Départ des journalistes : Tapie veut éviter de banquer

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Benoît Gilles
10 janvier 2013 12

Scène surréaliste au conseil régional, en marge des voeux du président Vauzelle. Le conseiller régional apparenté PS et nouveau député, Avi Assouly, apostrophe un groupe de journalistes (dont certains de La Provence) pour commenter une question posée sur Bernard Tapie. "Vous n'avez pas à vous inquiéter, franchement. D'ailleurs, il a bien prévu son coup, Nanard. Visiblement, il n'y aura pas d'ouverture de clause de cession. Je l'ai eu il y a quelques jours et il m'a confirmé. Il m'a laissé un message, tiens, écoute". L'info est importante car elle permettrait à l'ex patron de l'OM de faire la nique aux journalistes frondeurs effrayés par son arrivée. Assouly ménage le suspense. Le député fourrage dans son téléphone portable.

La clause de cession est une spécificité du droit du travail relative à la presse. Elle permet aux journalistes démissionnaires de percevoir des indemnités de départ (au minimum un mois de salaire par année d'ancienneté) tout en conservant leurs droits au chômage à partir du moment où l'organe de presse connaît une modification significative de son capital. Officiellement, chez Hersant Médias, cette question n'est pas encore tranchée, rapporte Les Échos. Or, elle concerne directement l'ensemble des journalistes qui peuvent faire jouer le texte de loi suivant : 

"Si la rupture du contrat de travail survient à l'initiative du journaliste professionnel, les dispositions des articles L. 7112-3 et L. 7112-4 sont applicables, lorsque cette rupture est motivée par l'une des circonstances suivantes : 1° Cession du journal ou du périodique ; 2° Cessation de la publication du journal ou périodique pour quelque cause que ce soit ; 3° Changement notable dans le caractère ou l'orientation du journal ou périodique si ce changement crée, pour le salarié, une situation de nature à porter atteinte à son honneur, à sa réputation ou, d'une manière générale, à ses intérêts moraux". 

Mais le néo-député Avi Assouly croit connaître la position de Bernard Tapie sur la question et finit par trouver ce qu'il cherche dans son téléphone qu'il met sur haut-parleur. On entend la voix de Bernard Tapie qui demande à son interlocuteur de le rappeler. "Il était à Doha en décembre, commente l'ancien suiveur de l'OM. Je sais pas ce qu'il foutait là-bas. Moi, je lui parle cash au boss. Je lui dois rien. En tout cas, il m'a dit qu'il s'était arrangé pour ne pas qu'il y ait de départ de journalistes. Il entre dans le capital sans modifier l'organigramme et le tour est joué. Il est malin le boss". Tout fier de ses révélations, Avi Assouly poursuit : "Concernant la mairie, il m'a répété que ça l'intéressait pas, à 69 ans, il n'avait pas de temps à perdre pour ces conneries. Mais comme disait le sorcier belge [Raymond Goethals, ancien coach de l'OM, ndlr], Bernard Tapie, il ment comme il respire. Non, il ment plus qu'il respire". Fier de son mot d'esprit, le conseiller régional tourne les talons.

Reste la question : l'entrée de Bernard Tapie dans le capital du groupe va-t-elle entraîner une modification substantielle de l'organigramme ? Du côté syndical, on s'en tient à ce que dit le droit du travail : "La clause de cession s'ouvre en cas de changement conséquent d'actionnaires, explique Serge Mercier du SNJ. Pour l'heure, on ne connaît pas quelle sera la teneur de ce changement au sein du groupe et de quelle manière il va se traduire dans l'organigramme". D'après Les Échos, Philippe Hersant deviendrait président du conseil de surveillance dont Bernard Tapie ne serait qu'un membre tandis que Dominique Bernard, actuel DG du groupe GHM et PDG de Nice Matin et de La Provence, prendrait la tête du directoire. En l'état, la modification de l'organigramme ne serait donc pas substantielle.

Tapie et Sarkozy ensemble à Doha

Ces dernières années, les départs ont déjà été très nombreux à La Provence notamment par le biais de ruptures conventionnelles. À tel point, que la rédaction fonctionne désormais avec des bouts de ficelle et notamment en ayant recours à cinq journalistes en contrats à durée déterminée dits "structurels". Une technique un peu limite sur le plan du droit du travail qui avait été abondamment utilisé dans certains titres du groupe et notamment à L'Hebdo. Une nouvelle hémorragie de départs serait donc très préjudiciable au travail des rédactions de La Provence. "Ce qui est sûr, répond Serge Mercier, c'est qu'à moins, on ne ferait plus le même journal". Départs ou pas, c'est déjà le but visé par le tandem Hersant Tapie.

