Dans la lutte contre les discriminations, le département annonce la couleur

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Loïs Elziere
5 Juil 2017 7

Avec la création du Conseil d’orientation de lutte contre les discriminations, actée le 31 mars 2017, le conseil départemental cible les questions d'égalité hommes-femmes, de l'orientation sexuelle et du harcèlement scolaire. Des priorités qui excluent de fait les discriminations en raison de l'origine ou de l'apparence. Un choix qui interroge certains, souligné par une campagne de sensibilisation jugée maladroite.

La campagne contre les discriminations lancée par le département des Bouches-du-Rhône

La campagne contre les discriminations lancée par le département des Bouches-du-Rhône

Nous avons cherché à “choquer pour interpeller” explique Sylvie Carrega, déléguée à la lutte contre les discriminations du conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Il est vrai que la campagne contre les discriminations #retironslesétiquettes menée par le département sur les réseaux sociaux et dans les couloirs du métro marseillais a le mérite de faire parler, mais pas toujours dans le sens espéré. Les réseaux sociaux ont rapidement relevé deux points de débat. Le premier est le choix de priorités du département qui cible les discriminations envers les femmes, les homosexuels, et à l’école plutôt que d’autres discriminations notamment liées à l’origine ethnique ou l’apparence physique. D’autres internautes soulignent que gays, femmes et élèves peuvent aussi être issus de la diversité. Or, les modèles choisis pour la campagne sont tous blancs.

Interpelée à ce sujet, Sylvie Carrega n’y voit pas le mal. “Il faut arrêter avec les stéréotypes de discrimination qui sont toujours les mêmes. C’est vrai que ça existe, on en parle depuis la nuit des temps. Le but c’était d’innover et de choquer un peu les gens. Il faut sortir de cette thématique de la discrimination raciale qui revient toujours.” Une thématique sciemment écartée donc de cette campagne départementale de sensibilisation qui précède la création du Conseil d’orientation pour la lutte contre les discriminations (COLD). Une campagne réalisée par le service communication du département.

« Un combat contre toutes les discriminations » qui n’en cible que trois

Marsactu vous le racontait en novembre, c’est dans la contestation que l’observatoire du droit des femmes a disparu du conseil départemental, et laissé sa place au COLD. L’enveloppe annuelle de 35 000 euros qui lui était attribuée est désormais dévolue à ce nouvel organe et revue à la baisse de 5 000 euros selon Sylvie Carrega. La volonté de Martine Vassal, présidente du département, est ainsi de « fournir des propositions concrètes suivant une feuille de route, témoin de notre volonté affirmée de livrer un combat contre les discriminations, toutes les discriminations ».

Vendredi 16 juin dernier, Martine Vassal a lancé le Conseil d’Orientation pour la Lutte contre les Discriminations (COLD) à l’Hôtel du département en présence d’élus du Conseil départemental et d’associations.

Mais dans les faits, comme l’annonce clairement la campagne en cours, le COLD ne travaillera que sur trois formes de discriminations parmi les 23 listées par le Défenseur des droits de la République. L’homophobie, le harcèlement scolaire et l’égalité hommes-femmes.

Le COLD au travail

Une cinquantaine d’associations travaillent donc sur les trois thématiques désignées lors d’ateliers avec le Conseil de Provence, organe consultatif du département. La présence permanente d’experts n’est pas posée comme une nécessité dans le rapport du conseil départemental du 31 mars 2017 sur la création du COLD. « Si le recours à un vivier d’experts n’est pas exclu, il est plutôt ici envisagé d’engager des actions concrètes. » La déléguée à la lutte contre les discriminations, Sylvie Carrega, annonce ainsi que « des projets concrets seront envisagés avant la fin de l’année à partir des propositions qui ressortiront d’ateliers thématiques. » Sans toutefois préciser sous quelle forme.  

Là où les réseaux sociaux ont pointé du doigt l’absence, entre autres, de la question discriminatoire concernant les origines, certaines associations qui travaillent sur cette thématique s’interrogent. « Nous on s’occupe des questions liées au racisme, et on n’a pas été invités par le département, nous répond le directeur d’une association qu’il préfère ne pas nommer. On comprend qu’il ne faille pas dissoudre tous les combats en un, il vaut mieux cibler des axes précis pour que l’action soit efficace. Mais la discrimination liée aux origines est quand même importante dans les Bouches-du-Rhône. Sur quelle base ce choix a été fait ? » 

« L’homosexualité et le harcèlement scolaire c’est d’actualité »

« On voulait conserver la question du droit des femmes. Pour celles de l’homosexualité et du harcèlement scolaire, c’était d’actualité, répond tout simplement Sylvie Carrega, la déléguée à ces questions au conseil départemental. Il y a 22 thèmes de discrimination, vous pensez bien qu’on pouvait pas toucher à tous. Sur les discriminations liées à l’origine, la préfecture fait un bon travail. On le soutient ». 

Rachida Brahim est chercheuse au Laboratoire méditerranéen de sociologie. Elle s’intéresse au processus de construction et de reconnaissance des groupes ethniquement minorisés dans la France contemporaine. Pour elle, cette question est difficile à penser en France. « On a l’impression qu’il y a une hiérarchie parce que d’autres thèmes sont plus faciles à traiter, comme le genre par exemple. Notamment parce qu’on mesure facilement la discrimination envers les femmes, alors que les statistiques ethniques sont quasiment impossibles à obtenir. » 

Des études existent pourtant, comme celle menée par le défenseur des droits de la République au niveau national en sollicitant les personnes qui se disent victimes de discriminations. Elle démontre par exemple que « loin d’être un phénomène isolé, les discriminations liées aux origines lors des recherches d’emploi ou de stage se produisent «souvent » ou « très souvent » pour plus de 60% des répondants ». 

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