En grève depuis un mois, les infirmiers du SAMU défendent une profession en pointe

Décryptage
le 16 Juin 2021
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Bras armé du SAMU des Bouches-du-Rhône, les infirmiers du SMUR sont en grève depuis un mois. Ils s'opposent à la création de nouveaux postes partagés entre les urgences et le Samu, qu'ils jugent dangereux. Une décision vécue comme un manque de reconnaissance de la spécificité de leur travail, après 15 mois de lutte contre le Covid.

Les infirmiers du Smur sont en grève depuis un mois. (Photo : Emilio Guzman)

Les infirmiers du Smur sont en grève depuis un mois. (Photo : Emilio Guzman)

Nous sommes des gens de première ligne, on ne fait pas de l’expérimentation avec des vies humaines“. Au SMUR (Service mobile d’urgence et de réanimation) de la Timone, l’indignation règne. Après plus d’un an de crise sanitaire, les infirmiers sont de nouveau au front, cette fois-ci contre leur direction. Depuis le 13 mai, ils sont en grève illimitée, soutenus par la CFDT de l’AP-HM (Assistance publique-Hôpitaux de Marseille), contre la création de postes dits “50/50”. Le principe est de travailler deux mois au service des urgences de La Timone puis rejoindre le SAMU (qui englobe le SMUR) les deux mois suivants. Dans une lettre ouverte adressée à leur direction, ils écrivent leurs craintes : “Une personne à 50/50 ne pourra pas au bout de deux mois dans un autre service, être opérationnelle du jour au lendemain pour partir en intervention sans être délétère pour le patient.

Des équipes sur le front du Covid

Pour les équipes du SMUR, cette décision soulève colère et incompréhension. Après avoir traversé les différentes vagues du Covid, le sentiment que leur travail n’est pas reconnu est prégnant. “On n’a pas compté nos heures, on a rogné nos vacances, on s’est donné corps et âmes”, se désole Justine*, infirmière au service pédiatrique du SMUR. La crise sanitaire a commencé il y a plus d’un an et a chamboulé les hôpitaux. Dans ce service, les vagues de contamination ont laissé un personnel soignant épuisé. Équipés de surblouses lourdes et chaudes, de gants et de lunettes dont la buée floute la vision, le travail est beaucoup plus contraignant. Et il prend plus de temps. La désinfection totale du camion ne demande pas moins de trois-quarts d’heure. Alors, dans ce contexte, cette nouvelle organisation est mal perçue. En grève, les infirmiers continuent, par obligation, de travailler, mais ne font plus leurs heures supplémentaires.

Depuis le début de la pandémie, ce sont toutes les pratiques médicales qu’il a fallu adapter, parfois même inventer. Les services de réanimation pleins, les missions d’évacuations sanitaires se sont multipliées. Les infirmiers ont vite dû se familiariser avec ces déplacements en train ou en avion jusqu’à Brest ou Toulouse. “Dans l’avion, ça m’est arrivé d’avoir un problème de batterie de respirateur pour un patient qui s’est retrouvé en apnée. On n’était pas préparés. On a pris le matériel pour le ventiler manuellement mais ça a été un vrai coup de stress”, se souvient Victor* ancien pompier et infirmier au SMUR depuis trois ans. L’imprévu est certes à la base du métier, mais il use, note Victor : “On a signé pour ça, mais même après vingt ans, on a toujours une boule d’angoisse avant de partir. Chez nous, le dicton c’est : toujours faire le pipi de la peur avant de partir.”

Les équipes ont aussi dû gérer l’afflux de patients. “Tous les hôpitaux périphériques ont transféré les patients lourds Covid à la Timone“, raconte Victor*. Le rythme du service a explosé. “Jusqu’à février, la plupart de l’équipe était à bout“. 25 % du personnel a été touché par le Covid et l’un d’entre eux est à ce jour encore hospitalisé.

Désinfecter un camion nécessite trois quarts d’heure. (Photo : Emilio Guzman)

“On sait quand on part, jamais quand on rentre”

En se mobilisant contre les nouvelles fiches de poste proposées par leur direction, le personnel infirmier entend faire reconnaître la spécificité de son travail, entre déplacements dans le grand quart Sud-Est et gestion des catastrophes. Cette particularité est non négligeable pour les infirmiers qui ne voient pas comment un poste 50/50 pourrait s’adapter. “S’il doit gérer le PSM [poste sanitaire médical, ndlr] à Marignane, il ne saura peut-être pas l’ouvrir, ni même où sont les clés”, soupire Claude. “On n’est pas meilleurs que les autres, on est complémentaires au service des urgences. Ce sont deux services de pointe et y travailler ça ne s’apprend pas en cinq minutes”, explique Justine*. “Qui vérifie l’hélico tous les jours ? Les véhicules radio-médicalisés ? Les véhicules annexes de secours ? Les kits, la pharmacie et les dates de péremption ?“, renchérit Marc*, un infirmier de 50 ans.

“Oui, le personnel a été touché par le Covid, mais comme tout le monde pendant cette crise. Ils avaient le matériel nécessaire de protection, des surblouses, des masques, gants et lunettes...” Contacté par Marsactu, le secrétaire général de l’AP-HM Pierre Pinzelli confie son étonnement face aux inquiétudes suscitées par ces nouveaux postes. “C’est une mesure approuvée par des autorités savantes qui ne trouvent pas ça dangereux, poursuit-il. Et puis nous avons un retour positif des médecins qui ont commencé ce type de poste à l’AP-HM. D’autres SAMU de France l’ont déjà mis en place, on est loin d’une révolution”. Il précise aussi que si ces postes étaient maintenus au terme de l’expérimentation, les infirmiers actuels du SMUR  ne seraient pas obligés d’y participer.

Cet aménagement ne fait pas retomber la tension et les infirmiers semblent déterminés à poursuivre la grève. Ils ont demandé une réunion avec la préfecture en présence de l’agence régionale de santé et espèrent la réécriture en concertation de la fiche de poste, voire l’abandon du projet. La direction quant à elle a prévu des ateliers qui mêleront les infirmiers SMUR et ceux des urgences pour travailler en amont sur l’intégration de ces postes avant le début du recrutement.

*Les prénoms ont été changés à la demande des intéressés.

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