Enfin, dernière piste intéressante, si Avi Assouly ne sait pas pourquoi Bernard Tapie était à Doha en décembre, il y était en même temps qu'un certain Nicolas Sarkozy qui y faisait sa rentrée sur la scène publique. Entre deux conversations sur la date des JO, peut-être que les deux hommes se sont croisés pour évoquer les prochaines élections municipales à Marseille pour lesquelles, avait révélé Médiapart en novembre, l'ex président, lorsqu'il était encore au pouvoir, aurait songé à pousser l'homme d'affaires.

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commentaires

Commentaires

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  1. Anonyme

    et c’est qui qui part comme journalistes ??? tic & tac !!!

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  2. Anonyme

    Ne rêve pas trop, camarade. Ton patron n’en a pas fini, ni avec la presse pas aux ordes, ni avec la justice.

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  3. Anonyme

    Comment un journaliste digne de ce nom pourrait-il se lever tous les matins de bon coeur pour écrire le coeur léger pour un « boss » de l’acabit aussi retors que Tapie ? Intolérable !
    Comment Vauzelle, Caselli peuvent faire sans vomir de gros chèques publicitaires pour La Provence ? Invivable !
    Et moi si je vois des pubs de la Caisse d’Epargne dans la Provence, j’aurais illico envie de quitter la banque, et si j’y vois une pub Carrefour, j’irai certainement faire mes courses ailleurs !

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  4. patrick

    un journaliste digne de ce nom? c’est aussi un père ou une mère de famille qui a besoin de faire bouillir la marmite… il n’ira pas bosser le coeur léger mais il ira bosser. c’est la crise camarade…

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  5. Ellery

    Tapie ne sera pas le premier patron de média à la moralité à géométrie variable. Et BOUYGUES avec TF1 par exemple? Il faut laisser le bénéfice du doute aux journalistes de la Provence qui feront, je l’espère, leur boulot correctement.

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  6. Anonyme

    vu le pitalugue j’immagine les ambitions

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  7. Guerinicasuffit@gmail.com

    Anonyme tu peux déjà changer parceque millot le conseiller municipal de Marseille (UMP) a prête 30m€ en 2007 a Hersant quand il était patron de la caisse d’épargne.Et la il vient de faire perdre 23 m€ a sa banque

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  8. Guerinicasuffit@gmail.com

    Anonyme tu peux déjà changer parceque millot le conseiller municipal de Marseille (UMP) a prête 30m€ en 2007 a Hersant quand il était patron de la caisse d’épargne.Et la il vient de faire perdre 23 m€ a sa banque

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  9. Alain PERSIA

    De mon point de vue il n’y a pas lieu à ouvrir la dite clause de cession car aucun des trois éléments de l’article 7112-3 et 7112-4 n’est caractérisé .
    Mais on peut penser qu’un audit fera appara^tre la nécessité de supprimer certains postes notamment au niveau administratif ( tel un fameux conseiller du président qui pantoufle alors qu’il a déjà l’âge de la retraite).
    Sur le fond , plusieurs journalistes ont été placardisés ou changés d’affectation parce qu’ils étaient soucieux d’çetre impartiaux ou parce qu’ils ne plaisaient pas à l’UMP locale , GAUDIN et BERTRAND en particulier.
    Quant à votre info concernant l’intention de lancer B.TAPIE sur Marseille ,je pense que vous avez misé dans le mille.
    N.SARKOZY a toujours détesté GAUDIN mais il s’en accommodait .
    Après avoir songé à CH.LAGARDE avant qu’elle ne soit inquiétée par une éventuelle comparution devant la Cour de Justice de la République, N.SARKOZY a pu penser à B.TAPIE ;
    Car N.SARKOZY avait compris que GAUDIN allait faire le combat de trop et que MUSELIER était trop frêle pour mener le combat en qualité de chef.

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  10. Anonyme

    Amstrong vient d’avouer qu’il était un usurpateur.
    Tapie un peu de courage fait pareil.

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  11. Simon L

    « Tapie, il ment plus qu’il respire » … bien vu Goethals, tout est dit, simple, laconique, ce sera dur pour le journaliste  » digne-de- -ce- nom- mais- père- de- famille- qui- doit- faire- bouillir- la- marmite ».

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  12. Anonyme

    Que dites-vous ? Il y a cession donc il y a clause de cession. L’organigramme final importe peu !

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