La CMA-CGM pose 81 millions pour acquérir La Provence, Xavier Niel toujours dans le jeu

Actualité
le 15 Fév 2022
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L'armateur a proposé une offre quatre fois supérieure à celle de son concurrent devant le tribunal de commerce de Bobigny. Mais Xavier Niel a encore des droits à faire valoir pour rafler le principal quotidien marseillais et ses filiales.

Le siège de La Provence, rue Salengro à Marseille. (Photo : LC)

Le siège de La Provence, rue Salengro à Marseille. (Photo : LC)

Le suspense a pris fin cet après-midi devant le tribunal de commerce de Bobigny. Le greffier a fait connaître les offres de rachat du groupe La Provence, dans le cadre d’une audience confidentielle. Elles étaient finalement quatre mais seuls deux étaient réellement sérieuses et attendues, a appris Marsactu de sources concordantes. Leur contenu n’a pas surpris les connaisseurs du dossier : la CMA-CGM était bien mieux-disante que son concurrent fondateur de Free, Xavier Niel.

La décision a été mise en délibéré, mais elle ne fait pas de mystère, le juge-commissaire ayant expliqué que le critère du prix est “prépondérant”. L’armateur marseillais devrait emporter cette manche sans problème, puisqu’il a mis 81 millions d’euros sur la table pour racheter les 89 % de La Provence mis en vente par le liquidateur du groupe Bernard-Tapie. Xavier Niel a proposé quatre fois moins – 20 millions d’euros – et chacun s’est entendu pour ne pas proposer de surenchère.

Ces sommes, qui in fine serviront à rembourser les créanciers de Bernard Tapie, à savoir principalement l’État, s’expliquent par la position des acteurs. D’un côté, Xavier Niel joue à fond sa carte d’actionnaire minoritaire, déjà partie prenante de l’entreprise. Selon une disposition des statuts, provisoirement suspendue par le tribunal de commerce de Marseille, ses représentants au sein du conseil d’administration peuvent choisir de ne pas agréer un nouveau co-actionnaire et, à l’arrivée, de racheter l’entreprise au prix évalué par les dernières expertises en date. C’est le sens de ces 20 millions d’euros. De l’autre, la CMA-CGM devait frapper un grand coup pour appuyer son intérêt pour le dossier.

Les membres du conseil d’administration vont désormais être consultés. Parmi eux, deux représentants de la holding de Xavier Niel.

En étant la plus offrante devant le tribunal aujourd’hui, la firme présidée par Rodolphe Saadé n’est toujours pas assurée de prendre le contrôle du principal quotidien du Sud-Est de la France et de ses filiales, dont Corse-matin. Dans un premier temps, le liquidateur du groupe Bernard-Tapie va “purger le droit d’agrément”. Concrètement, il va demander aux membres du conseil d’administration (Stéphane Tapie – le fils de Bernard –, Franz-Olivier Giesbert, l’actuel PDG Jean-Christophe Serfati et deux représentants de NJJ Press, la holding médias de Niel) s’ils acceptent l’entrée au capital de la CMA-CGM.

Quid des droits de Niel ?

Le liquidateur espère une réponse avant le 7 mars. Mais on imagine mal les deux représentants de NJJ capituler, même s’ils ont été enjoints à ne prendre en compte que “l’intérêt social” du groupe La Provence pour éviter tout conflit d’intérêts. Cette divergence d’appréciation est déjà en litige : la cour d’appel d’Aix-en-Provence doit se prononcer sur le droit d’agrément lors d’une audience 2 mars.

Si ce droit conféré à Xavier Niel venait à sauter, il lui en resterait un second : le droit de préemption. Il lui faudrait s’aligner financièrement sur son concurrent et donc quadrupler son offre. Il ajouterait ainsi La Provence et Corse-matin à sa galaxie de journaux qui comprend déjà dans le Sud Nice-matin et Var-matin.

Durant tous ces épisodes juridiques auxquels ils n’ont jusqu’alors assisté qu’en faire-valoir, les 850 salariés tenteront de faire entendre leur voix. “L’épisode d’aujourd’hui montre que Rodolphe Saadé a vraiment envie d’acquérir La Provence, note Jérome Lorant, le secrétaire du comité social et économique. Mais de notre côté, nous attendons de voir le projet social et économique.” Exclus du processus et même de l’audience à Bobigny, ils seront obligatoirement informés et consultés sur le projet de relance promis à leur journal. NJJ press a aussi promis de leur transmettre son offre dans un communiqué. Quel que soit le repreneur, ils veilleront pour qu’enfin un projet d’entreprise remette leur journal sur la voie d’un développement que l’ère Tapie n’a fait qu’assombrir.

