[En accès libre] Un grand-prix de Formule 1 qui tourne à l’argent des collectivités locales

Décryptage
Rédaction de Marsactu
22 Juin 2018 6

Le grand-prix de Formule 1 du Castellet aura lieu le 24 juin prochain grâce à une forte participation des collectivités locales : près de 14 millions d'euros versés par la région, principale organisatrice de l'événement mais aussi par la métropole Aix-Marseille Provence.

Photo ERDA

Photo ERDA

Ce vendredi 22 juin, débarquent sur le Vieux-port des anciennes gloires de la Formule 1 pour un “road show”, une démonstration de pilotage des bolides. Dimanche, ce sera la course au circuit du Castellet dans le Var. Ce retour du grand-prix de France de Formule 1 s’est concrétisé en contrepartie d’une lourde participation des collectivités locales. Elles verseront environ 14 millions d’euros dont la majorité sera apportée par la région, promotrice de l’événement mais aussi la métropole Aix-Marseille Provence qui, après avoir rechigné, a versé son obole d’1,5 million d’euros.

L’État ne versera rien puisque Christian Estrosi qui a porté le dossier quand il était président de région l’a tenu écarté des discussions.  Avec les recettes propres à l’événement, l’argent public servira à équilibrer un budget d’organisation estimé à 30 millions d’euros dont 21 iront directement à la société organisatrice Formula One Group. Une équation pas au goût de tout le monde puisque le collectif Marseille en commun organise à 11 h 30 ce vendredi une manifestation contre le show marseillais : “notre ville asphyxiée par le tout-voiture et la pollution atmosphérique en général et riche d’espaces naturels d’exception n’a pas besoin de bolides engloutissant 75 litres d’essence au 100 pour s’amuser et se distraire”.

Pour l’occasion, nous republions ici en accès libre un article du 12 juillet 2017 qui racontait la façon dont la région a tordu le bras aux collectivités pour obtenir leur soutien financier.


Ce dossier a bien failli rester bloqué dans les paddocks. En mars dernier, la métropole devait voter le principe de sa participation financière de 2 millions d’euros au grand prix de Formule 1 du Castellet, situé près du territoire d’Aix-Marseille Métropole mais tout de même dans le Var. Comme Marsactu l’avait raconté, il s’agissait là d’une demande expresse du président Estrosi qui, grand amateur de sports mécaniques, souhaitait être l’artisan du retour de la Formule 1 en France – et plus particulièrement dans sa région – dès 2018.

La métropole, qui peine déjà à boucler son budget, avait trouvé l’addition bien trop corsée. Son président Jean-Claude Gaudin, avait qui plus est peu apprécié de se faire tirer ainsi par la manche au point de demander le retrait du rapport du conseil du 30 mars. Il a refait surface à l’ordre du jour de la séance du 13 juillet. Il a même été examiné par la commission des grands évènements. “Il y a eu un débat avec des remarques, des pour et des contre”, explique-t-on du côté de l’opposition. Le rapport était inscrit à l’ordre du jour jusqu’à ces derniers jours. Avant de disparaître avec la mention “retrait” en lieu et place.

“Si le principe de la participation est acté, le tour de table n’est pas encore bouclé, explique-t-on à la métropole. Du coup, après le travail en commission, il a été décidé d’attendre l’issue du tour de table des partenaires avant de représenter le rapport, sans doute en septembre.” Selon le texte soumis au vote des conseillers métropolitains, ces derniers devaient approuver l’entrée de la métropole au groupement d’intérêt public constitué pour l’occasion et dont la région est actionnaire aujourd’hui à hauteur de 98 %, les 2% restant appartenant à la société Excelis, propriétaire du circuit.

Ce cercle devait s’élargir avec l’entrée du département du Var, des communautés d’agglomération de Toulon et du Sud Sainte-Baume, de la chambre régionale de commerce Marseille Provence, de celle du Var, et donc de la métropole, qui débarque en voisine. À la région, en juin, on se félicitait de voir poindre une issue positive en soulignant l’intervention du nouveau président. En effet, en arrivant à la tête de la collectivité, Renaud Muselier dit vouloir imprimer une nouvelle forme de négociation au département et à la Ville. “Longtemps, Jean-Claude Gaudin et Jean-Noël Guérini ont considéré la région comme un tiroir-caisse. Ils demandaient à Michel Vauzelle de co-financer leurs projets sans vraiment le consulter. Désormais cela va changer”, expliquait-il lors d’une conférence de presse, quelques jours après son élection.

