La discrète vente de la villa de René Egger, l’architecte du Marseille d’après-guerre

Actualité
le 14 Août 2019
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Moins connu que Fernand Pouillon, René Egger a construit l'hôpital Nord, les facultés de la Timone et d'innombrables écoles et bâtiments publics. Tout juste vendue par ses héritiers, sa villa du Roucas-Blanc, la seule qu'il ait dessinée, ne fait l'objet d'aucune protection ni inscription patrimoniale.

Vue extérieure de la villa de René Egger - Crédit photo Agence Barnes

Vue extérieure de la villa de René Egger - Crédit photo Agence Barnes

Hissées sur les hauteurs du Roucas-Blanc, les luxueuses villas du Parc Talabot s’étendent dans l’enceinte fermée de la résidence. Parmi elles, une villa sur deux étages, construite en pierre de Rognes, surplombe la mer. Ornée de claustras en terre cuite à l’extérieur, de fausses arcades et boiseries à l’intérieur, cette villa a longtemps été celle de l’architecte René Egger qui l’a dessinée. Sur le vaste terrain qui entoure la construction de 500 mètres carrés, un terrain de tennis et une piscine ovoïde qui témoigne de sa modernité. Construite en 1955, son raffinement contraste avec les œuvres monumentales du Marseille d’après-guerre en béton brut de son dessinateur (lire notre portrait).

Située au cœur du quartier résidentiel huppé du 7e arrondissement, elle vient d’être vendue par ses héritiers durant l’été par le cabinet Barnes, spécialisé dans les résidences de luxe. Si le montant final n’a pas été communiqué, elle avait été mise à prix à 3,95 millions d’euros. L’architecte Thierry Durousseau, qui a connu René Egger, raconte une villa qui était un lieu de « rencontre et de reconnaissance de la bourgeoisie marseillaise » qui se retrouvait autour d’une partie de tennis.

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Bâtisseur d’après-guerre aux côtés de Fernand Pouillon, on doit à cet intime de Gaston Defferre des bâtiments emblématiques tels que l’hôpital Nord, la faculté de médecine de la Timone et plus de 150 écoles, lycées et autres bâtiments publics. Décédé le 17 février 2016, Egger n’aura jamais connu la renommée de Pouillon. Dessinée de sa main, sa villa aura été la seule villa conçue par l’architecte.

Elle n’est signalée dans aucun registre patrimonial

Sa mise en vente au début de l’été a interpellé la conseillère municipale Annie Levy-Mozziconacci (apparentée PS) qui déplore sur son compte Twitter l’absence de réaction de la Ville de Marseille. Pour l’élue, un projet comme celui de la Villa Noailles à Hyères de l’architecte Robert Mallet-Stevens racheté par la ville et converti en centre d’art, aurait pu être envisagée au nom du « patrimoine collectif » marseillais, l’un des « moins protégés de la région ».

L’historien de l’architecture, Jean-Lucien Bonillo tempère l’enthousiasme de l’élue. Pour lui, la villa d’Egger « n’est pas du niveau de la villa Noailles ». Comme d’autres acteurs de ce secteur, il estime tout de même que « l’action patrimoniale de la Ville de Marseille est en-dessous de tout », notamment concernant le « peu d’intérêt porté au patrimoine du XXe siècle ». La bâtisse ne fait en tout cas pas partie des éléments bâtis remarquables répertoriés au plan local d’urbanisme intercommunal en cours d’élaboration. Cette liste fixe des prescriptions, en particulier les éléments (façade, ornements etc.) qui doivent être conservés. En cette période estivale, Laure-Agnès Caradec, l’élue chargée de son pilotage, n’était pas joignable, tout comme la maire des 1er et 7e arrondissements Sabine Bernasconi.

Une labellisation de la villa comme « architecture contemporaine remarquable » par la direction régionale des affaires culturelles (DRAC), aurait selon nos informations été envisagée par les héritiers d’Egger. Ce label a pour but de signaler les constructions architecturales d’intérêt construite dans les cent dernières années et de subventionner leur conservation. Mais ce cadre qui oblige notamment à signaler à la DRAC tous travaux engagés « a été jugée trop restrictive pour la vente », explique Noël Castinel de l’agence « Architecture de collection », elle aussi mandatée pour la vente. Cette décision appartient désormais aux nouveaux propriétaires, qui pour l’heure, tiennent à rester discrets.

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