Un an après les effondrements des 63, 65 et 67 de la rue d'Aubagne, Marsactu a demandé à plusieurs personnes de raconter leur journée du 5 novembre 2018. Proches de victimes, survivants, commerçants, habitants de la rue, travailleurs sociaux du quartier, militants, ils livrent leurs souvenirs du jour du drame.

Hervé Trémeau, directeur de l’association de quartier Destination famille, au 43 rue d’Aubagne.

Je me souviens, le 5 novembre 2018, avoir croisé Ouloume, rue d’Aubagne, quelques minutes avant les effondrements. Elle discutait avec une voisine. À 9 heures, nous avons ouvert le local. Et dix minutes après, il y a eu un bruit sourd et de la poussière qui descendait la rue. Je suis sorti pour voir ce qu’il se passait. Je suis monté et j’ai vu que les pompiers étaient déjà là. J’ai commencé à passer des coup de fil à la politique de la ville, au service habitat de la métropole, à la préfecture.

Ensuite, très vite, nous avons tenté de savoir où était Ouloume. Nous avons appelé sa famille. Petit à petit, nous avons pris conscience de l’énormité de ce qui se passait. Dans les heures puis les jours qui ont suivi, le local a servi de base arrière, de lieu d’accueil où s’exprimait la solidarité du quartier et de la ville. On en parle souvent avec l’équipe. Pour nous, ces jours de novembre, cela a été une longue nuit qui a duré jusqu’à Noël.

Sophie, locataire et survivante du 65, rue d’Aubagne. 

Je me souviens … mon 5 novembre a commencé le 4. Je voulais aller voir le film Shérazade avec une amie. C’était complet alors je suis rentrée chez moi plus tôt que prévu. Là, je me suis rendue compte que ma porte ouvrait et fermait très difficilement, que l’immeuble s’était énormément dégradé en quelques heures. J’ai eu peur de rester bloquée dans mon appartement, alors, vers 21 heures j’ai pris cette décision incongrue d’aller dormir chez mes parents, chose que je n’avais jamais faite avant. Alexia aussi, ma voisine du dessus, était partie chez une amie parce qu’elle avait des fuites et ne pouvait pas se doucher. Depuis plusieurs jours, Marie, ma voisine de palier n’arrivait plus à ouvrir sa porte, c’est moi qui devait l’aider et mettre un coup de pied dedans pour que ça s’ouvre. J’avais peur qu’il m’arrive pareil, de rester prise dans ce piège.

Le 5 novembre au matin, Alexia m’a appelée, elle croyait que j’étais morte. Sa propriétaire venait de l’appeler pour lui dire que l’immeuble s’était effondré. J’ai cru que c’était une blague, parce que – c’est horrible de dire ça – mais on rigolait souvent de l’état de l’immeuble. Et puis à sa voix, j’ai compris qu’elle ne rigolait pas. On a convenu de se retrouver sur place.

Sur le coup, j’ai cru que les pompiers avaient évacué, je me suis dis « c’est juste un bout de mur qui est tombé ». J’ai regardé sur internet et là j’ai vu une photo : c’était un tas de sable, il n’y avait plus aucun bout de mur, comme de la cendre. Je ne m’y attendais pas, ça a été un choc.

j’ai pris conscience qu’il n’y avait pas eu de temps pour une évacuation

Quand je suis arrivée sur place, l’espace était bouché. On est allés au restaurant les Portes de Damas. J’étais complètement dans un autre monde. On a dû donner les descriptions physiques de nos voisins à la police judiciaire. J’étais très amie avec Marie. J’ai vu qu’elle n’était pas là, mais personne n’avait d’informations claires. Je n’ai pas mesuré la gravité de la situation, j’étais effondrée et je ne faisais que pleurer. Je me suis dis que j’allais d’abord me calmer avant de l’appeler. Quand j’ai donné les descriptions à la police, j’ai pris conscience qu’il n’y avait pas eu de temps pour une évacuation.

Ensuite, des policiers sont venus nous chercher et nous ont emmenés à l’Évêché. Un gars m’a demandé ce qu’il s’était passé. Sur le coup, je n’ai pas compris mais j’étais en train de porter plainte, c’est tant mieux, mais j’étais complètement paumée. J’ai donc porté plainte contre X le jour-même. Ensuite, on nous a lâchés dans la nature. J’étais avec Alexia et son copain. On ne savait pas où aller, on était détruits, effondrés. Le 5 novembre, personne ne disait que notre immeuble était habité. C’est bête, mais j’ai eu peur que ce ne soit jamais dit.

