Dans les hôpitaux de Marseille, on attend toujours le monde d’après

Actualité
le 17 Juin 2020
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À l'occasion de la journée nationale de mobilisation des soignants, le personnel des hôpitaux de Marseille et sa région défilaient en nombre. Témoignages de soignants toujours en colère.

Défilé de soignants à Marseille pour la journée de mobilisation nationale le 16 juin 2020. Photo : Emilio Guzman.

Défilé de soignants à Marseille pour la journée de mobilisation nationale le 16 juin 2020. Photo : Emilio Guzman.

Le 17 mars, le confinement débutait pour les Marseillais, comme partout en France. Déjà sur le front de la lutte contre l’épidémie du Covid-19, les personnels soignants s’alarmaient depuis des mois de la dégradation de leurs conditions de travail. Trois mois plus tard, le coronavirus a relâché son étau, mais l’inquiétude n’a pas quitté les professionnels.

En rythme, « reconnaissance » ou encore « infirmières en colère, nos genoux sont à terre », les slogans ont retenti dans les rues de Marseille. Des milliers de soignants, mardi 16 juin, ont participé à la journée de mobilisation nationale en défilant dans les rues de la ville. Le long cortège, CGT en tête, mêle blouse blanche, gilets jaunes mais aussi soutiens venus d’autre professions. Les principales préoccupations ? Des effectifs réduits, des moyens limités et des conditions de travail toujours plus dures, malgré la reconnaissance unanime durant la crise sanitaire.

Le cortège des soignants et leurs soutiens sur La Canebière le 16 juin 2020. Photo : Clément Gahéry.

La concertation du Ségur de la santé, lancé par le gouvernement le 25 mai, ne semble pas être une réponse suffisante pour les manifestants. « Nous sommes très peu écoutés. Il y a des chances pour que les syndicats claquent la porte des discussions », indique même Greg Fontaine, délégué CGT à l’hôpital de la Timone. Au cœur de la manifestation, Marsactu a récolté le témoignage de soignants inquiets pour l’avenir du système de santé.

Élodie, élève infirmière anesthésiste à l’hôpital nord : « Macron veut nous donner une médaille [à l’initiative du gouvernement, une médaille de l’engagement devrait être remise aux soignants le 14-juillet, NDLR], il peut se la garder. Nous avons été mis sur un piédestal pendant le confinement et maintenant il y a toujours un problème de reconnaissance. Je ne vais pas toucher la prime Covid-19, parce qu’il me manque deux heures pour y avoir droit, alors même que je devais arriver une demi-heure avant le début des interventions. »

Anfita, infirmière vacataire à l’AP-HM : « J’ai été testée positive au Covid-19, fin mars, juste avant le confinement. Jusque-là, dans le service où je travaillais, on nous indiquait qu’on aurait pas de masques tant qu’il n’y aurait pas de cas. Je suis ensuite restée deux mois sans travailler, je n’ai donc pas le droit à la prime. Depuis, j’ai repris le travail et j’ai l’impression que rien n’a changé concernant nos conditions de travail. Nous réclamons une revalorisation des salaires mais aussi de la reconnaissance. »

Les infirmières libérales se sentent oubliées

Lilia, infirmière à la clinique Bouchard, défilant aux côtés de SUD Santé : « Que ce soit dans le privé ou le public, il faut revaloriser le statut et le diplôme d’infirmier pour tout le monde. Tout le monde doit se mobiliser, nous avons trop souffert pendant la crise sanitaire. Heureusement, il y a eu concertation entre les différents services de l’hôpital Nord, grâce aux différents contacts entre nous. Des patients atteints par le Covid-19 nous étaient adressés, on prenait en charge, notamment ceux nécessitant une dialyse. »

Les infirmières libérales sous l’ombrière du Vieux Port. Photo : Clément Gahéry

Fatouma, infirmière à l’hôpital Sainte-Marguerite : « Au début de la crise nous avions la consigne de ne pas mettre de masque, 40 agents de l’hôpital ont été contaminés, et ça personne n’en a parlé. Nous avons vécu une période dramatique, où trois services ont dû fermer. Nous avons dû évacuer les malades dans d’autres services. Depuis, tous les services ont rouvert, mais en mode dégradé. »

Greg Fontaine, délégué CGT à la Timone : « Si nous sommes là, c’est tout simplement pour sauver l’hôpital public. Depuis des années, la canicule, la grippe saisonnière ou encore la bronchiolite, les crises sanitaire nous mettent à mal. La crise du Covid-19 n’a fait que révéler au grand jour la fragilité extrême de nos hôpitaux. À Marseille, nous avons eu de la chance, mais en étant moins épargnés, on aurait craqué. La direction de l’AP-HM a réagi à la remorque, heureusement les soignants ont tenu le choc. »

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Commentaires

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  1. raph2110 raph2110

    Une médaille, des remerciements le 14 juillet, un Segur, voilà des artifices qui ont pour seul objet de tenter de calmer l’impatience legitime des soignants et de laisser filer le temps. Après qu’ils aient seuls porté le poids des responsabilités, courus des risques en l’absence de protection en tous genres, voilà déjà venu le temps de l’oubli de leurs victoires, de l’irrespect pour les soignants et d’un mode d’accueil dégradé des patients dans les hôpitaux. Si comme en Chine une reprise de l’épidémie arrivait, je me demande bien aujourd’hui comment les français pourraient être pris en charge. Il est grand temps que le gouvernement prenne des décisions pour améliorer la condition de tous, soignants et patients en arrêtant cet enfumage par des mots,. Un passage aux actes rapidement est attendu non seulement des soignants mais des français qui leur apportent tout leur soutien, sans quoi le crédit confiance déjà bien entamé par ce gouvernement notamment dans sa gestion de la crise sanitaire, ne se résumera bientôt plus qu’à peau de chagrin.

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  2. Haçaira Haçaira

    Il n’y a plus de confiance, d’ailleurs la confiance n’est pas une vertu politique. L’arrogance de ce gouvernement est abyssale.

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  3. Louise LM Louise LM

    ce qu’on comprend en écoutant attentivement l’allocution de Macron, c’est qu’il a un projet de réforme de l’hopital : privatisation à fond, investissements du privé…
    on se souvient avec effroi de la catastrophe de la construction de l’hopital Pompidou à Paris grâce à un PPP, le mal nommé partenariat public privé :
    malfaçons multiples, surcoût énorme pour les finances publiques

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