Enseignants et parents du collège Versailles refusent trois ans de cours dans un chantier

Reportage
Violette Artaud
15 Mar 2019 5

Ce jeudi matin, parents d'élèves, professeurs et élèves du collège Versailles ont manifesté devant les portes du conseil départemental. Ils demandent la délocalisation des cours pendant les travaux de rénovation qui arrivent enfin après 15 ans d'attente. Le département semble faire la sourde oreille.

Ils n’étaient qu’une petite centaine mais ont fait beaucoup de bruit. Ce jeudi matin, parents d’élèves, professeurs et élèves du collège Versailles, dans le 3e arrondissement, ont décidé de crier un bon coup. Depuis le 26 février, ils bloquaient déjà le collège pour exprimer leur colère : alors que le chantier de la construction d’un nouvel établissement est enfin annoncé pour septembre, aucune délocalisation n’est prévue. Problème, durant les trois années que le chantier doit durer, les cours vont devoir se poursuivre sur site. 

« Ça fait des années qu’on nous balade avec ces travaux. Et le jour où on va enfin les faire, on nous dit que les enfants vont rester sur place, dans la pollution, le bruit et l’amiante ?, s’indigne Chloé Muscat, professeur d’anglais. On doit gérer des primo-arrivants, lutter contre l’illettrisme, on a besoin de moyens et de personnel, on n’a rien de tout ça et on veut nous ajouter des travaux et du bruit ! »

Ce jeudi matin, après trois semaines de blocage et alors qu’aucune solution concrète n’a été proposée, les enseignants et parents d’élèves qui demandent la délocalisation des cours pendant les travaux, ont décidé de changer de méthode de contestation.

« On veut une école ! »

Munis de pancartes, casseroles, sifflets et drapeaux, ils vont effectuer le trajet qui les sépare du conseil départemental, en charge de la construction et de la gestion des collèges. De l’impasse qui porte le même nom que ce collège, lui-même enclavé entre la passerelle de l’A7 et des bâtiments où l’insalubrité, voire le péril, atteignent leur paroxysme, jusqu’aux bureaux de Martine Vassal, les slogans résonnent : « Vassal, on arrive ! », « on veut une école ! », « une réponse, du respect, s’il vous plaît ! », chantent en chœur les enfants, accompagnés de leurs parents. « Nous ne sommes pas contre les travaux mais les enfants doivent aller ailleurs, s’inquiète une maman. On ne va pas juste repeindre la façade. Ce sont des travaux lourds, que l’on demande depuis 20 ans ! »

« Martine Vassal a pris le numéro, elle a dit qu’elle allait trouver une solution mais elle a jamais rappelé », croit savoir Mohamed, élève de 5e. Arrivé sur le parvis du conseil départemental, le cortège se fait stopper par plusieurs CRS. Sans se démonter, une bande de jeunes garçons tient fièrement face au bâtiment et aux forces de l’ordre une grande banderole sur laquelle on peut lire « réquisition pour la délocalisation du collège Versailles ». 

Un entretien mais pas de réponse claire

Massés derrière, les manifestants continuent de taper sur des casseroles, souffler dans des trompettes, chanter à tue-tête. Pour qu’enfin, au bout d’une bonne demie-heure passée dans le froid du mistral de mars, on annonce qu’un entretien est possible avec les services de Martine Vassal. Une parent d’élève, trois professeurs et un syndicaliste prennent, plein d’espoir et remontés comme des coucous, les marches qui mènent au bateau bleu. Avant d’en ressortir un peu plus tard sans bonne nouvelle. « La seule chose qu’on nous a fait comprendre, c’est que si on continue à demander la délocalisation, on allait retarder les travaux », s’exaspère Chloé Muscat, qui faisait partie de la délégation.

« La réponse à la délocalisation du collège est globalement non. Pour eux, c’est une question de temps : pas le temps d’organiser cela », complète une autre professeure du collège Versailles.