Ensuite, nous sommes allés à la mairie du 1/7 et là, nous avons croisé des amis et de la famille de Julien. Ils m’ont demandé si je savais où il était. Je ne le connaissais pas alors il m’ont montré une photo. Et là je me suis effondrée à nouveau, j’ai pété un plomb, je crois que j’étais énervée par le fait que ce soit à nous de dire ça. Des amis de Simona m’ont écrit sur Messenger. J’en ai beaucoup voulu à la municipalité pour ça, comme si nous devions porter ça sur nos trois épaules. J’avais l’impression de vivre une injustice. J’ai fini cette journée avec deux Xanax pour m’endormir.

Je crois que j’ai réussi à vaincre la culpabilité, je sais que ce n’est pas de ma faute. Mais parfois je la ressens encore. Pour me rassurer, je pense toujours au fait que je n’ai pas pris d’affaires. Si je m’étais vraiment doutée de quelque chose, j’aurais agis autrement. Il y a quelque chose qui pègue encore au cœur et à l’esprit : je n’ai pas fait le deuil de Marie. J’ai l’impression de la voir, dans la rue, dès que je croise quelqu’un qui a les cheveux longs, j’ai un sursaut.

Mamar Belaroussi, épicier de la place Homère.

Je me souviens, le 5 novembre 2018, d’avoir entendu un grand fracas qui m’a réveillé. Je dormais chez mon ami qui tenait le bar à chicha au 70 de la rue d’Aubagne. On est allés voir sur le perron du magasin. C’était jaune, il y avait de la poussière partout. J’ai entendu un cri et puis plus rien. Quand la poussière est retombée, on est allés voir s’il y avait quelqu’un dans la voiture qui était garée devant. Mais elle était vide. Ensuite, je suis allé à mon épicerie.

Mamar Belaroussi, épicier de la rue d’Aubagne. (Image BG)

Les habitants du 65, je les connaissais tous. C’était mes voisins (Il sort de son magasin pour rejoindre la banderole avec les photos des disparus). Lui, il est venu faire des courses quelques jours avant. Il en a eu pour plus de 90 euros, je lui ai dit : « Julien, pourquoi tu vas pas ailleurs ? » Il m’a dit que sa mère devait venir le voir. Je me souviens de tout ce qu’ils étaient venus m’acheter les jours avant. Ce jour-là, il restera gravé à jamais.

Frédéric Tchalian, habitant du 70 rue d’Aubagne

Je me souviens, le 5 novembre 2018, j’ai été réveillé par une grosse secousse et le bruit des effondrements. Heureusement, ma fenêtre donne sur le Domaine Ventre. J’ai ouvert les volets et j’ai vu la poussière. La fenêtre de la cuisine qui donne côté rue s’est ouverte à cause du souffle. Nous avons été évacués presque aussitôt. J’ai pu prendre mon ordinateur portable qui est mon outil de travail. Je suis parti quasiment en pyjama.

Nous n’avons jamais réintégré l’appartement où je vivais avec mes parents. J’ai fini par trouver un logement social, mes parents sont en location. Nous ne pouvons pas rentrer chez nous. Il n’y a pas de problème sur l’immeuble même s’il y a des fissures partout du fait des effondrements. Ma mère est traumatisée. Elle ne veut pas rentrer dans un immeuble en face du trou. C’étaient nos voisins.

Sam, restaurateur, les portes de Damas, 94 rue d’Aubagne

Je me souviens, le 5 novembre 2018, ce jour là, j’ai ouvert tôt. Les autres commerces ouvrent plus tard. J’étais dans mon restaurant, il pleuvait et faisait un peu froid, alors j’ai fermé la porte qui a un double vitrage. Je n’ai rien entendu mais à 9 h 05 j’ai vu une personne courir. Puis une autre. Je me suis dis que c’était un vol. Puis j’ai vu une troisième et une quatrième personne courir. Là je me suis dis qu’il se passait quelque chose. Je suis sorti et j’ai vu une montagne de poussière. Après quelques minutes une femme avec un vélo est passée devant mon restaurant. Elle était toute blanche, comme dans un film. Elle pleurait, je l’ai installée et je lui ai servi un verre d’eau. Elle m’a expliqué qu’un immeuble s’était effondré.

Le restaurant Les Portes de Damas a accueilli les secours, la police et les officiels durant la journée. (Image VA)

Ensuite, trois autres personnes complètement choquées et paniquées sont entrées et ont dit que des gens étaient morts. Les pompiers et la police sont arrivés et ont fermé le périmètre. Moi je suis resté à l’intérieur. La police judiciaire, la municipale et les pompiers sont venus dans mon restaurant pour prendre les noms des victimes et des blessés. J’ai aidé, j’ai servi des verres d’eau. Ça a duré jusqu’à 15 heures. Là, je leur ai dit qu’il fallait que je parte. Cela faisait 7 heures que j’étais là et moi aussi j’étais choqué. Je leur ai dit de mettre une tente sur ma terrasse. Gaudin, le ministre, Mélenchon… Ils sont tous venus ensuite.

