Contact club : 53 ans de prévention de la délinquance

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Charlotte Ayache
21 Août 2012 0

En matière de délinquance juvénile, les mêmes causes produisent les mêmes effets. En témoigne l'histoire du Contact club. Association de lutte contre la délinquance auprès des jeunes du centre-ville de Marseille, le Contact club a été créé en 1959 "en réaction au phénomène des blousons noirs", explique Emmanuelle Vidal-Naquet, responsable administratif et financier. Le principe ? Attirer les adolescents en leur proposant des activités, principalement de loisir. "À Marseille, il n'y a pas d'espace de jeux en centre-ville. Les jeunes traînent dans la rue, ils s'ennuient ce qui augmente le risque de faire des bêtises", explique-t-elle. 

En 53 ans, si l'association s'est développée, les problématiques sociales n'ont guère changé. Militant des premières heures du club, Maurice Raynaud, éducateur spécialisé à la retraite, a vécu l'évolution des habitants et de la délinquance dans le centre de Marseille. Il raconte : "Les Blousons noirs ça a débuté à la Plaine et vers l'Opéra. Entre les années 1950 et 1965 la délinquance du centre-ville c'était surtout autour de l'Opéra. Au même endroit, il y avait les trafics de drogue et la prostitution. À cette époque c'était que des Européens : beaucoup de Corses et d'Italiens. Dans les années 1970, il y a eu une vague de délinquance autour de la porte d'Aix. Globalement, la zone sensible c'était entre la gare et le port. Petit à petit il y a eu de moins en moins d'Européens et de plus en plus de Maghrébins dans le centre."

S'adapter

À l'origine de l'implantation du Contact club près de la porte d'Aix – rue des Carmelins, où se trouve aujourd'hui son siège –  la demande des jeunes. "Quai de Rive-neuve, on avait une salle avec un baby-foot et des jeux, raconte Maurice Raynaud. Les jeunes de la porte d'Aix y passaient quand ils allaient à la plage des Catalans. Ils nous ont demandé d'en ouvrir une près de chez eux." 

L'association a toujours adopté cette stratégie : s'implanter là où il y a un besoin et s'adapter à la demande et aux spécificités de la population. "Ce ne sont pas les parents qui inscrivent les jeunes, ils viennent s'ils ont envie", explique Emanuelle Vidal-Naquet.

"On travaille sur des bandes naturelles", explique Slimane Boughanemi, actuel directeur. Il ajoute : "La spécificité du centre de Marseille, c'est des quartiers avec une identité très forte. Du coup, l'idée est d'ouvrir des espaces d'accueil pour les jeunes dans leurs propres quartiers. Aujourd'hui, nous disposons de trois salles : le local Trinquet à deux pas de la Porte d'Aix, le local Velten en bordure de l'A7 et le local Convalescents, à deux pas de la Gare Saint-Charles." 

Quand le Contact club s'est installé à la Porte d'Aix (1975), il y avait dans le quartier environ 20 % de jeunes d'origine européenne. Aujourd'hui, il n'y en a presque plus. Beaucoup sont d'origine maghrébine, de religion musulmane. Alors, le club s'adapte. "Pendant le ramadan, on modifie les horaires et on organise un accueil après le repas", explique Emanuelle Vidal-Naquet. De même, "on organise des séjours de resynchronisation après le ramadan pour se remettre dans le rythme et préparer la rentrée", déclare Slimane Boughanemi. 

Maurice Raynaud affirme : 

Le rapport entre origine immigrée et délinquance ? Et bien les immigrés sont pauvres. Pauvreté matérielle, mais aussi intellectuelle et morale. 

L'ancien éducateur se souvient : "Dans les années 1970, la Canebière faisait une séparation. Du côté de la préfecture et même de Noailles, il y avait les populations d'origine européenne et du côté de Belsunce c'était les populations d'origine maghrébine. Aujourd'hui, les Européens sont partis. Malheureusement c'est avant tout un signe de l'appauvrissement du centre-ville."

C'était mieux avant ? Non. "En tout cas en ce qui concerne la consommation de drogue, ça va beaucoup mieux", répond tout de suite Slimane Boughanemi.

"Les drogues se sont diffusées progressivement à partir des années 1970. Au tournant des années 1980, 1990, on voyait des seringues à tous les coins de rue et la police faisait la chasse aux drogués", raconte Maurice Raynaud. Selon lui, "le problème a été traité grâce aux associations, comme AMPTA qui prennent en charge les toxicomanes, plutôt que de les laisser à la rue. Ça marche mieux que la répression."

L'ancien éducateur, qui continue à travailler bénévolement pour l'association, ajoute : "C'est plus rare aujourd'hui qu'avant que j'aille voir le juge pour enfants. Je ne dis pas que je n'y vais plus, mais j'y vais moins".

"Le chômage accentue la délinquance"

Ce qui est vrai, c'est que depuis la crise des années 1970 et la désindustrialisation, il est de plus en plus dur de trouver du travail. Comme l'explique le sociologue Gérard Mauger :  l'entrée de plus en plus tardive sur le monde du travail allonge la période de fragilité (adolescence) où on peut non seulement avoir des pratiques délinquantes (incivilités), mais aussi basculer dans le "milieu" des trafics. D'autant plus, que les métiers de service qui ont remplacé les métiers d'ouvrier répondent moins à la recherche de l'affirmation de la virilité. 

"Avant tu pouvais travailler à 14, 15 ans si tu voulais. Le chômage accentue le risque de délinquance", affirme Maurice Raynaud avant d'ajouter :

Et les plus touchés ? Les étrangers et les moins diplômés, qui sont aussi les plus pauvres. C'est toujours pareil.

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