Les feux sont au vert pour le futur cinéma de la Canebière

Info Marsactu
Benoît Gilles
12 octobre 2017 13

Annoncé depuis plusieurs années, le projet de cinéma sur le haut de la Canebière est sur le point de démarrer. L'entreprise Artplexe a déposé son permis de construire pour un commencement des travaux début 2018. À première vue, le cinéma et ses sept salles n'affichent cependant plus l'ambition d'être un complexe pluri-culturel.

Extrait du permis de construire. Agence Wilmotte.

« Chat échaudé craint l’eau froide ». « Pas de communication pour l’heure ». « Patientez quelques semaines… » Les porteurs du projet Artplexe, nom de code d’un complexe cinématographique qui doit servir de poste avancé du renouveau de la Canebière, éconduisent toute demande médiatique en attendant la présentation officielle du projet. En 2015, la publication par La Provence, d’une infographie censée représentée le futur cinéma avait provoqué l’ire des architectes de l’agence MAP, associés au projet. Ils avaient aussitôt demandé un droit de réponse spécifiant que l’image diffusée était « entièrement imaginée par la rédaction de La Provence ».

Le projet a donc avancé dans la plus grande discrétion. Depuis plusieurs semaines, la maire de secteur (LR) Sabine Bernasconi dit à qui veut l’entendre que tous les signaux sont au vert, précipitant de fait le déménagement de sa mairie qui se trouve sur l’emprise du complexe dans l’ancienne maison de la région au premier trimestre 2018. Le cinéma disposera ensuite d’un délai de trois ans pour être construit. « Le projet a eu un avis favorable de la commission départementale d’aménagement cinématographique, de l’architecte des bâtiments de France et son permis est purgé de tous recours, explique l’élue. Il ne reste plus que des discussions internes liées à l’exploitation. »

Changement de président et de société

En effet, le porteur du projet Jean-Jacques Léonard est désormais associé à Philippe Dejust, patron de Cap’Cinéma, qui gère plus d’une vingtaine de salles en France. L’exploitant est entré au capital en mai dernier en prenant la présidence d’Artplexe Canebière en mai dernier. Jean-Jacques Léonard en est le directeur général. Le même schéma que pour la première société Artplexe, immatriculée à Paris et présidée par le producteur Gérard Vaugeois. Son capital de 800 euros qui avait fait jaser l’opposition lors d’un conseil municipal en juillet 2015, laquelle comparait le projet à celui de Kachkar, faux repreneur canadien de l’OM. « Il y a quand même une surprise quand on constate que l’entreprise a moins d’un an et qu’elle a 800 euros de capital, soulignait Patrick Mennucci, l’ancien maire de secteur socialiste. J’ai quand même un très grand doute sur le fait que ce soit in fine cette entreprise qui puisse gérer le projet ». Le doute est levé puisque c’est la seconde société présidée par Dejust et capitalisée à hauteur de 50 000 euros qui a déposé le permis aujourd’hui validé.

Qui dit permis, dit consultation possible au service d’urbanisme de la Ville. Constituée de citoyens curieux et amateurs de cinéma, la rédaction de Marsactu a donc testé l’efficacité du service public municipal. Loin de la qualité numérique, les vues d’architecte permettent tout de même d’apprécier un bâtiment tout en proue, dessiné non pas par les Marseillais de MAP mais par l’agence internationale de Jean-Michel Wilmotte, les premiers glissant au rang de maître d’œuvre d’exécution.

Extrait du permis de construire. Agence Wilmotte.

Tête de proue de la Canebière

Trapézoïdal, l’immeuble prolonge l’îlot bâti de la Canebière en empiétant largement sur le square Léon Blum et fait face au kiosque des Mobiles et, plus loin, à l’église des Réformés, récemment versée à l’inventaire des bâtiments historiques. Garante de leur protection et des immeubles qui poussent autour, l’architecte des bâtiments de France a rendu un avis favorable. « Le projet respecte les objectifs en matière de mise en valeur de La Canebière et du bâti accompagnant les grands axes urbains, écrit Hélène Corset, tout en soulignant le peu d’intérêt de l’actuelle mairie de secteur « dont l’intérêt architectural limité permet la démolition ». L’architecte des bâtiments de France salue l’effort d’intégration et recommande tout de même de « présenter des échantillons des matériaux prévus en façades et toiture ».

