais fait disparaître la maladie.

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    • pbatteau pbatteau

      Pleinement d’accord avec la réponde de Richard Mouren

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  2. Assedix Assedix

    Bonjour, une petite question people: Marc Jolibois, cité dans l’article, a-t-il un lien avec Audrey Jolibois, secrétaire générale de FO à l’APHM ?

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    • BALLERINE BALLERINE

      C’est sa sœur.

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    • Assedix Assedix

      Ok, merci.

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    • Hde mars Hde mars

      Le jeu des 7 famiilles de la ville l aphm la métropole ….

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  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Merci pour cet article, qui montre les coulisses du point de vue d’acteurs du conflit auxquels, finalement, on donne rarement la parole.

    Ce qui est dingue, surtout, c’est que la droite marseillaise continue de s’accrocher à un simulacre de “dialogue social” avec une organisation syndicale qui est non seulement minoritaire et en perte de vitesse, mais aussi détestée par les Marseillais.

    La célèbre photo de ce panneau de publicité arborant la tronche de Rué entouré d’un tas d’ordures a fait rire tous les réseaux sociaux, tant elle symbolisait à la fois ce que FO fait à la ville et rappelait l’image du coq sur son tas de fumier.

    La réalité, c’est que Mme Vassal, illégitime à la métropole où elle n’est soutenue par les maires que comme la corde soutient le pendu, ne maîtrise rien et croit pouvoir faire illusion en utilisant les recettes de cuisine de son mentor Gaudin. Et en s’appuyant sur des personnages aussi peu légitimes qu’elle : pas seulement Rué, mais aussi l’inénarrable Moraine.

    Or les temps ont changé. Et il faudrait que les méthodes changent.

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Ce qui est excellent dans cette histoire, c’est que les syndicalistes prennent les zėlus franchement pour des cons, que ces derniers ne s’en rendent même pas compte,et ils redemandent.
    Moi je vous dis , il y a des ondes triangulaires à Marseille, les Bermudes ont les leurs,chez nous il doit de situer entre Paradis ,Roddo machin chose et Lord Duveen,le triangle d’or des jambons en résumé.

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Ouf ! J’habite dans le huitième, mais pas dans le triangle d’or des jambons. C’est pas passé loin 😉

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    • jean-pierre kilian jean-pierre kilian

      Ouf aussi, je suis dans le 15° (rassurez vous y’a pas que des tours) et j’aimerais bien me promener dans ce triangle du populisme car jamais réussi à rencontrer un élu…

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  5. didier L didier L

    Je ne veux pas insister, mais c’est bien du dialogue social à la papa et même à la grand-papa qu’il s’agit, sauf qu’à l’origine le personnel de Fo servait aussi dans les campagnes électorales colleur d’affiche, service d’ordre etc … cela a commencé sous l’ère socialiste, d’où donnant -donnant et clientélisme à la clé.
    En 2021 il en reste des traces … mais pas sûr du tout que les syndiqués F0 aient collé pour le Printemps marseillais ! Les temps ont changé, faut remettre de l’ordre, good luck !

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  6. Brallaisse Brallaisse

    Cher 8e , il y a toujours une exception à la règle , d’autant plus que si ma mémoire est bonne , vous n’avez pas vu le jour “in situe”.

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  7. Mstmitre Mstmitre

    C’est normal que les élus ne négocient qu’avec le syndicat majoritaire, dixit la patron de FO, mais c’est quoi ce syndicat? A part donner une image négative c’est tout ce qu’il sait faire ! Qu’ils ne soient plus majoritaires aux prochaines élections, agents de la Métropole votez pour que ça devienne enfin une réalité.. marre de ces pratiques politiciennes d’un autre temps!

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  8. TINO TINO

    Pour résumer la situation: c’est la pagaille, le ouaï. Elle donne aussi à réfléchir sur la démocratie représentative. Trop concentrée, elle est autoritaire, trop déconcentrée, individualisée, c’est l’anarchie ( avec un a minuscule ). Alors quelle 3éme voie chercher et trouver pour parfaire notre démocratie..

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    • Pelren Pelren

      Tout à fait d’accord pour rechercher une 3ème voie. Et, me semble-t-il, c’est là que les journalistes auraient toute leur place en rendant compte de l’ensemble des données de ce conflit, en commençant par la situation (réelle !…) des travailleurs, celle des structures qui gèrent la collecte des ordures, celle du coût de cette collecte au regard de ce qu’on rencontre ailleurs, etc…
      Car s’il s’agit simplement de remplacer les sbires de FO par ceux de la CGT ou de l’UNSA en continuant à aborder le problème “à la Marseillaise” sans rien régler, si ce n’est les prébendes de quelques-uns au détriment des Marseillais et des taxes exorbitantes qu’ils sont bien obligés de payer année après année, on n’est pas près de sortir de l’ornière et des miasmes qui l’accompagnent depuis si longtemps !

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    • TINO TINO

      en ce qui concerne cette grève, marsactu nous en rend compte plutôt bien. Et je suis sûr que d’autres bons articles suivront à ce sujet. Lesquels nous donneront matière à réflexion. Les solutions sont à demander à nos élus locaux.

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  9. Philippe Pietri Philippe Pietri

    Donc la solution aux problèmes du ramassage des ordures à Marseille est simple : négocier avec la FSU ou la CGT? ne serait-ce pas plutôt de mettre les éboueurs au travail? au moins 30 heures payées 35 ce serait déjà bien avec interdiction de cumul d’emploi. Il doit y avoir des métropoles ou des villes où les choses se passent normalement. On pourrait s’en inspirer.

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