L’État autorise la construction d’un immeuble sur la carrière antique de la Corderie

Actualité
le 22 Juin 2017
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Le chef du service archéologie de la direction régionale des affaires culturelles, Xavier Delestre annonce à Marsactu que le projet immobilier de la Corderie est autorisé "tel quel".  Il va ainsi à l'encontre de la contestation citoyenne grandissante depuis la découverte d'une carrière de pierre antique d'époque grecque sur ce terrain. Une partie du site serait préservée là où le promoteur prévoit des jardins.

La carrière antique du boulevard de la Corderie (photo : Loïs Elziere)

La carrière antique du boulevard de la Corderie (photo : Loïs Elziere)

Carrière antique ou pas, il y aura bien un nouvel immeuble d’habitation sur le site où ces vestiges ont été découverts. « Le projet sera réalisé tel qu’il est prévu », annonce ce jeudi matin Xavier Delestre, directeur du service archéologie de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), à Marsactu. La vague de contestation contre le projet immobilier qui a suivi la découverte de cette carrière de pierre n’a pas infléchi la décision du conservateur régional.

Xavier Delestre précise toutefois que « la construction peut se réaliser, dans la mesure où le bâtiment n’impacte pas les vestiges qui sont dignes d’intérêt et de conservation ». Il cible ici des colonnes grecques, des sarcophages et un puits. Selon lui, ces éléments se situent sur la parcelle du projet immobilier, mais à côté du bâtiment prévu. « Un coup de chance ! estime-t-il. La partie plus intéressante est donc conservée et intégrée dans le programme de construction de l’aménageur. Il travaille avec son architecte pour qu’on ait une conservation la plus pertinente possible. Cette pertinence serait qu’on puisse continuer à les voir. Qu’ils s’inscrivent dans le paysage urbain. » La mise en valeur des vestiges n’est qu’un des scénarios possibles. Leur ensevelissement à des fins de conservation n’est donc pas exclu. Du côté de l’aménageur, ADIM (une filiale de Vinci), c’est pour l’instant le silence. S’ils sont valorisés et laissés à l’air libre sur cette parcelle privée, seront-ils accessibles au public ou seulement aux résidents ?

« Où va-t-on poser les grues ? »

Cette décision intervient alors qu’une forte contestation citoyenne a émergé ces dernières semaines. Une pétition en ligne lancée il y a deux semaines  atteint à ce jour 5800 soutiens (contre 3 000 samedi dernier). Elle réclame la préservation du site et sa valorisation sous forme de vestiges à ciel ouvert. Son initiateur, l’historien et membre de l’académie de Marseille, Jean-Noël Bévérini, est loin de se satisfaire de la décision de la DRAC.

Sur le chantier de la Corderie

Il s’interroge en premier lieu sur les conséquences du chantier de l’immeuble de huit étages sur la préservation des vestiges « Où va-t-on poser les grues ? Aucun engin de chantier ne va avoir à passer sur les vestiges ? Ce n’est pas un petit chantier hein ! » Mais le vrai combat se situe ailleurs pour l’historien :  « La vraie lutte c’est entre l’inculture et la conscience d’un richesse culturelle. Si ceux qui sont appelés à décider étaient vraiment pénétrés de culture, il ne réagiraient pas comme Xavier Delestre le fait aujourd’hui. Ce site a vécu en silence plus de 2500 ans, en quelques secondes on le raye de la carte. » Jean-Noël Bévérini considère en effet qu’il faut conserver et valoriser l’entièreté du site jugé par lui exceptionnel. « Ce n’est pas une carrière de pierre, c’est un site antique grec situé au pied d’un rempart monumental érigé par Louis XIV, c’est un site unique ! »  