Le département contribuera aussi

Il prenait même exemple de ce dossier du retour de la Formule 1 au Castellet. “J’ai commencé par discuter avec la présidente du conseil départemental, Martine Vassal qui a donné son accord de principe et, ensuite le président Gaudin qui a suivi”, expliquait-il alors. En effet, d’après l’entourage de Renaud Muselier, Jean-Claude Gaudin avait demandé explicitement à ne pas être le seul à payer en pointant notamment le département des Bouche-du-Rhône, mieux argenté et les collectivités varoises plus directement concernées. Toujours d’après l’entourage de Renaud Muselier, les 2 millions pressentis en mars devraient être distribués entre les collectivités, la métropole pour les trois-quarts et le département pour le reste. C’est cette clef de répartition qui fait toujours l’objet de tiraillement.

Sauf qu’à lire la délibération soumise au vote, la métropole est la seule des collectivités du cru à entrer au GIP présidé par Christian Estrosi. Elle y pèsera 10,99% contre 30,75% pour la région, 14,65% pour les collectivités varoises. En revanche, sa participation pour 2018 correspond bien au 1,5 million espéré par Renaud Muselier.

S’agissant de la participation de la métropole Aix Marseille Provence, celle-ci devrait être de 164 400 € en 2017 sur un montant total de 1 645 200€ et de 1 500 000 pour les trois années suivantes sur un montant annuel total de 13 600 000 €.

Quid donc du département ? D’après la région, il était censé délibérer en septembre sur sa participation. Mais, selon nos informations, il a plutôt choisi une autre forme de contribution, plus prudente. Les 500 000 euros prendraient la forme d’achats d’espaces publicitaires dans le cadre du Grand prix de France. Une manière de se tenir à distance de la gestion directe de l’événement et de remettre en jeu, chaque année, sa participation financière à la renaissance de la F1 sur le circuit varois.

Toujours du côté du département, on évoque dans cette nouvelle méthode vantée par Renaud Muselier un tiroir supplémentaire : cet engagement des collectivités locales devrait donner lieu à des contreparties. Il ne serait donc pas étonnant de voir la région participer prochainement à des actions du département ou de la métropole. Tiens, Renaud Muselier vient justement d’annoncer un “contrat de développement” avec la métropole à hauteur de 120 millions. “Madame Vassal ayant fait un plan de 100 millions d’euros pour Marseille, il observe qu’on parle tout le temps de l’aide qu’apporte le département à la ville”, notait Jean-Claude Gaudin la semaine dernière. Une façon de revenir dans le circuit.


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Commentaires

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  1. barbapapabarbapapa

    La haine, une vraie haine que mes impôts aillent financer une activité polluante hors du temps, alimenter l’argent sale de la F1 dans les paradis fiscaux, pourrir ma journée du 22 juin à Marseille, tout cet argent pour détruire des tympans, empoisonner des poumons…
    A nos élus bien foldingues avec l’argent public, cet argent serait bien mieux utilisé pour rafistoler nos routes défoncées de nids de dindes, investir dans la sécurité routière, créer des pistes cyclables…

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    • ForzaForza

      Pareil. Cerise sur le gâteau, le Mucem a été obligé de déprogrammer une manifestation culturelle parce qu’on leur a collé le barnum F1 sur l’esplanade du J4 — sans leur demander leur avis sur les dates, comme d’hab’…

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    • Electeur du 8eElecteur du 8e

      Mais c’est parfaitement cohérent avec l’action politique de cette nullicipalité, tournée plus vers “l’événementiel” et les images à la télé que vers la satisfaction des besoins quotidiens des habitants de la ville : pas de piscines, mais les JO en 2024 ; pas de pistes cyclables, mais le passage du Tour de France aussi souvent que possible ; pas de transports collectifs à la hauteur des besoins, mais une démonstration de F1 – sans doute pour faire “comme à Monaco”…

      L’essentiel, ce sont les “retombées en terme d’image”, hein… Panem et circenses, avec le Gaudinosaure, c’est blabla et bling bling, et qu’importe le coût puisque le contribuable paie.

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    • julijojulijo

      re ouvrir les piscines, réparer et construire des écoles….etc.
      Tous les marseillais ont la liste des besoins de cette ville, sauf, la NULLICIPALITE !!!

      Tout ça est merveilleux !
      Et il reste encore des marseillais “hors sol” pour applaudir !!!

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  2. ManipuliteManipulite

    “Un pognon dingue” comme dirait Macron alias OSS 117 qui s’apprête à faire alliance avec Estrosi à Nice.
    L’argent des collectivités locales se perd dans le bitume, caché sous la fumée polluante des bolides au Castellet embouteillé ce week-end. Et cet argent partira encore plus loin.
    Et on nous vend une Région Sud qui fête l’Environnement à longueur de comm !
    Le comble du ridicule : un village provençal en carton pâte.
    Arrêtez le massacre !

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  3. corsaire vertcorsaire vert

    Et c’est ce jour là,sans savoir que j’allais m’empoisonner plus que d’habitude , que je suis allée manger au restaurant sur le vieux port !!!
    L’ HORREUR !!! pollution visuelle,auditive ,et pulmonaire .. jamais ils vont arrêter leur cirque ?

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