Parmi les pistes envisagées, celle qui revient le plus souvent est une relocalisation à la caserne du Muy, à la Belle-de-Mai, où doit se déployer le projet Quartiers libres (lire notre article). Une solution également mise sur la table par la maire de secteur radicale, Lisette Narducci. Et balayée par les représentants du département qui recevaient la délégation. « Pour la caserne du Muy, on nous dit qu’il faudrait plusieurs années pour faire les travaux d’aménagement nécessaires« , indique encore la professeure citée plus haut.

Pour Lisette Naducci, cqui est aussi conseillère départementale, la solution des casernes du Muy est belle est bien envisageable. « Une reconstruction avec une délocalisation prendrait deux ans au lieu de trois et permettrait d’économiser 10 millions d’euros. On pourrait donc utiliser ces économies pour la mise aux normes », poursuit l’élue, qui envisage que l’État, propriétaire des lieux, puisse mettre la caserne à disposition.

Bataille politique

Ce jeudi matin, Martine Vassal, questionnée sur le sujet par France Bleu Provence, a employé ce temps d’antenne pour revenir sur cette proposition. « Si personne ne veut de cette reconstruction et en particulier madame la maire de secteur Lisette Narducci qui monte la fronde en manipulant les enfants, on arrête le projet et on repart pour cinq ans de procédure. Car la caserne du Muy n’appartient pas au département », s’est-elle attardée tandis qu’on lui demandait s’il était possible de délocaliser les enfants pendant les travaux. Contacté par Marsactu, les services du département n’ont pas apportés plus de précisions sur le fond du sujet.

Du côté de la mairie de secteur, on se dit « choqué des propos tenus par la présidente ». « Je ne suis absolument pas dans la manipulation mais plutôt dans la recherche de solution, réagit Lisette Narducci. Martine Vassal est de mauvaise foi et je suis dans mon rôle ».

Aucune piste écartée par le rectorat

« Martine Vassal fait du chantage et accuse Narducci de vouloir faire capoter des travaux qu’elle n’a jamais faits [dans la précédente majorité de Jean-Noël Guérini, ndlr], de l’autre côté, on veut se servir de nous pour nuire à Vassal, analyse un professeur qui souhaite rester anonyme. Mais nous on a besoin d’une réponse rapide. Les préfabriqués arrivent en mai et il va bien falloir décider d’un endroit où les poser. C’est maintenant ou jamais. » Du côté du rectorat, forcément soucieux de la sécurité des élèves, on déclare n’écarter aucune hypothèse.

« Nous travaillons main dans la main avec le département. Cet établissement a besoin de travaux depuis plusieurs années. Nous avons échangé avec la communauté éducative sur les pistes à étudier, nous y répond-on. Un terrain dans le coin, la caserne du Muy ou une reconstruction avec maintien de l’activité sur site, on n’écarte aucune piste. » Dans un courrier adressé ce mardi au personnel du collège, que Marsactu a pu se procurer, le recteur de l’académie reprend le même message avant de renvoyer la balle dans le camp du département : « Une réponse du conseil départemental interviendra rapidement. » Pour le moment elle pencherait donc plutôt pour un maintien sur site.

Tensions aux portes du collège

« Une partie des professeurs va se désolidariser car la contestation entre dans une forme de violence », rend compte un enseignant selon qui la situation « est en train de pourrir ». Ce dernier prône une sortie de crise rapide et un arrêt du blocage du collège. Ce que refusent catégoriquement certains parents. Ainsi, en début de semaine, la tension est montée d’un cran devant le collège Versailles. La police est intervenue pour ouvrir les grilles de l’établissement et quelques professeurs et élèves y ont pénétré. Des altercations ont alors éclatés entre parents d’élèves, tandis que les élèves qui ont passé le portail se sont fait huer. « La tension est aussi montée du côté des professeurs », ajoute-t-on.

Ce vendredi matin, une assemblée générale doit se tenir au collège Versailles, pour décider de la poursuite de la mobilisation. Face aux institutions qui ne cessent de se renvoyer la balle, les professeurs comptent demander la tenue d’une réunion qui rassemblerait le recteur, la présidente du département et le préfet. Pour qu’enfin quelqu’un daigne sortir Versailles de l’impasse.

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