La directrice d’un des fleurons d’Aix-Marseille université écartée avant les vacances

Enquête
le 24 Juil 2020
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Selon les informations de Marsactu, la directrice de l'Institut d'administration des entreprises d'Aix-Marseille université a été écartée de son poste après un rapport interne qui ciblait sa gestion, jugée dégradante par une partie du personnel.

33e meilleure formation au monde, la plus rentable de France, le tout selon le Financial Times. “Le meilleur IAE de France qui rivalise avec les écoles de commerce” pour Le Figaro. L’Institut d’administration des entreprises (IAE) d’Aix-Marseille est avec ses 800 étudiants un des fleurons d’Aix-Marseille université dans la compétition mondiale de l’enseignement supérieur. Sorte d’école publique de management, l’IAE installé à Puyricard est isolé géographiquement, mais pas que. Il constitue aussi une antenne d’Aix-Marseille université (AMU) où l’on cultive sa différence.

Depuis 2013, Virginie de Barnier le dirigeait avant un départ brutal et contraint début juillet suivi d’un remplacement par une administratrice provisoire. Si celui-ci est présenté publiquement comme une nomination, le poste de vice-présidente déléguée où elle atterrit est en fait le compromis amiable trouvé avec la présidence d’AMU.

Depuis plusieurs mois, une mobilisation est lancée pour tenter de faire partir la directrice, qui n’a pas répondu à notre demande, répétée, d’interview. Dès l’automne 2018, des alertes étaient initiées par une partie du personnel de l’IAE, vite soutenue par la CGT et le comité d’hygiène, sécurité et conditions de travail (CHSCT) sur le management cassant de la directrice. Le bilan des passages du personnel devant le médecin de prévention et le psychologue du travail liste sur trois pages les griefs : humiliations publiques, manque de respect, travail dans la peur sont notamment listés.

“Une libération de la parole”

Le constat est partagé par de nombreux membres du personnel. La directrice de l’IAE fait rouler son institut à un train d’enfer, sans prendre de gants avec ses interlocuteurs. Elle n’hésite pas à solliciter ses collaborateurs à des heures indues, dans la nuit comme le week-end. Dans une université habituée à la collégialité, les méthodes de l’ancienne cadre dans la publicité tranchent. L’institution est centralisée autour de la personnalité de sa directrice. “C’est simple, on a l’impression d’être infantilisés. Aucune décision ne peut être prise sans l’avis de maman”, tranche une enseignante-chercheuse qui précise : “ici, tout le monde s’est posé la question, un jour ou l’autre, de partir”. Cédric Bottero, secrétaire général de la CGT de l’université, évoque “un management ultra-autoritaire avec une personne qui se croyait intouchable”.

Le départ précipité et le burn-out d’une assistante de direction qui avait aussi travaillé avec les prédécesseurs de Virginie de Barnier choque ainsi les plus anciens, qui attestent du mal-être de leur collègue. Beaucoup évoquent brimades et petites vexations.  La CGT et le collectif de salariés finissent par constituer un dossier de 440 pages, éléments de preuves compris, sur le comportement de la directrice. “Un mouvement de libération de la parole”, commentera une membre du personnel administratif.

Parmi les membres du personnel de l’IAE, on attribue cette ambiance à une guerre des clans exacerbée en 2018. Si Virginie de Barnier remporte finalement l’élection, elle subit la concurrence d’une autre liste qui place déjà le bien-être au travail dans ses priorités. Les brimades se renforcent dans une “guerre de clans”, selon l’expression d’un professeur. Un autre chercheur, dont certains projets ont été freinés du jour au lendemain, parle ainsi de “vendetta post-électorale”. “La prochaine fois, elle réfléchira avant de s’attaquer à moi !”, écrit Virginie de Barnier dans un courriel que nous avons pu consulter, à propos de sa concurrente qui se plaignait d’avoir été arbitrairement écartée d’un programme de cours de l’établissement.

Les premières alertes atterrissent via le CHSCT sur le bureau du président de l’université en 2018, Yvon Berland. À l’automne, celui-ci juge le dossier encore trop peu solide pour donner des suites internes. “Le CHSCT n’a pas à apprécier ou préconiser les modes de gouvernance ou de management, sauf à identifier précisément un lien de causalité entre ceux-ci et des problèmes de santé et de conditions de travail. Cette identification n’est pas réalisée ici”, écrit-il pour refuser le déclenchement d’une enquête administrative. Il faut attendre l’arrivée d’Éric Berton, son successeur, pour que la donne change. Sensibilisé dès sa campagne, le nouveau président a fait de la qualité de vie au travail un de ses axes forts. La situation lui donne l’occasion de le prouver : il déclenche l’enquête administrative.

