Le malaise grandit dans les services de la politique de la ville

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le 2 Mai 2016
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Ils sont les techniciens discrets du grand chantier qu'est la politique en faveur des quartiers les plus pauvres. Pourtant, la semaine dernière, les employés du GIP politique de la Ville ont exprimé leurs inquiétudes dans une lettre à leur hiérarchie que Marsactu s'est procurée. Il y menaçaient de faire grève.

Une vue de la cité Bellevue, rue Félix-Pyat, concernée par la politique de la ville depuis plusieurs décennies.

Une vue de la cité Bellevue, rue Félix-Pyat, concernée par la politique de la ville depuis plusieurs décennies.

“Le contexte social est difficile, les associations des quartiers sont très fragilisées et bien seules. Les technicien-nes ne veulent pas être les boucs émissaires des difficultés de mise en œuvre d’une politique de la ville combien nécessaire dans les quartiers en difficulté de Marseille.” Dans le milieu policé des travailleurs de l’ombre de cette politique en faveur des quartiers populaires, cet extrait d’une lettre de revendication des employés du groupe d’intérêt public (GIP) de la politique de la ville détonne. Envoyée la semaine dernière à leur présidente, Arlette Fructus, au directeur général adjoint à la métropole, Domnin Rauscher et au préfet délégué pour l’égalité des chances, Yves Rousset, cette missive a mis dans l’embarras les responsables municipaux et ceux de la métropole. Surtout qu’elle se conclut sur l’annonce d’une grève possible de ces salariés, prévue pour ce lundi.

Les techniciens en question, au nombre de 80, sont ces chevilles ouvrières qui s’emploient à mettre en place depuis leurs bureaux et sur le terrain les programmes dits de politique de la ville, c’est à dire et pour faire court, la politique commune de l’État et de la ville en faveur des habitants des zones les plus pauvres de Marseille. Interlocuteurs privilégiés dans ces quartiers, ils ont bien souvent la lourde tâche de jouer les intermédiaires avec les élus, et de prendre quelques coups à leur place.

L’avenir incertain au sein de la métropole

Les craintes des techniciens du GIP vont de paire avec le grand chamboulement qui secoue tous les services de la Ville : la création de la métropole. En effet, la politique de la ville fait partie des compétences transférées à la nouvelle méga-entité territoriale et les techniciens nagent depuis des mois dans le flou quant aux conditions dans lesquelles va se dérouler ce changement d’échelle. Certes, ils y travailleront aussi sous l’autorité de Jean-Claude Gaudin et y retrouveront la présidente du GIP, Arlette Fructus, en vice-présidente en charge des questions d’urbanisme, mais le groupement d’intérêt public qui réunit les représentants de l’Etat de la Ville devrait disparaître. “Le GIP devait se terminer en décembre 2015, on l’a prolongé par précaution quand le devenir de la métropole était incertain. Il durera jusqu’à fin 2016, puis les employés passeront dans l’administration de la métropole”, explique cette dernière.

Les techniciens déroulent en 9 points leurs inquiétudes. Ils y demandent des garanties sur le maintien de leurs salaires et de primes compensatoires pour les heures supplémentaires, le recrutement de 8 postes qui leur aurait été promis pour pallier des “sous effectifs chroniques insupportables pour les équipes depuis 18 mois”. Mais les revendications portent aussi sur des questions plus liées à la gestion de personnel, telle que “la reconnaissance de tous les types de métiers au sein du GIP” afin que des personnes ne se trouvent pas “cantonnées à des tâches plus administratives”.

Tensions en interne et conséquences sur les missions

Dans ces demandes, se devine un climat plus que tendu en interne. Est notamment espéré un “management plus à l’écoute en matière de ressources humaines, pour travailler dans des conditions de respect mutuel et de climat serein” ainsi qu’une “refonte complète des modalités de travail et le rétablissement de liens de confiance entre le Comité Directeur et les agents opérationnels”. Le tout chapeauté du désir que “les salariés seront associés et écoutés dans la définition dʼun projet pour le futur service politique de la ville de la métropole”.

Les salariés en colère avaient prévu de déclencher leur mouvement ce lundi alors que doit se tenir un conseil d’administration du GIP. Visiblement, la perspective du premier mouvement social de la métropole a accéléré le dialogue social.

Selon nos informations, la charge a été entendue et des négociations auraient abouti à un accord, dès vendredi. “Nous avons trouvé des interlocuteurs à l’écoute. Une porte s’est ouverte”, résume sans plus de détails un des salariés membre du mouvement de contestation. “Il n’y a pas eu de négociations, nous avons accompagné, expliqué, rassuré, minimise Arlette Fructus. On leur a dit que les choses se feraient, mais que le calendrier de la métropole, on ne le maîtrise pas”. Quoi qu’il en soit, la grève ne devrait pas avoir lieu et la colère se calmer, pour le moment. Mais l’événement devrait faire date.

“Au vu des résultats sur le terrain, je sens bien que les choses n’avancent pas : il n’y a pas de pilote dans l’avion”, attaque Samia Ghali, maire des 15e et 16e arrondissements qui siégeait jusque-là au conseil d’administration du GIP. J’espère que la politique de la ville ne passera à la moulinette de la métropole.” Car, derrière la grogne sociale, c’est la direction que va prendre cette politique de cohésion sociale qui inquiète le plus les salariés. En passant à la métropole, cette compétence quitte un peu plus le giron de l’État. Elle risque également de se diluer dans une institution naissante à petits bras.

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Commentaires

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  1. neplusetaire neplusetaire

    LA GRANDE HYPOCRISIE SOCIALE. COHESION SOCIALE, moi je ne vois que de l’incohérence.

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  2. leravidemilo leravidemilo

    Le malaise grandit, et n’a pas cessé de croitre! La politique de la ville est elle même un échec depuis son importation mittérandienne (ça ne fait guère que 34 ans), et avec elle celui de la “ségrégation négative” dont on a eu tout le temps d’observer le retournement de “donner plus à ceux qui ont moins” à donner plus a ceux qui sont moins”. Bien entendu, ils n’ont pas eu plus, si ce n’est une absence permanente d’accès à la démocratie (“pas sans nous”;..). Le peu de bien qui pouvait s’en extraire tenait à l’opérationnalité des équipes, à l’implication de l’ état et à une action qui soit proche de la proximité. Avec la métropolisation de cette politique, on acte (là aussi) le “retrait” de l’état et on bondit clairement loin de la proximité, en rapport avec l’ampleur du territoire. Qui plus est les réalités et modes de fonctionnement des différentes équipes sont très hétérogènes, leur culture du travail aussi, par exemple entre aix et marseille, et on voit mal ce que produire une telle “mutualisation”. La aussi, métropole grooosss malheur. De Profondis!

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