Marseille compte sur le système D pour dédoubler ses classes de CP

Actualité
le 29 Juin 2017
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À la rentrée, les classes de CP du réseau d'éducation prioritaire renforcé (REP+) seront scindées en deux. À Marseille, entre 124 et 140 classes sont concernées. Mais les moyens humains et logistiques nécessaires pour mettre en place cette réforme dans les temps manquent cruellement.

Une classe d'école marseillaise. (LC)

Une classe d'école marseillaise. (LC)

Depuis deux jours, Danièle Casanova est en réunion avec ses équipes pour tenter de trouver une solution viable pour dédoubler de nombreuses classes de CP. À la rentrée 2017, les écoles des réseaux d’éducation prioritaire renforcé (REP+), c’est-à-dire situées dans les quartiers les plus défavorisés, devront compter au maximum 12 élèves par classe de CP, contre 24 auparavant. C’est l’une des mesures phares du nouveau président Macron, promise dès la campagne. Mais les moyens mis à disposition pour mettre en œuvre cette réforme s’annoncent minces.

Première étape, apparemment pas si évidente qu’il n’y paraît : définir le nombre de classes de CP en REP+. “Je suis saoule de chiffres mais on le tient : il y a 124 classes concernées“, lâche fièrement Danièle Casanova, l’adjointe en charge de l’éducation, immédiatement après ces longues heures de réunion. Au rectorat de l’académie Aix-Marseille, c’est un autre chiffre qui sort : à Marseille, il y aurait 140 classes de CP en REP+. De la mairie ou du rectorat, on ne sait qui a des lacunes en arithmétique.

Quoi qu’il en soit, la deuxième ville de France est la plus fournie en établissements classés en réseau d’éducation prioritaire. À Marseille peut-être plus qu’ailleurs, trouver des espaces et des enseignants supplémentaires pour dédoubler les classes de cours préparatoire s’annonce comme un vrai défi.

Option cloison

Pour les salles de classes, c’est la mairie qui est compétente. Et à ce niveau, pour l’instant, rien n’est prêt. Certaines pistes ont cependant déjà été évoquées. “J’ai proposé d’installer au milieu des salles de classes des cloisons amovibles, comme dans les universités, comme ça, on pourra les ouvrir pour les chorales par exemple“, déclare Danièle Casanova, avant de tempérer : “Mais c‘est vrai que s’il faut mettre en place un marché public, nous ne pourrons jamais installer ces cloisons pour la rentrée.” Sans compter les problème techniques : “Au sol cela ne pose pas de problème, il suffit de mettre un rail. Pour le plafond en revanche, ça va être plus compliqué, ils sont quasiment tous recouvert de polystyrène…

Des salles vacantes doivent aussi être réquisitionnées. “Après un bon coup de propreté et de peinture, elles seront utilisables”, anticipe Danièle Casanova. Ce qui n’est pas sans inquiéter certains directeurs d’écoles. “Les services de la mairie sont venus, on nous a promis que les travaux seraient faits dans l’été. Mais vous savez comment ça se passe à Marseille ! Tant que les travaux ne sont pas finis, on est sûr de rien. Au pire, je m’en occuperais moi“, raconte à Marsactu le directeur d’une école du 15e arrondissement qui va utiliser une salle ponctuellement dédiée au soutien scolaire pour accueillir la nouvelle classe de CP. Où va alors se dérouler le soutien scolaire ? “Nous utiliseront la salle des profs s’il le faut“, répond le directeur.

Deux tableaux face à face

Enfin, et ce sera sûrement la solution la plus utilisée, deux classes cohabiteront dans une seule salle, sans cloisonnement entre les deux et pourquoi pas “deux tableaux sur des murs qui se font face“, comme le suggère également Danièle Casanova. Une solution que certains envisagent d’un bon œil. “Deux maîtres dans la même classe peuvent créer une dynamique. Travailler en équipe, cela doit faire partie des compétences des enseignants, surtout dans les milieux difficiles“, s’enthousiasment un membre du corps enseignant.

Mais l’idée de mettre deux enseignants dans la même classe ne met pas tout le monde à l’aise. “Nous n’avons jamais eu de formation pour ça !“, s’agace Claire Billès du Snuipp-FSU. Les directeurs des écoles concernées doivent, d’ici à une semaine, remplir “une fiche pour faire remonter la solution qu’ils ont choisie”, annonce Danièle Casanova. Après ce sera les vacances…

Récupérer des postes sur d’autres dispositifs

Outre des locaux, il faudra entre 124 et 140 professeurs des écoles supplémentaires pour assurer la rentrée devant ces classes dédoublées. Sauf que tous ces postes ne vont pas être créés. Ils vont pour la plupart être récupérés sur d’autres dispositifs. Dans les Bouches-du-Rhône, 45 postes – dont 20 déjà existants – doivent être retirés du dispositif “plus de maîtres que de classes“, qui a pour but d’aider les élèves en difficulté en les faisant travailler en petit groupe, grâce à des enseignants dédiés qui vont d’une classe à l’autre.

