Boîte de nuit, promotion immobilière, constructions illicites, galerie d'art à ciel ouvert : depuis des années, l'ancienne usine de plomb de l'Escalette attire les projets plus ou moins légaux et souvent éphémères. Tandis que la dépollution se fait attendre, la justice a condamné mercredi un occupant du site à six mois de prison avec sursis pour construction illégale.

C’est une cathédrale industrielle posée dans un vallon calcaire. Entre Saména et les Goudes, l’ancienne usine de plomb de l’Escalette fait partie du patrimoine historique du parc national des Calanques. Depuis la route, son alternance d’arches et de piliers se devine au fond d’une large cour bordée de petites maisons. Dans ce vaste domaine de 3 hectares, dont Georges Anselme a hérité après maints changements de propriétaires, les occupants se succèdent depuis des années. Pas toujours dans la légalité…

Mercredi, Thierry Marcadé, éphémère président du comité d’intérêt de quartier de l’Escalette, a été condamné à six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour construction sans autorisation au cœur d’un parc national, infraction au plan local d’urbanisme et obstacle au droit de visite des services de l’urbanisme.

Résidence étudiante atypique

Il lui est reproché d’avoir bâti une villa de 200 mètres carrés à partir d’une des ruines, située dans une ruelle interne à la friche barrée par un portail. Certes, après la fermeture  de l’usine en 1925, les anciens logements des ouvriers – l’entreprise en logeait gratuitement les deux tiers sur place – et de la direction sont progressivement sortis du domaine de l’Escalette, donnant progressivement naissance à un micro-quartier ancré autour de son petit port. Mais si les maisons qui sont toujours restées debout ne sont pas contestées, les règles d’urbanisme interdisent toute reconstruction, surtout depuis la création du parc national des Calanques en 2012.

Capture d’écran Géoportail.

« Il y avait aussi des caravanes et des locations saisonnières sur Abritel ou Airbnb. À une époque, il louait à des étudiants de l’école nationale de la marine marchande, mais ils sont partis quand on leur a expliqué qu’ils pouvaient être expulsés à tout moment », nous racontait Georges Anselme en marge de l’audience. Aujourd’hui encore, Thierry Marcadé « occupe un terrain de 800 m2, se prévalant d’un bail », précise l’avocat du propriétaire, qui a lancé depuis 2011 une procédure afin d’obtenir son expulsion. Pendant cette procédure, Thierry Marcadé a affirmé être titulaire d’un bail emphytéotique initialement signé en 1952 mais qui ne porte que sur 54m² et autorisant seulement la construction d’un cabanon de plaisance. Le cas aurait été « définitivement tranché en novembre 2015 par la cour d’appel », mais la trêve hivernale et un pourvoi en cassation ont reporté sa mise en œuvre, qui pourrait intervenir à partir du 1er avril. Lors de notre passage, le « domaine Marcadé » semblait encore habité par plusieurs personnes.

Le fantôme de l’Escalette

Pour Thierry Marcadé, il s’agit en fait d’une confirmation d’un premier jugement rendu en mai 2016 « par défaut », en son absence. En apprenant sa condamnation, il a fait opposition à ce jugement. À la grande surprise du tribunal, comme du propriétaire des lieux et du parc national des Calanques, parties civiles dans l’affaire, il était de nouveau absent ce mercredi et non représenté par un avocat. « C’est donc itératif défaut, c’est-à-dire que l’on revient au premier jugement », s’est contentée de constater la présidente.

Aux dernières nouvelles, Thierry Marcadé serait en Inde, un pays où il se rendrait souvent. Depuis 2009 et la première visite de contrôle des services de l’urbanisme, il n’a cessé de jouer au chat et à la souris avec les autorités, demandant des reports de rendez-vous, ne se rendant pas aux convocations… jusqu’en juillet 2011 où il refuse à l’agent municipal la visite des lieux, ce qui constitue une infraction.

L’arrière de l’usine.

