Derniers jours avant disparition pour la savonnerie de la rue Sainte

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le 14 Août 2013
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A entendre les riverains, c'est la plus vieille usine de savon de Marseille de la Ville qui aurait été découverte près de la rue Sainte. En réalité, on sait déjà qu'elle date de la seconde moitié du XIXe siècle. C'est en démolissant un immeuble pour en reconstruire un nouveau qu'ont été découvert les premiers indices de cette présence industrielle. Mais, déjà depuis plusieurs mois, des riverains se battaient pour que les vestiges de cette ancienne savonnerie ne soit pas remplacé par un immeuble de 9 étages. Las, leur mobilisation n'a pas suffit à freiner les pelleteuses. Le bâtiment a été détruit laissant derrière lui un champ de gravats. C'est ce terrain qui est devenu le terrain d'action d'une campagne de fouilles préventives.

Depuis le début du mois de juillet, et jusqu'au 23 août, une équipe d'archéologues effectue un travail minutieux afin de recueillir le plus d'informations possibles sur l'ancienne usine de savon. Passé ces deux mois de recherche, tout sera détruit pour accueillir le nouvel édifice. Petit visite des lieux avant disparition programmée.

Sur les traces du patrimoine marseillais

Les fouilles, prescrites par le préfet, ont été confiées à Iker, une entreprise privée spécialisée dans l'archéologie des sites industriels et d'artisanat. Une première phase de décapage mécanique et d'extraction des gravats a permis de mettre à jour les infrastructures de la savonnerie. "Dès le diagnostic archéologique, la découverte d'une première cuve et la localisation dans le quartier des savonneries ont amené les experts à deviner le passé industriel du site", explique Argitxu Beyrie, responsable du chantier. Aucun objet n'a été trouvé sur place mais le lieu parle de lui-même, avec une organisation de l'espace qui apparaît clairement. Quatre cuves rondes et profondes recevaient l'huile et la soude pour fabriquer le savon. A côté, des bassines rectangulaires, en métal et en briques, servaient probablement à la préparation de la soude. Une salle voûtée a été découverte en dessous. Il y a également des traces d'une "pile", grande citerne de stockage de l'huile. Pour ce qui est de l'alimentation énergétique de la fabrique, les archéologues pensent qu'il y avait une chaudière à vapeur, bien que celle-ci n'ait pas été retrouvée sur les lieux.

Dans une partie un peu plus basse, accessible via un escalier en pierre qui apparaît comme neuf – découvert la veille – se trouvaient "la mise", le moule à savon. "La pâte était étalée dans un bac au sol puis découpée", décrit l'archéologue. Au fond, jouxtant la rue Sainte, une salle voûtée – soutenue par des étais – menace de s'effondrer. "Nous ne pouvons hélas pas étudier les parties les plus dangereuses", commente l'archéologue. La salle souterraine ne pourra pas non plus être examinée dans le détail. 

"Un travail de détective"

A moins de dix jours de la fin du chantier, les fouilles à proprement parlé sont terminées. Pendant que deux personnes de l'équipe prennent des mesures, une autre continue de nettoyer l'entrée de la salle souterraine, truelle et balayette à la main. Une autre prend des notes, un peu en retrait. "Dans la phase sur le terrain, notre but est de recueillir le maximum d'informations possible sur le lieu pour comprendre la façon dont il fonctionnait, détaille Argitxu Beyrie, Nous faisons des photos, des dessins, des mesures, des prélèvements". Tout ces éléments seront examinés dans les mois qui viennent, alors que les vestiges de l'usine auront définitivement disparus. "C'est un travail de détective", résume l'archéologue. 

C'est elle qui sera chargée d'écrire un rapport de synthèse sur le lieu. Elle a déjà commencé à étudier le passé supposé de la savonnerie "Nous savons qu'elle date de la seconde moitié du XIXe siècle. Mais pour le nom, rien n'est encore sûr. Peut-être s'agit-il de la savonnerie de la Gavotte ou de la Vielle, mais les dates que nous avons trouvé dans les archives sont trop anciennes pour que cela correspondent". Le chantier intrigue les riverains qui viennent régulièrement voir les archéologues travailler. Mais pour mieux comprendre comment fonctionne une fabrique de savon de Marseille, l'équipe d'Argitxu Beyrie est allée visiter la savonnerie du Fer à cheval, contemporaine de celle découverte. Si les machines ont changé, il reste les salles d'antan qui ne sont plus utilisées. 

Ironie de l'histoire, alors que la savonnerie de la rue Sainte vit ses derniers jours avant disparition totale, celle du Fer à cheval vit également des jours sombres avec l'annonce de sa liquidation judiciaire. Le tout au moment où le gouvernement s'apprête à adopter une première protection juridique au savon de Marseille sous la forme d'une "indication géographique protégée pour les produits artisanaux". Drôle de temps pour le savon. 

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Commentaires

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  1. Daniel Daniel

    il faut garder notre patrimoine et notre culture pour ne pas perdre notre identité

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  2. Anonyme Anonyme

    respectons notre histoire ! nous ne conservons malheureusement que ce qui peut rapporter de l’argent…

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  3. gld gld

    Fallait-il laisser une ruine sous laquelle dormaient ces quelques vestiges du passé (aucun objet retrouvé, juste l’emplacement des cuves!) ou loger quelques dizaines familles en centre-ville et lutter ainsi contre l’étalement urbain. On se le demande!
    Nos anciens n’avaient pas autant d’état d’âme lorsqu’ils ont enfoui cette savonnerie pour y installer une autre activité…
    Le passé nous enseigne… mais nous vivons le futur chaque minute !

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