Moi je suis rentré. J’étais écroulé, vraiment choqué. Je viens de Syrie et je me suis dis « ce n’est pas possible, on ne va pas être en état d’alerte ».

Kevin Vacher, habitant du quartier et co-initiateur du collectif du 5 novembre

Je me souviens le 5 novembre, quand je me suis réveillé j’avais plein de SMS de gens qui me demandaient si ça allait bien, comme après un attentat. J’ai mis une heure ou deux à comprendre ce qui se passait, j’écoutais la radio, je ne comprenais pas. Puis je suis allé sur mon balcon, et j’ai vu. Je suis sorti de chez moi vers 11 heures, j’ai dû passer bien quatre heures à essayer de comprendre ce qui se passait. J’ai une sorte de black out jusqu’à 14-15 heures. C’est quand j’ai vu des gens qui cherchaient leurs amis que j’ai compris. Je me souviens d’Adèle, que je connaissais un peu, qui criait en cherchant son amie Simona. Au début je ne voulais pas croire qu’il y avait des morts. Je le niais.

Et quand j’ai compris, j’ai réagi en militant. À 17 heures, on était dans un café au bas de la rue Moustier, en train de faire une affiche pour qu’il y ait un espace de rassemblement dans le quartier. Au moment où j’envoie l’affiche à l’imprimeur, le 67 s’effondre. On se prend la fumée dans la gueule. Après, je me souviens d’avoir repris toutes les affiches à la main, en écrivant « 63, 65… et 67 ». Il y a une sidération qui immobilise. Plein de gens sont allés crier devant les caméras pour sortir de cette sidération. Moi j’étais tétanisé. Pour les militants associatifs, notre réflexe ça a été d’agir, de faire des affiches, de faire des choses pour rassembler le quartier. J’essayais de faire ce que je savais faire et ça me rassurait.

Premier rassemblement et naissance du collectif du 5 novembre, deux jours après les effondrements. (Image LC)

Saïda Larbi, tante de Chérif, décédé dans l’effondrement du 65 rue d’Aubagne

Je me souviens le 5 novembre, on m’a appelée de l’Algérie pour me dire que Chérif était mort. Au premier coup de fil, on m’a dit qu’il avait été tué. Je n’étais pas au courant de ce qui s’était passé. Puis on m’a rappelée pour me dire que des bâtiments s’étaient effondrés. Alors avec ma fille, on est allées sur place. On a vu la police et on a donné la description de Chérif, mais on avait toujours l’espoir. J’ai vraiment compris quand j’ai vu Rachid, l’ami qui louait au 65 et hébergeait Chérif ce jour-là. Il m’a dit « je suis désolé ma sœur, c’est de ma faute, c’est lui qui devait aller acheter les cigarettes, mais comme il n’était pas prêt, j’y suis allé moi. » Rachid est sorti, il était à 200 mètres de l’immeuble quand il est tombé.

Pour nous, le 5 novembre n’était pas une journée, mais cinq jours atroces, le temps de retrouver le corps. On s’est sentis très seuls et en même temps, beaucoup de gens du quartier et d’ailleurs nous ont réconfortés, pris dans leurs bras alors qu’on ne les connaissait pas, nous ont apporté à manger. Il y a eu beaucoup de solidarité. Après ces cinq jours, nous sommes restés jusqu’à ce qu’ils retrouvent le cinquième corps, celui d’Ouloume.

Aujourd’hui, je n’ai toujours pas pris de recul sur ça. On peut pas imaginer ce qu’on a vécu. Comment deux bâtiments peuvent tomber comme ça ? À la maison, on parle tout le temps de Chérif. On a énormément de regret, on se demande si on a fait ce qu’il fallait.

Naïma E., habitante du 61 rue d’Aubagne, dont une partie a été endommagée par l’effondrement du 63.

Je me souviens le 5 novembre, j’avais rendez-vous chez le médecin à 8 heures. Je suis rentrée à 9h30, c’était déjà tombé. Il y avait tout ce monde, les pompiers, la police, c’était comme dans un film. Cette journée-là, elle est mémorisée pour toute ma vie. Comme d’habitude, j’ai pris mon café, ma douche, mais au retour, je ne peux plus rentrer chez moi. Je suis restée dehors toute la journée avec les gens, jusqu’à 20 h 30 où une amie est venue me chercher pour passer la nuit chez elle. Les gens qui sont morts, je les connaissais très bien.

Comme une catastrophe, une tempête

Le premier jour, j’ai réagi comme si rien ne s’était passé. C’est le lendemain que j’ai réalisé, ça a été le choc. C’est tellement grave. À ce moment-là, j’ai pensé à ma mère qui vit avec moi. D’habitude, elle part en voyage en août, cette année-là elle est partie plus tard, sinon elle aurait été à la maison ce jour-là. Tout le monde était sous le choc, comme une catastrophe, une tempête.

