Développement économique : la métropole veut « chasser en meute »

Décryptage
Benoît Gilles
14 mars 2017 1

Ce lundi, Jean-Claude Gaudin et Martine Vassal, numéros 1 et 2 de la métropole présentaient l'agenda du développement économique de la nouvelle institution. Pas de budget dédié mais des objectifs assumés et une méthode : rassembler les acteurs publics et privés.

« Prendre l’habitude de chasser en meute ». L’expression un brin carnassière est censée décrire une nouvelle manière de faire des acteurs publics et privés au service du développement économique de la métropole. Ce lundi, la métropole Aix-Marseille Provence présentait les grandes lignes de son agenda par la voix de son président, Jean-Claude Gaudin et de sa vice-présidente en charge de la thématique, Martine Vassal. Cette présentation publique est bien moins détaillée que le document de travail dévoilé la semaine dernière par Marsactu. Mais elle témoigne de cette volonté de faire ensemble. Cheffe de meute, Martine Vassal emprunte l’expression à Jean-Luc Chauvin, président de la chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence (CCI-MP), assis au premier rang.

Celui-ci acquiesce volontiers. Les deux institutions sont en phase. Au point que la chambre consulaire est décrite par Jean-Claude Gaudin comme « une agence de développement économique au service de la stratégie métropolitaine, qu’elle met en œuvre de manière opérationnelle au plus près du terrain ». Là encore, Jean-Luc Chauvin ne s’offusque pas. L’expression a déjà été employée lors d’une réception du président Gaudin au palais de la bourse au cours de laquelle les deux institutions ont signé une convention cadre qui doit « dans les prochains mois, être déclinée en plusieurs feuilles de route (…) sur plusieurs champs comme l’international, l’attractivité et l’immobilier commercial », poursuit le sénateur, maire et président. Depuis le 1er janvier 2017 et son transfert du département vers la métropole, elles sont par ailleurs associées dans l’agence Provence Promotion, tournée notamment vers l’international.

Co-working et colocation d’institutions

Moyennant finances ? Il n’y aura pas, assure-t-on à la chambre, de volet financier sous-tendant ce lien très organique que les élus consulaires et politiques souhaitent instituer. Ils seront colocataires d’un étage de la tour La Marseillaise sous l’appellation de « Provence Business Skylounge, dédié au business et au réceptif haut de gamme ». De la même façon, la Chambre met à disposition de la métropole un bureau dans l’espace Georges V, situé dans le 8e arrondissement de Paris et géré par sa filiale World trade center SA. À Bruxelles, c’est avec la région que la métropole se propose de partager des locaux pour chasser les grandes entreprises et les financements européens.

Cette logique de mutualisation explique qu’il n’y ait pas de budget adossé à cet agenda économique. « On ne va pas payer pour accueillir les entreprises, sourit Martine Vassal. Notre souhait est de mettre en œuvre une véritable synergie entre les acteurs. » Le maître-mot est donc la mutualisation et l’emboîtement des dispositifs publics. « Ce schéma est d’ores et déjà intégré au SR2I [schéma régional d’innovation et d’internationalisation, ndlr] que Christian Estrosi a décidé de mettre en œuvre dès son arrivée à la tête de la région, chef de file du développement économique au sein des différentes collectivités locales », poursuit la présidente du département.

La chasse au foncier

La métropole attend donc de la région qu’elle vienne participer au financement conjoint de cette nouvelle stratégie d’accueil d’entreprises. Car si cet agenda du développement économique n’a pas de budget, il a forcément un coût. Surtout quand il s’agit de mobiliser 400 hectares de foncier pour accueillir les entreprises d’ici 2021 et 1500 d’ici 2030. « Dans un premier temps, il s’agira avant tout de restructurer les zones d’activités existantes pour atteindre cet objectif d’ici 2021, détaille Jean-Claude Gondard, le directeur général des services d’Aix-Marseille Provence. Ensuite, pour atteindre les 1500 hectares, il faudra forcément aller chercher des terrains qui ne sont pas encore aménagés et cela aura un coût plus important. Mais nous passerons aussi par l’établissement public foncier. »

Dédié à la veille foncière pour réaliser les opérations de logement social pour le compte des villes, l’établissement public a vu ses missions s’élargir notamment au service du développement économique. Une orientation que son président, le conseiller régional et maire de Salon, Nicolas Isnard, souhaite voir accentuer. D’autres partenariats doivent permettre de dégager ce précieux foncier susceptible d’accueillir les entreprises, notamment au sein du périmètre du grand port maritime de Marseille-Fos.

« Si nous parvenons à mobiliser ces 400 hectares d’ici 2021, nous savons aussi que nous pouvons également compter sur près de 600 hectares de foncier disponible à travers le projet Piicto, à Port-Saint-Louis, insiste encore Martine Vassal. Cela fait déjà près de 1000 hectares. nous ne sommes plus très loin de l’objectif ». À terme, cette plateforme « industrielle et d’innovation » vise à développer 1200 hectares sur la zone du port baptisée « Caban Tonkin », entre Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône. Mais, là encore, ce foncier libéré répond à une logique du donnant-donnant : pour mener à bien ses projets, le port a besoin du précieux concours des collectivités locales autant sur les bassins de Marseille que ceux de Fos-sur-Mer. Et tout ceci a donc un coût.

Vers une cité de l’innovation et des savoirs en centre-ville

Il en va de même pour la cité de l’innovation que Martine Vassal souhaite voir s’implanter dans le centre-ville de Marseille pour lui redonner « une dynamique d’attractivité » et accueillir des start up. Porté depuis de longues années par Aix-Marseille Université, ce projet doit obtenir un soutien large pour voir le jour. « Il est trop tôt pour parler budget même si nous avons un business plan très détaillé de cette future cité de l’innovation et des savoirs que nous espérons voir naître en 2018, explique Éric Berton, vice-président de l’université en charge de l’innovation. Il en va de même pour la localisation. Notre souhait est d’être au plus près du centre pour accueillir le plus grand nombre de gens »

À proximité de la Canebière dans une perspective de redynamisation de l’artère ou du côté d’Euroméditerranée, candidat à son accueil, le choix de l’implantation n’est pas arrêté. Tout comme n’est pas fixé le niveau d’implication des collectivités : « Nous sommes aussi en discussion avec la région qui s’est dite très intéressée, confie Éric Berton. L’idée est de donner une visibilité aux innovations réalisées au sein de notre université, d’accueillir les start up que ces innovations contribuent à créer mais également de former à la création d’entreprise. Nous ne sommes pas là pour faire du profit mais pour créer des emplois et de la connaissance au service de la société dans son ensemble. »

Pour créer une telle vitrine, l’université cherche un lieu grand et emblématique, « un lieu totem comme on dit aujourd’hui », sourit le vice-président d’AMU. Et comme chacun sait, un totem, ce n’est pas donné…

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commentaires

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  1. hgoldet hgoldet

    Totem vous dites ? Pourquoi pas la Bourse, qui ne sert plus à rien sinon à abriter un charmant petit musée ?

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