Actualisation à 19 heures : ajout de la mention d’un communiqué de NJJ et de la réaction du secrétaire du CSE de La Provence

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Commentaires

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  1. Brallaisse Brallaisse

    Très cher payé pour 67 millions de CA , un résultat qui n’est pas bon et un endettement élevé.
    Les salariés cela est sûr ont matière à êtres inquiets et ce n’est pas les pages entières achetées par le département ou la métropole qui vont y faire quelque chose.
    J’ai peur d’une saignée plus que sévère.

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    • Patafanari Patafanari

      Meuh non. Un peu de déficit d’exploitation global et d’optimisation fiscale de la holding, assortie d’une image flatteuse de patron responsable et social. Qui est contre? Le contribuable de base? Ce pelé, ce tondu.

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Tout cela pour dire que Mr Saadé risque plutôt d’être le rédacteur en chef de la chronique nécrologique du salariat plutôt que celle de la page mondaine.

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    • Patafanari Patafanari

      Monsieur Niel ne tient pas plus que ça à reprendre le journal .
      Mais à cause des atouts qu’il a acquis antérieurement (pour faire plaisir à certains), il est un peu obligé de faire semblant de s’intéresser à l’affaire.

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  3. Brallaisse Brallaisse

    Patron responsable, sûrement.Social , j’ai quelques doutes,le maritime n’est pas du tout un monde de poètes issues du romantisme anglais.

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  4. Richard Mouren Richard Mouren

    Je ne comprends pas vraiment l’intérêt, pour la troisième compagnie de transport maritime mondiale, d’acquérir ce journal très local. Sauf si Mr Saadé commence par Le Provençal pour suivre les pas de Bolloré (autre armateur). Il est vrai que la somme proposée, si elle paraît importante pour ce journal, est une goutte d’eau dans le budget de la CMA-CGM qui gère une flotte d’environ 500 porte-conteneurs.

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    • Pascal L Pascal L

      Société achetée 1 euro à l’état (ou c’est une rumeur ?)

      La même société qui a du faire la manche (euh … les poches du contribuable via l’état) lorsque papa Saadé a perdu des millions d’euros quand il a acheté plein de pétrole au mauvais moment et qu’il ne pouvait plus payer sa tour (ou c’est une rumeur ?)

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  5. Popy Pô Popy Pô

    Beaucoup de cash engrangé à moindre effort pendant cette crise, il faut vite le faire travailler !
    Tu n’es pas un milliardaire si tu n’as pas ton propre media 50 ans.

    Mais gare aux engagements moraux et montages borderline de la CMA-CGM… Ils ont souvent eu les faveurs de l’état au travers des gouvernements successifs et emploient énormément sur le bassin… Facile !
    Le point “positif” est que le fils Saadé n’aime pas l’échec quitte à vider de leur substance les coquilles fraîchement ramassées.

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  6. julijo julijo

    Que ce soit cma-cgm ou njj presse, en dehors du fric mis pour l’achat…(fric qui n’a occasionné aucune fatigue de l’un ou de l’autre) ce sera à mon humble avis du pareil au même pour la ligne éditoriale.
    Pour ce qui concerne les salariés du journal, ce sera sûrement une autre affaire, mais ces gens là, qui achètent ne font pas dans la philanthropie en général. Ca reste donc à surveiller.
    Et de toutes façons que ce soit l’un ou l’autre on ne s’achète pas un organe de presse pour ne pas s’en servir. Ils diffuseront leur propre idéologie, défendrons leur libéralisme idéal, et serviront leurs intérêts propres, Marseille et la région Provence resteront accessoires.

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  7. fvielfau fvielfau

    Niel devant le Sénat (la commission d’enquête sur la concentration des medias) :
    «Je pense qu’il y a une motivation d’un repreneur local, soutenu par tout le monde localement. Les élus locaux, la chambre de commerce, tout le monde trouve ça fantastique. En toute franchise, moi, quand tout le monde est d’accord, et que les gens sont prêts à payer quatre fois le prix d’un truc, je me dis que c’est pas normal. Est-ce qu’à un moment donné, il n’y a pas un problème ? Il faut rassurer, dire qu’on a un projet industriel, qui est de rendre la Provence rentable. Et pas d’en faire une danseuse qui permet de dire dans les dîners en ville que je possède le média du coin.»
    https://www.liberation.fr/economie/medias/au-senat-xavier-niel-torpille-le-projet-de-fusion-tf1-m6-20220218_RVYQGGJ5CFBHNH7NVNDSISDUXM/

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