Le 18 octobre, les experts nous avaient tous fait sortir dans la rue de 14 heures à 18 heures 30. Même pour aller chercher une petite chose, la police a refusé, on m’a dit que je risquais ma vie. Mais après, l’expert a dit qu’il n’y avait pas de danger, on est rentrés, on avait confiance. Après l’effondrement, je suis retournée une fois dans mon appartement, pour voir. La moitié est tombée avec le 63. Aujourd’hui, ma mère, dès qu’elle sort de notre nouvel appartement, elle va voir la rue d’Aubagne. Elle pense à si elle avait été là, aux voisins.

 

Ex-habitante du 61 rue d’Aubagne, Naïma E. a conservé plusieurs vidéos du 5 novembre. (Image LC)

Sandra Comptour, architecte, co-auteure du plan-guide d’une rénovation de Noailles pour la Soleam, membre du conseil citoyen des 1er et 6e arrondissements

Je me souviens, le 5 novembre, j’ai vu de la fumée au bas de la rue d’Aubagne. J’allais au travail sur le Vieux-Port. Je me suis dit : « qu’est-ce que c’est ? Un incendie ? ». Mais la fumée était blanche. Je me suis que ce n’était pas ça. Personne ne courait. Je me suis dit que c’était une brume très localisée. Ce jour-là, je ne suis pas montée voir, faire ma commère du quartier. Je suis passée par la rue de Rome et j’ai vu cette même poussière qui descendait en nappe. Je me suis encore dit que c’était de la brume. Je suis allée au bureau.

Quelques minutes plus tard, vers 9 h 45, j’ai eu un coup de fil d’Éric Baudet (co-auteur de l’étude) qui m’a dit qu’il s’agissait d’immeubles effondrés. Je suis tombée des nues. Je suis tout de suite allée voir la cartographie et j’ai pensé à ces immeubles. Mais j’avais oublié qu’il y avait des habitants au 65. J’étais tétanisée. Dans les jours qui ont suivi, la carte qu’on avait construite avec un code couleur selon l’état des immeubles a commencé à circuler. Avant cela, elle avait été présentée sans susciter de réactions. C’est très bien qu’elle ait fait réagir, cela construit une veille citoyenne qui ne s’est pas démentie depuis.

Maël Camberlin, propriétaire d’un appartement au 69, rue d’Aubagne, détruit après les effondrements 

Je me souviens, le 5 novembre, je suis parti de chez moi vers 8 heures 30. Emilie, ma compagne était partie à 8 heures. Je suis allé déposer ma fille à la crèche du Cours Julien puis j’ai pris le bus pour Aubagne, où je travaille. Vers 10 heures 30, mon sous-directeur a appelé un collègue à moi pour savoir si j’étais là. Il venait d’écouter la radio. Je suis allé voir sur internet et j’ai vu que les immeubles 63 et 65 s’étaient effondrés. À midi, je suis allé sur place. Il y avait un cordon de police on ne pouvait pas aller devant. Alors je suis allé à la mairie des 1/7. Il n’y avait encore pas grand monde et avec quelques autres personnes ils nous ont emmenés dans la salle principale. Là, il y avait une table avec deux personnes qui ont enregistré notre nom, prénom et adresse. On a voulu avoir des informations mais on nous a dit de retourner voir les pompiers. Je suis retourné à Noailles, j’étais tout seul, Émilie travaillait. Je suis retourné sur les lieux, on ne pouvait toujours pas accéder à nos logements. Nous n’avions toujours aucune information sur ce qu’il se passait. Quoi ? Comment ? Pourquoi ?… rien !

Vers 17 heures j’ai appris qu’un troisième immeuble s’était effondré, le 67, emportant avec lui une partie du mur mitoyen du 69, notre immeuble. Je suis retourné sur place pour voir le bâtiment effondré, et le nôtre, juste à côté. J’ai demandé ce qu’il se passait, mais je n’ai eu aucune information. Tout se cassait la gueule et on ne savait pas pourquoi, on ne savait pas ce qu’on pouvait faire, on ne savait rien..

On a erré pendant deux mois et demi. C’était un bordel sans nom, nous n’avions pas d’information et personne pour nous aider. On était seuls. Comme si on nous avait dit « prenez ces sandwichs et démerdez vous ». Mais notre cas n’est pas représentatif, nous on se débrouille, on a compris vers qui se tourner… on insiste et on ne lâche rien. Émilie a compté, rien que pour notre report de prêt à la banque, on a 27 échanges de mails et de courriers, sept rendez-vous physiques et je ne sais pas combien de coups de téléphone. Mais comment font les autres, ceux qui ne savent pas ?

Propos recueillis par Violette Artaud, Lisa Castelly et Benoît Gilles

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.