Boîte de nuit et projet immobilier

Sur le plan pénal, il reste encore à Thierry Marcadé la possibilité de faire appel de ce jugement. Si c’était le cas, nul doute qu’il mettrait en avant son activité passée dans le quartier. Ironie de l’histoire, comme en témoignent des coupures de presse, il a en effet participé à la condamnation en 2004 d’un autre occupant de l’Escalette. À l’époque, le quartier était remonté contre une boîte de nuit, qui, en plus de pousser les basses, avait jugé bon de construire une extension de 260 m2 pas vraiment prévue par son bail commercial. Malgré le jugement, l’établissement mettra plus d’un an à couper la sono. Dans les années 90, une casse auto illégale s’était également installée sur place.

En 2009, Thierry Marcadé fait aussi partie des requérants qui font annuler la vente du domaine à un promoteur immobilier, au motif que la préemption n’avait pas été proposée aux collectivités, comme l’oblige la loi. Mais l’association de défense et de préservation du site de l’Escalette, dont il prend alors la présidence et qui est censée mettre en valeur les lieux, ne brillera pas par ses activités, ni son nombre d’adhérents… Contactée par Marsactu, l’actuelle présidente du CIQ Yvette Campana minore le rôle de Thierry Marcadé dans ces batailles, tout comme l’élue communiste du secteur Marie-Françoise Palloix.

Cocktails en friche

Dernier en date de cette succession d’occupants, Eric Touchaleaume semble pour l’heure avoir les faveurs du quartier. Ce galériste parisien loue à Georges Anselme les trois hectares qui correspondent à l’ancienne usine, moins la partie occupé par Thierry Marcadé. « Il est tombé amoureux de l’Escalette » selon les mots d’un habitant. « Il participe beaucoup à la vie associative, il accueille le repas d’été du CIQ, il a tout nettoyé… » Pendant tout l’été 2016, il a fait visiter le site, où était installée une exposition d’habitat tropical de Jean Prouvé. Une réédition est prévue cet été autour de « l’utopie de l’habitat plastique ».

Projetant déjà les saisons jusqu’à 2020, Eric Touchaleaume a aussi fait travailler un architecte sur la transformation du site en « parc de sculpture et d’architecture ». Marie-Françoise Palloix lève toutefois les sourcils : « C’est très pittoresque sauf que c’est quand même pollué et qu’il y organise des cocktails. » Dans son autorisation, qui ne concerne pour l’heure que l’installation de quelques œuvres d’art, le parc national des Calanques avait d’ailleurs exclu tout « accueil du grand public ».

Le crassier situé dans un vallon au sud-est de l’usine.

À sa décharge, la présentation de la visite mentionne clairement le contexte : « L’ouverture à la visite de la Friche de l’Escalette – dans des conditions restrictives étroites afin d’éviter tous risques d’accident – n’a donc rien à voir avec celle d’un parc d’attraction ou culturel classique, mais constitue un acte militant visant à sensibiliser le public à l’intérêt de préserver ce patrimoine industriel remarquable et de la nécessité impérative de le dépolluer dans les meilleurs délais. »

La partie la plus polluée du site est le crassier situé dans un vallon propriété du conseil départemental. Sur ce plan aussi la cathédrale de l’Escalette regarde passer les années et se succéder les préfets. L’occupant actuel de la préfecture a créé en septembre 2016 un comité d’information autour des opérations de dépollution. Reste à savoir si le budget limité – 3 millions d’euros pour tout le littoral Sud – permettra d’honorer la vieille promesse et d’envisager un avenir pérenne pour le site, avec ou sans squatteurs.

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commentaires
  1. julijo julijo

    moins finaud que ghalli ce marcade….
    elle a réussi, elle, avec sa piscine !!

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  2. neomars neomars

    Du côté d’Euromed, le « glorieux patrimoine industriel » on le rase avec moins d’états d’âme … Peut-être que les amoureux des vieux entrepôts peuvent déménager à Legré-Mante et qu’on peut prendre un peu du budget vigi-pirate pour retrouver la nature … en espérant que l’hélico de la sécurité civile fera moins de raffut que dimanche dernier: à quoi bon interdire les jet-ski si c’est pour brûler l’argent du contribuable en balades en hélico bruyantes !

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