Car la particularité du projet est d’offrir des façades lamées en alternance de béton matricé et métal dans les étages qui contiendront les sept salles obscures (six de 94 places et une de 280). Une partie vitrée offrira à la fois transparence et effet miroir au niveau du grand hall et de la brasserie en rez-de-chaussée. De même, le restaurant panoramique avec terrasse situé sous le toit offre une ligne entièrement vitrée. À la proue du bâtiment, une terrasse fait face aux Réformés et un écran animera la façade, un signal déjà présent dans le projet avorté de MK2.

Extrait du permis de construire. Agence Wilmotte.

Feu vert de la commission cinéma

Le permis de construire ne dit rien de l’offre cinématographique, si ce n’est par le biais de l’avis positif de la commission départementale. Celui-ci souligne le sous-équipement marseillais « particulièrement dans le domaine de l’art et essai » et déclare le projet sans « incidence importante sur la fréquentation » des salles classées art et essai à proximité. Une incidence qui ne comprend que le Gyptis et l’Alhambra à l’Estaque. Rachetées il y a peu, les Variétés apprécieront. Le dernier cinéma de la Canebière a perdu son classement depuis plusieurs années.

Consultée, l’adjointe au commerce, Solange Biaggi va jusqu’à chiffrer le déficit en cinémas : « Le marché art et essai est sous-exploité à Marseille et tend à se dégrader avec un déficit de l’ordre de 20 salles ». Lors d’un débat en conseil municipal au sujet de l’implantation d’Artplexe, l’adjointe à l’urbanisme, Laure-Agnès Caradec avait souligné le retard de Marseille tous fauteuils confondus : « Marseille compte 9 cinémas, soit 8 147 fauteuils, portant le ratio de fauteuils à 9,6 pour 1 000 habitants, alors que Bordeaux a un ratio de 33,3 et Lyon 36,7 ». Pas sûr que les six salles du projet marseillais suffisent à inverser la tendance.

La fin de l’offre commerciale

Lors du même débat, les élues de la majorité mettaient en avant l’offre diversifiée du futur cinéma de la Canebière, bien au-delà de ses seules salles : « de l’offre de restauration, de librairie, de galerie (…) des salles d’exposition, avec une architecture qui pourrait être un encadrement vitré, des expositions qui se voient autant de l’extérieur que de l’intérieur, qui attireraient bien au-delà d’un simple cinéma d’art et d’essai« .

Extrait du permis de construire. Agence Wilmotte.

Or, le projet soumis à permis de construire ne comprend plus de volet commercial. Ni librairie, ni autres commerces en dehors du restaurant sous les toits et de la brasserie tout en bas. Une « adaptation programmatique » qui s’éloigne de l’objet pluri-culturel longtemps vanté puisque l’offre se résume à des salles de cinéma et des commerces de bouches, ces derniers permettant de possibles expositions. En revanche, « ces salles de cinéma pourront se diversifier afin de proposer des spectacles vivants (musique, théâtre, danse, etc.) ou encore accueillir des conventions d’entreprises, des séminaires, des colloques ou des réunions privées ». Une offre que la société Cap’cinéma propose déjà dans son réseau et qui offre un débouché supplémentaire, mais éloigne le lieu du complexe culturel qu’il était censé incarner.

13
commentaires

  1. mrmiolito mrmiolito

    Un cinéma d’Art & Essai en plus, et un restaurant sympa donnant sur la Canebière, ce serait déjà pas si mal, on ferait sans la librairie puisque Maupetit est sur le trottoir d’en face, merci. Architecturalement c’est bien plus joli que l’atroce mairie actuelle.
    Je ne crois pas que ça coulerait le Variétés (qui est bien reparti en prog et fréquentation, depuis son rachat), bien au contraire. Il y aurait la place dans une métropole de 1 million d’habitants pour quelques salles de plus !
    Commentaire rédigé intégralement au conditionnel, bien sûr, depuis le temps qu’on nous promet cet équipement…
    PS Par contre (et pas au conditionnel), le Pathé Madeleine, dont l’entrée est actuellement à 11,20 € en plein tarif (hors 3D !) n’en a plus pour longtemps s’il ne revoit pas ses tarifs proprement suicidaires… On prend le pari ? Il sera fermé avant qu’ouvre celui de la Canebière…