De son côté, le gouvernement semble beaucoup moins attaché à cet outil, pourtant apprécié au sein du corps enseignant. “Le dispositif “plus de maîtres que de classes” n’a jamais été aussi populaire que depuis que l’on envisage le dédoublement des classes. Mais certaines études faites dans le monde montrent que tout ce qui ressemble à ce dispositif ne donne pas de résultats“, s’est justifié le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer devant le Sénat ce mercredi.

Qui pour remplacer les remplaçants ?

Autre vivier : la brigade de remplacement qui permet de remplacer les enseignants absents et d’éviter de mettre les écoliers en répartition dans les autres classes (lire notre article). “Une centaine de postes supplémentaires va être récupérée sur la brigade“, explique la syndicaliste. Mais le besoin récurrent de remplaçants ne disparaîtra pas. Au rectorat, on assure que “cela n’est pas un problème“, même si à ce jour, aucune mesure concrète n’est officiellement déterminée pour renflouer cette brigade. “L’inspection d’académie devrait recruter 40 personnes de la liste complémentaire, c’est à dire des personnes n’ayant pas réussi le concours de recrutement de professeurs des écoles mais tout de même bien classés“, espère Claire Billès. Il est aussi question de faire appel à des emplois vacataires pendant les pics d’absences, à savoir de novembre à février.

Vers des suppressions de classes ?

Les syndicats s’inquiètent d’une autre possibilité, celle des “suppressions de classes déguisées” dans les niveaux supérieurs. “Aux Flamants, un seul poste va être créé alors qu’il en faudrait deux pour mettre en place cette réforme. Une classe dans les niveaux supérieurs, où les effectifs n’atteignent pas encore les seuils, va donc devoir être supprimée“, s’alarme Sébastien Fournier, professeur des écoles à la Busserine et responsable de la section syndicale Snuipp-FSU des 13e et 14e arrondissements. “On va se retrouver avec deux ou trois enfants de plus dans les classes de CM1 ou CM2“, conclut-il. Une inquiétude injustifiée selon le rectorat. “Chaque année il y a des réajustements en fonction des effectifs, ce n’est pas lié”, y explique-t-on.

Plusieurs syndicats d’enseignants ont appelé à manifester ce jeudi devant l’inspection d’académie pour réclamer “du temps et des postes“. Le volonté du rectorat est de parvenir à avoir assez de professeurs pour scinder en deux 100 % des classes de CP en REP + à la rentrée prochaine. Mais la possibilité que cet objectif ne soit pas atteint n’est pas écartée.

Ce mercredi, lors de son audition par le Sénat, le ministre de l’éducation n’a pas donné plus de précisions sur les moyens qui seront déployés pour mettre en place cette réforme. À la rentrée 2018, ce sera au tour des classes de CE1 en REP+ mais aussi celles de CP et CE1 en REP. Le plus dur est donc à venir.

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Commentaires

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  1. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    Pour obtenir le label bio, un élevage de poules doit compter au maximum 3000 poules. Quand elles sont 6000 dans le même bâtiment, pour garder le label, la pose d’un grillage de séparation est admise pour repartir en deux fois 3000. Et c’est qui la reine du poulailler ? Danièle Casanova ! L’imagination est au pouvoir

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  2. ALAIN B ALAIN B

    Dans le troisième arrondissement il y a plus de 6000 logements qui sont livrés ou vont être livrés mais aucune prévision sérieuse de la Mairie de Monsieur GUADIN pour la construction d’écoles dans le quartier, la prochaine école celle de RUFFI Tant que la priorité de la Mairie de Marseille sera les écoles privées (ouverture récente d’une école privée en face de l’école RUFFI qui est en préfabriquée dégradée mais qui resterait après la construction de la nouvelle école en raison de manque d’écoles) serait pour 2020 (d’après Madame CASANOVA lors de la concertation aux Quartiers Libres) mais difficile d’avoir des informations

    Le dédoublement des classes de CP ne fait que ressortir plus fort le désintéressement de notre Mairie pour l’éducation des enfants de nos quartiers

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