Une polémique « exagérée » pour le président exécutif de l’Inrap

Si les considérations de Jean-Noël Bévérini relèvent de la valeur mémorielle du site, la préservation des vestiges semble moins pertinente aux yeux de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) qui a procédé aux fouilles. Ainsi le président exécutif de l’institut, Dominique Garcia modère la portée historique de la découverte :  « La polémique me semble exagérée, ce n’est pas un monument, pas un bâtiment, ce sont les restes d’une exploitation. Ce n’est pas comme si on disait « Tiens, on a trouvé un nouveau monument à Marseille ». Nous n’avons découvert que peu d’objets, surtout des fragments. Et il n’y en a pas qui aient un intérêt muséal primordial. » C’est sur la base de ces conclusions des archéologues que la DRAC a pris sa décision. Les chercheurs ont terminé les fouilles vendredi 16 juin. Elles auront duré environ six mois. Les archéologues analysent aujourd’hui les éléments et les données prélevés, et rendront des conclusions détaillées sur le site avant la fin de l’année.

La carrière antique de la Corderie. On aperçoit au premier plan des colonnes et un puits. Au fond, des sarcophages. (photo : Primitivi)

Les parties les plus anciennes du site pourraient dater du Ve siècle avant Jésus-Christ selon Dominique Garcia. La carrière ne semble donc pas être « l’acte de baptême de la cité phocéenne »  fondée il y a 2600 ans, comme l’entend l’historien Jean-Noël Bévérini. « C’est certain qu’on est au moins sur les phases qui ont suivi les premières constructions de la ville, mais sur sa fondation, ce n’est pas démontré », précise le président exécutif de l’Inrap, en rappelant que des datations précises sont encore attendues. De son point de vue archéologique, les données recueillies restent intéressantes pour la compréhension du développement social et économique de Marseille dans l’Antiquité. Mais il n’estime pas « l’intérêt pédagogique du site suffisant » pour justifier les moyens importants que nécessiteraient sa préservation et sa valorisation. « Ça ne veut pas dire que ce n’est pas intéressant, précise-t-il, on a recueilli beaucoup de données utiles. Mais il y a bien moins d’objets et de traces que sur d’autres sites car ce n’était pas un lieu de vie. Je ne parle que de l’intérêt archéologique, ce n’est pas à moi de juger de son intérêt mémoriel. »

Jean-Luc Mélenchon en soutien d’une contestation grandissante

Jean-Luc Mélenchon en discussion avec une militante pour la préservation de la carrière antique (photo : Loïs Elziere)

Cet argumentaire scientifique ne suffira certainement pas à satisfaire les opposants au projet. Une pétition initiée par la fédération des CIQ du 7e, sur papier celle-là, devrait être remise à la ministre de la Culture par le nouveau député de la quatrième circonscription marseillaise, Jean-Luc Mélenchon. Selon la riveraine qui la lui a remise, « il compte la déposer lui-même sur le bureau de Françoise Nyssen, ministre de la culture, après sa rentrée parlementaire ». Son entourage confirme qu’il a bien récupéré cette pétition. Il espère obtenir un rendez-vous à ce sujet lundi 26 juin.*

Avec lui, de nombreuses autres personnalités politiques locales, principalement marquées à gauche, étaient présentes lors de la manifestation pour la sauvegarde de la carrière qui a réuni environ 150 personnes vendredi dernier. La contestation citoyenne semble vouloir donner une dimension politique à l’affaire. Elle fait notamment appel à l’ambassade de Grèce en France pour défendre le site à ses côtés. Cette dernière s’exprimera « après avoir pris connaissance du dossier en profondeur », répond un porte-parole.

Des riverains, via la fédération des CIQ du septième arrondissement de Marseille et le collectif Laisse béton, contestent le projet immobilier prévu depuis 2010. Ils avaient tenté un recours au tribunal administratif en 2016, finalement rejeté. Il s’agissait alors d’arguments environnementaux et de qualité de vie dans le quartier. La découverte de la carrière leur offrait un nouvel argument.

Pour le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, l’intérêt mémoriel du site ne semble pas primer sur la nécessité de construire afin « d’assurer le développement économique de notre ville et d’attirer beaucoup de nouveaux habitants », expliquait-il le 15 mai dernier, lors du lancement des journées nationales de l’archéologieLa décision de la DRAC ne pourra que le réjouir.

* : information actualisée le 23 juin 2017 à 10h25

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