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  2. Savon Savon

    J’ai acheté il y a un un appartement qui fait face au square Léon Blum, qui comme beaucoup de places à Marseille possède un fort potentiel inexploité, voire gâché. Donc je me réjouis évidemment de ce projet de requalification, et de cette nouvelle offre de cinéma qui ne sera pas de trop en centre-ville. La brasserie et le restaurant sont également de bonnes nouvelles pour le quartier qui manque cruellement d’endroits agréables, ne serait-ce que pour prendre un café.
    En revanche, je m’étonne de l’emprise du projet sur la place. À l’époque du MK2, le projet avait été retoqué car mettant soit-disant en péril le patrimoine architectural de la Canebière (selon moi davantage menacée par les enseignes et façades immonde de la plupart des commerces) par son étalement. Dans le cas présent, le projet est encore plus grand et l’architecture discutable (on pouvait de toute façon difficilement faire pire que la mairie actuelle). Le bâtiment vient largement boucher la vue actuellement dégagée des riverains. Étant propriétaire dans le quartier, je défends évidemment mon intérêt, mais je pense que l’on devrait s’interroger sur cette grande place qui pourrait être belle sans être rognée…

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    • Savon Savon

      La mairie me signale que les recours sont purgés et que nous n’avons plus aucune alternative pour contester l’emprise du bâtiment. Or, étant donné que tout s’est déroule dans le plus grand silence et que nous découvrons aujourd’hui seulement le bâtiment, est-ce légal ?

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    • Jules Jules

      Je suis d’accord avec vous, alors que l’espace public à marseille est exsangue de réhabilitation, je ne m’attendais pas à une emprise aussi importante sur l’espace public. Alors oui la mairie traite les espaces publics, mais majoritairement ceux dédiés au tourisme et à la déambulation commerciale apparente, plutôt que les rues annexes utilisées par les habitants (par exemple Libération qui regorge de magasins mais qui souffrent de l’état de la rue). A quand la mise en place définitive de l’AVAP du centre ville (Aire de Valorisation de l’Architecture et du Patrimoine), et d’utiliser ce texte de manière réglementaire et non plus indicatif comme j’ai l’impression que cela se déroulait avec les anciens textes des ZPPAUP ? La ville avance mais il serait tellement bienvenue que les habitants aient des façades rénovées, que les commerçants jouent le jeu et uniformisent un tant soit peu leurs vitrines pour créer une cohésion à l’échelle de tout le centre ville…

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    • Savon Savon

      C’est vrai, il faut reconnaitre que la ville avance. Mais il y a encore trop de projets insensés, lancés n’importe comment et sans discussions au détriment des priorités. Et encore, quand ils se concrétisent !

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  3. Cehere Cehere

    Encore une bétonisation de l’espace public. Rien n’échappe à l’appétit des promoteurs à Marseille…

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    • patrick patrick

      c’est vrai que les merdes actuelles sont attractives et enrichissent la ville

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  4. LaPlaine _ LaPlaine _

    A priori, je ne vois pas trop la différence avec le projet MK2 et l’esthétique des rendus ne m’est pas convaincante dans son environnement. Il est préférable que ce projet ait été recentré sur le cinéma et la restauration. En effet Maupetit est en face et les espaces multi-fonctions sont difficiles à « rentabiliser » pour le gestionnaire.

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    • Savon Savon

      Je suis d’accord avec vous. La mairie m’a répondu que le projet avait été recalé car trop haut ! J’ai du mal à le croire quand je vois ces esquisses. C’est personnel mais je trouvais le projet MK2 beaucoup moins imposant et plus contemporain.

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    • LaPlaine _ LaPlaine _

      Oui je ne vois pas trop en quoi ce bâtiment s’inscrit dans le respect du bâti de cet axe comme le dit l’architecte des BF. Pour moi c’est plus ou moins une brique posée à la pointe des réformés. Mais c’est une « grand » cabinet qui l’a proposé alors…tout est permis. Ceux qui ne seront pas séduits ne connaissent certainement rien à la « vision » architecturale…

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  5. Trésorier Trésorier

    Je trouve dommage qu’on aie validé la disparition d’une partie du square Léon Blum.

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    • Savon Savon

      La question est : qui a validé la disparition d’une partie du square ? Certainement pas les riverains !

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