Un avantage offert à une collaboratrice

Rendue il y a quelques semaines, celle-ci confirme, selon nos informations, les grandes caractéristiques du mémoire de la CGT et du collectif des employés. Il étaye aussi un autre pan de l’enquête : les faveurs accordées par la directrice à une proche collaboratrice. Cadre non-enseignante à l’IAE, celle-ci a obtenu de suivre un MBA (Master of Business Administration). Cette formation est d’habitude facturée 25 000 euros, mais cette collaboratrice n’a rien dépensé. Qui plus est, elle a a continué de percevoir l’intégralité de son salaire à l’IAE quand la formation prévoit 576 heures de cours sur un an.

L’enquête arrivée sur son bureau il y a quelques semaines, Éric Berton a finalement décidé d’écarter Virginie de Barnier de son poste. Une décision rarissime. Mais le président, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, a choisi la méthode douce. Alors qu’il aurait pu saisir la section disciplinaire, voire signaler au procureur de la République la question de la formation de la collaboratrice, celui-ci a préféré lui offrir une porte de sortie honorable qu’elle a acceptée. Voilà Virginie de Barnier vice-présidente déléguée à la fondation AMU.

Un nouveau poste qui interroge

Cette structure vise à rapprocher les entreprises d’Aix-Marseille université afin de développer les financements privés d’AMU, un domaine dans lequel l’IAE est par nature habitué à évoluer. Mais, supprimée il y a quelques années, cette fondation reste à construire. “Ce poste, ce sera un peu ce qu’elle en fera. Comme tout est à refaire, ça peut être un très beau poste comme cela peut se révéler être un placard”, note un cadre de l’université.

Pour la CGT qui a diffusé un communiqué interne à ce propos, l’option choisie ne convient pas même si le syndicat salue “la parole tenue” d’Eric Berton concernant l’IAE. “Il ne veut pas que ça éclabousse ni l’IAE ni AMU. C’est pour ça qu’il a choisi de la retirer pour la nommer vice-présidente. Pour nous, la pilule ne passe pas”, explique Cédric Bottero. “Ce n’est pas non plus une promotion. C’est une vice-présidence déléguée. Elle a une vice-présidence et une présidence au-dessus d’elle”, nuance un connaisseur du dossier.

De son côté, Virginie de Barnier a semblé prendre son parti de sa nouvelle nomination. “Je suis très heureuse de la confiance que me témoigne Eric Berton, président d’AMU, en me confiant cette mission. La fondation sera opérationnelle début 2021”, a-t-elle expliqué. En interne, elle a toutefois prévenu qu’elle gardait son statut d’enseignante-chercheuse et qu’elle continuerait à assurer ses cours. Dans son message, elle est allée jusqu’à préciser que son nouveau bureau se situerait juste en face de celui de l’administratrice provisoire.

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Commentaires

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  1. Input Output Input Output

    Et hop, un autre fonctionnaire dans un placard, payé des milliers d’euros par mois à ne rien faire par les contribuables, parce qu’il ne convenait plus à sa hiérarchie mais qu’elle ne p/veut pas le licencier. A quand une vraie grande enquête de Marsactu / Mediapart sur cette “technique de management” qui vise à “laisser pourrir” un nombre incalculable de fonctionnaires à grand renfort d’argent public ?

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Oui vous avez raison. Mais danc cette sombre histoire de petites personnes le plus important c’est l’institution remarquable qu’est l’IAE Aix.

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  3. BRASILIA8 BRASILIA8

    Rien ne dit que cette personne est une fonctionnaire . Depuis que les universités sont autonomes elles sont libres de recruter qui elles veulent de préférence comme c’est le cas ici d’ancien cadre du privé

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    • Félix WEYGAND Félix WEYGAND

      Bien sûr que non !
      Les postes d’enseignant-chercheurs de l’Université publique sont statutaires et ce sont des postes de fonctionnaires. On peut avoir eu une vie professionnelle dans le privé (c’est le cas de Virginie de Barnier et – je sais de quoi je parle- le mien) puis passer un concours de fonction publique et devenir fonctionnaire. Pour nous EC voici le process : https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid22657/maitres-de-conferences.html

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    • Input Output Input Output

      Je n’aurais jamais cru remercier un jour Félix Weygand 😉 mais merci d’avoir répondu à ma place !
      Et même, ce serait pire encore de recycler un agent sous contrat sur un poste plus ou moins bidon alors qu’il aurait pu être tout simplement “remercié” !
      Quoiqu’il en soit, le problème des placards dans l’administration reste le même, et reste toujours aussi tabou au point que ni les politiques, ni les syndicats, ni les médias n’osent s’y attaquer malgré son coût faramineux au niveau financier comme psychologique. Et Marsactu ne fait malheureusement pas exception à la règle dans ce domaine…

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    • Jean-Marie Leforestier Jean-Marie Leforestier

      @Input Output : si vous voulez nous alerter redactionATmarsactuPOINTfr ou https://alerter.marsactu.fr !
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